© AFP/E. Dunand
Une semaine pour rien ? Mercredi dernier, John McCain suspendait sa campagne pour participer aux discussions du Congrès sur le projet de sauvetage des marchés financiers présenté par l'administration Bush. Confiant dans l'adoption du plan Paulson après les discussions du week-end, il avait repris totalement ses activités lundi avec des déplacements dans l'Ohio et l'Iowa, en affirmant néanmoins discuter deux fois par jour avec le secrétaire au Trésor.
Peine perdue. Lundi soir, à la surprise générale, la Chambre des représentants a donc rejeté le plan (cliquez ici pour lire notre article). Le désaveu pour John McCain est cinglant : seulement 65 députés républicains ont voté pour, 133 contre. La perspective des élections législatives, qui se dérouleront le même jour que la présidentielle, a été plus forte que l'unité du parti et le bien du candidat à la Maison-Blanche : difficile de se prononcer pour une aide de l'Etat fédéral -donc du contribuable- de 700 milliards de dollars quand son électeur de base y est férocement opposé. Plus globalement, ce rejet montre une fois de plus les divisons et la crise d'identité du parti de l'éléphant, qui, du jour au lendemain, doit accepter -comme John McCain lui-même- une régulation de l'économie à laquelle il est presque génétiquement hostile.
Critiques réciproques
En apprenant la nouvelle, le sénateur de l'Arizona a pris un ton grave : "J'appelle le Congrès à reprendre tout de suite, évidemment, ses travaux pour résoudre cette crise. Je vous parle à un moment de crise pour l'économie de notre pays avec des défis qui ont un immense impact sur chaque travailleur américain ou propriétaire de petite entreprise", a-t-il déclaré. "Nous attendons de nos leaders qu'ils laissent leur esprit partisan à la porte et qu'ils viennent autour de la table pour résoudre nos problèmes", a-t-il conclu, sans oublier de lancer une pique à son adversaire démocrate qui, avec "ses alliés au Congrès", a "instillé un esprit partisan inutile au déroulement des négociations".
Bref, selon John McCain, le rejet du plan est à mettre au compte du camp démocrate. Sans surprise, celui-ci renvoie la pierre dans le jardin républicain. "Il s'agit d'une crise nationale et, aujourd'hui, l'inaction du Congrès de même que les communiqués enflammés et hyperpartisans de l'équipe de campagne de McCain sont exactement ce pourquoi les Américains sont dégoûtés de Washington", affirme le porte-parole du sénateur de l'Illinois. "John McCain est venu à Washington (...) pour faire avancer les choses. Eh bien, les choses se sont plutôt désagrégées en sa présence" ajoute un député démocrate.
40% des députés démocrates contre
Quoi qu'il en soit, Barack Obama n'a pas non plus de quoi pavoiser. Certes, il profite de la crise dans les sondages (cliquez ici pour lire notre article). Toute mauvaise nouvelle pour l'économie retombe logiquement sur le parti républicain et l'administration Bush, et donc, par ricochet sur John McCain. Mais il n'empêche qu'environ 40% des députés du parti de l'âne ont aussi voté contre le projet Paulson, qui avait pourtant été avalisé par les dirigeants démocrates dimanche soir. Comme son adversaire, il lui sera difficile de se présenter comme un leader aussi longtemps qu'il n'arrivera pas à tenir ses troupes.
"Démocrates, républicains, relevez le défi et réglez cela", a-t-il lancé lundi lors d'un meeting dans le Colorado. Il s'est néanmoins montré confiant sur l'avenir d'un plan B, dont les discussions devraient durer jusqu'à jeudi. "J'ai confiance dans le fait que nous allons y arriver, même si ce sera un peu difficile", a-t-il souligné, appelant les marchés à rester "calmes". "Pour l'instant, les dirigeants démocrates et républicains sont d'accord, mais les autres membres pas encore. Il va y avoir des tâtonnements et des hésitations, des hauts et des bas, avant que ce plan de sauvetage soit adopté", a-t-il pronostiqué.
Bref, comme la semaine dernière, et au-delà des querelles, John McCain et Barack Obama se retrouvent devant le défi de trouver une solution bipartisane à la crise.
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