"Les médias n'ont pas été tendres avec McCain"

Par Propos recueillis par Delphine SOULAS, le 24 octobre 2008 à 15h44 , mis à jour le 27 octobre 2008 à 18h18

Interview - William T. Horner, professeur de sciences politiques, revient pour LCI.fr sur la manière dont les médias américains ont traité la campagne.

[Expiré] [Expiré] john mccain © AFP/D.EMMERT

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William T. Horner est professeur de sciences politiques à l'université du Missouri-Columbia. Il enseigne notamment la relation entre politique et médias.

 
LCI.fr : Comparée aux autres campagnes présidentielles, la manière dont les médias parlent de la course à la Maison-Blanche cette année est-elle différente ?
 
William T. Horner : Je ne pense pas qu'il y ait vraiment de différences. Comme à chaque élection présidentielle, les médias se concentrent sur la stratégie des candidats et sur la course en elle-même (les sondages, les analyses sur qui est en tête et pourquoi). Les médias américains n'offrent jamais une couverture suffisante sur les enjeux et la position qu'ont les candidats sur ces thèmes. Tout au plus, ils analysent ce que les candidats ont dit sur tel ou tel sujet ou le message qu'ils donnent dans leurs spots publicitaires.
 
LCI.fr : Avant qu'il ne déclare officiellement sa candidature à la Maison-Blanche, John McCain avait une bonne image dans la presse américaine, qui le présentait notamment comme quelqu'un de franc. Pourtant, depuis la fin des conventions, le candidat républicain est très mal traité par la presse. Selon une étude du Pew Research Center, 57% des articles et reportages dont il a été l'objet entre le début du mois de septembre et le dernier débat mi-octobre étaient négatifs. Seulement 29% étaient positifs. Comment expliquez-vous ce

 
"McCain lui-même  a changé"
changement ?

W.T.H. : Il y a tout d'abord la popularité d'Obama qui joue un rôle inévitable. Mais cela s'explique aussi par la difficulté qu'a John McCain à faire oublier, aux journalistes et aux citoyens lambda, qu'il a un lien avec l'administration Bush puisqu'ils sont du même parti. Et puis surtout, le changement d'attitude des médias à son égard vient du fait que John McCain lui-même a changé. Aujourd'hui, il se rend beaucoup moins accessible à la presse qu'à l'époque du bus "Straight Talk Express" [le bus du franc-parler, utilisé pour la première fois par le candidat républicain pour faire campagne lors des primaires républicaines de 2000]. Cela ne marche pas toujours de se montrer proche des journalistes - Bush père en a fait les frais - mais lorsque vous vous comportez d'une façon puis que vous changez brutalement d'attitude, cela crée des inimitiés.
 
LCI.fr : La couverture médiatique de Barack Obama a d'abord été plutôt négative avant de devenir beaucoup plus positive avec le changement de direction des sondages. Selon la même enquête du Pew Research Center, le candidat démocrate a ainsi reçu, entre la fin des conventions et le dernier débat télévisé, 36% de sujets positifs dans les médias contre seulement 29% de négatifs. Est-ce habituel que le ton de la couverture médiatique d'un candidat varie en fonction des sondages ?
 
W.T.H. : En général, oui. Dans mes propres recherches, j'ai étudié cela pour Lyndon B. Johnson ainsi que pour le premier président Bush. Dans les deux cas, je suis arrivé à la conclusion que le ton de la couverture médiatique reçue était beaucoup moins négative et critique lorsque la cote de popularité était élevée que lorsqu'elle était basse.
 
LCI.fr : Quelles conséquences ont eu, dans les médias, les attaques menées par John McCain contre Barack Obama ?
 
W.T.H. : Je pense que la dureté de la campagne a fait beaucoup plus de mal à McCain qu'à Obama. C'est en partie dû à la manière dont les médias ont parlé des attaques de McCain contre Obama. Ils n'ont pas été tendres avec lui. Mais historiquement, la campagne à laquelle on assiste cette année est très loin des campagnes les plus négatives, comme l'avaient été celles de 1988 ou de 2004 par exemple. Aujourd'hui, dès lors qu'un candidat commence à diffuser des publicités négatives, la presse écrit que la campagne devient négative. Dans le cas de McCain, l'idée véhiculée par la presse est : "McCain multiplie les attaques parce qu'il est loin derrière et qu'il est désespéré". Mais la vérité, c'est que les campagnes électorales américaines ont toujours été négatives. Ce qui est nouveau, c'est le fait que la presse en parle autant.
 
