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William T. Horner est professeur de sciences politiques à l'université du Missouri-Columbia. Il enseigne notamment la relation entre politique et médias.
LCI.fr : Comparée aux autres campagnes présidentielles, la manière dont les médias parlent de la course à la Maison-Blanche cette année est-elle différente ?
William T. Horner : Je ne pense pas qu'il y ait vraiment de différences. Comme à chaque élection présidentielle, les médias se concentrent sur la stratégie des candidats et sur la course en elle-même (les sondages, les analyses sur qui est en tête et pourquoi). Les médias américains n'offrent jamais une couverture suffisante sur les enjeux et la position qu'ont les candidats sur ces thèmes. Tout au plus, ils analysent ce que les candidats ont dit sur tel ou tel sujet ou le message qu'ils donnent dans leurs spots publicitaires.
LCI.fr : Avant qu'il ne déclare officiellement sa candidature à la Maison-Blanche, John McCain avait une bonne image dans la presse américaine, qui le présentait notamment comme quelqu'un de franc. Pourtant, depuis la fin des conventions, le candidat républicain est très mal traité par la presse. Selon une étude du Pew Research Center, 57% des articles et reportages dont il a été l'objet entre le début du mois de septembre et le dernier débat mi-octobre étaient négatifs. Seulement 29% étaient positifs. Comment expliquez-vous ce
changement ? "McCain lui-même a changé"
W.T.H. : Il y a tout d'abord la popularité d'Obama qui joue un rôle inévitable. Mais cela s'explique aussi par la difficulté qu'a John McCain à faire oublier, aux journalistes et aux citoyens lambda, qu'il a un lien avec l'administration Bush puisqu'ils sont du même parti. Et puis surtout, le changement d'attitude des médias à son égard vient du fait que John McCain lui-même a changé. Aujourd'hui, il se rend beaucoup moins accessible à la presse qu'à l'époque du bus "Straight Talk Express" [le bus du franc-parler, utilisé pour la première fois par le candidat républicain pour faire campagne lors des primaires républicaines de 2000]. Cela ne marche pas toujours de se montrer proche des journalistes - Bush père en a fait les frais - mais lorsque vous vous comportez d'une façon puis que vous changez brutalement d'attitude, cela crée des inimitiés.
LCI.fr : La couverture médiatique de Barack Obama a d'abord été plutôt négative avant de devenir beaucoup plus positive avec le changement de direction des sondages. Selon la même enquête du Pew Research Center, le candidat démocrate a ainsi reçu, entre la fin des conventions et le dernier débat télévisé, 36% de sujets positifs dans les médias contre seulement 29% de négatifs. Est-ce habituel que le ton de la couverture médiatique d'un candidat varie en fonction des sondages ?
W.T.H. : En général, oui. Dans mes propres recherches, j'ai étudié cela pour Lyndon B. Johnson ainsi que pour le premier président Bush. Dans les deux cas, je suis arrivé à la conclusion que le ton de la couverture médiatique reçue était beaucoup moins négative et critique lorsque la cote de popularité était élevée que lorsqu'elle était basse.
LCI.fr : Quelles conséquences ont eu, dans les médias, les attaques menées par John McCain contre Barack Obama ?
W.T.H. : Je pense que la dureté de la campagne a fait beaucoup plus de mal à McCain qu'à Obama. C'est en partie dû à la manière dont les médias ont parlé des attaques de McCain contre Obama. Ils n'ont pas été tendres avec lui. Mais historiquement, la campagne à laquelle on assiste cette année est très loin des campagnes les plus négatives, comme l'avaient été celles de 1988 ou de 2004 par exemple. Aujourd'hui, dès lors qu'un candidat commence à diffuser des publicités négatives, la presse écrit que la campagne devient négative. Dans le cas de McCain, l'idée véhiculée par la presse est : "McCain multiplie les attaques parce qu'il est loin derrière et qu'il est désespéré". Mais la vérité, c'est que les campagnes électorales américaines ont toujours été négatives. Ce qui est nouveau, c'est le fait que la presse en parle autant.
LCI.fr : Qu'en est-il de Sarah Palin ? A-t-elle été bien traitée par la presse ?
| "Depuis peu, le ton des reportages est plus négatif" |
W.T.H. : Dans son cas, la question de la vice-présidence est importante, du fait de l'âge de John McCain. C'est donc normal que la presse s'interroge sur ses capacités à devenir présidente un jour. En ce qui concerne le ton des articles et des reportages la concernant, cela a beaucoup varié depuis son apparition dans la campagne. Au début, c'était très positif, puis critique, puis de nouveau positif après le débat entre les deux candidats à la vice-présidence. Depuis peu, c'est un peu plus négatif, avec notamment la polémique suscitée par le coût de sa garde-robe. C'est d'ailleurs intéressant de voir comment la presse n'en parle que lorsqu'il s'agit d'une candidate femme, comme cela avait également été le cas avec Hillary Clinton, alors qu'ils ont probablement tous un budget pour s'habiller.
LCI.fr : On a l'impression que le candidat démocrate à la vice-présidence, Joe Biden, est le grand absent des médias. Pourquoi ?
W.T.H. : C'est parce que les médias le voient comme le sujet le moins fascinant de la campagne. Les journalistes qui travaillent à Washington le connaissent bien après des décennies passées au Sénat. Il tient à peu près le même discours à chaque fois et je pense que les médias ne le trouvent pas spécialement médiatique. Quant aux articles ou reportages négatifs dont il a fait l'objet, c'est lié aux gaffes qu'il a commises ou aux propos outranciers qu'il a tenu, comme le week-end dernier lorsqu'il a parlé de la crise inévitable qui se produira rapidement si Obama est élu. On se demande bien ce qui a pu susciter de tels propos. C'est donc légitime que les médias en parlent.
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