LCI.fr : Qu'en est-il de Sarah Palin ? A-t-elle été bien traitée par la presse ? 

 
"Depuis peu, le ton des reportages est plus négatif"

W.T.H. : Dans son cas, la question de la vice-présidence est importante, du fait de l'âge de John McCain. C'est donc normal que la presse s'interroge sur ses capacités à devenir présidente un jour. En ce qui concerne le ton des articles et des reportages la concernant, cela a beaucoup varié depuis son apparition dans la campagne. Au début, c'était très positif, puis critique, puis de nouveau positif après le débat entre les deux candidats à la vice-présidence. Depuis peu, c'est un peu plus négatif, avec notamment la polémique suscitée par le coût de sa garde-robe. C'est d'ailleurs intéressant de voir comment la presse n'en parle que lorsqu'il s'agit d'une candidate femme, comme cela avait également été le cas avec Hillary Clinton, alors qu'ils ont probablement tous un budget pour s'habiller.
 
LCI.fr : On a l'impression que le candidat démocrate à la vice-présidence, Joe Biden, est le grand absent des médias. Pourquoi ?
 
W.T.H. : C'est parce que les médias le voient comme le sujet le moins fascinant de la campagne. Les journalistes qui travaillent à Washington le connaissent bien après des décennies passées au Sénat. Il tient à peu près le même discours à chaque fois et je pense que les médias ne le trouvent pas spécialement médiatique. Quant aux articles ou reportages négatifs dont il a fait l'objet, c'est lié aux gaffes qu'il a commises ou aux propos outranciers qu'il a tenu, comme le week-end dernier lorsqu'il a parlé de la crise inévitable qui se produira rapidement si Obama est élu. On se demande bien ce qui a pu susciter de tels propos. C'est donc légitime que les médias en parlent. 


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Par Propos recueillis par Delphine SOULAS le 24 octobre 2008 à 15:44
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20 Commentaires

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  • Jerome, le 27/10/2008 à 20h45

    Les journalistes sont formés a etre de gauche, donc pour obama.

  • Corni, le 27/10/2008 à 18h47

    On verra bien, mais je crois que ce sera comme en 2004. Mccain a des points de retard mes il gagnera avec quelques points d'avance. Je le parie!

  • G.N, le 27/10/2008 à 18h04

    Il serait reducteur d'octroyer le succès de Mr.Obama au simple fait que les journalistes sont de gauches mais plus à la stratégie de Mr.McCain qui croyait bien faire en diabolisant son adversaire!

  • Jess, le 27/10/2008 à 15h28

    @luis pourquoi comparez -vous palin à la femme de obama? palin n'est pas celle de mc cain les médias ne sont pas les groopies de BO, mais sont plutot pro-démocrates, quelque soit le democrate, la presse europeene aurait été pour lui, mais qui peut les en vouloir, quand on voit comment les republicains gèrent leurs pays et ont des conséquences dans le reste du monde je ne pense pas que BO soit le "messie", mais un gouvernement démocrate est plutot souhaitable quant à mc cain, un type bien, mais quand on ne maitrise plus son personnel de campgne ce n'est pas bon signe l'amérique a besoin d'un leader, mc cain me semble un peu juste mais c'est aux américains de faire leur choix pour leurs intérets et les notres

  • Natural, le 27/10/2008 à 14h37

    Arrêtez un peu de dire n'importe quoi et regardez autour de vous (à travers le monde) l'urgence de ce scrutin ! Oui c'est vrai que les média ont eu leur mot à dire dans cette campagne mais voyez un peu ce qui se passe aux USA ! A l'issue de ce scrutin, un homme sera élu à la tête de la première puissance mondiale et comprenez que les américains et seuls les américains votent ! Nous resteront spectateurs jusqu'au soir du 5 novembre prochain. L'enjeu est énorme et nous sommes impliqués malgré nous dans la décision que le peuple donnera !

  • Caro, le 27/10/2008 à 14h33

    Je suis d'accord avec Bvngue, on dit que les médias ne sont pas "tendres" avec McCain, mais l'a t'on été avec OBAMA? Musulman, terroriste, et en plus des menaces de mort... et tout cela sans porter plaintes pour diffamations...

  • NicoX76, le 27/10/2008 à 13h39

    Les médias français de gauche ?! Qu'est ce qu'il faut pas lire?! Arretez les conneries! Obama n'a pas eu besoin d'etre "chargé par les médias: il l'était par le parti républicain.Meme si le médias préfèrent Obama, ils n'ont eté irrespectueux envers McCain. Arretez de craquer et d'etre parano!!!

  • Pierre, le 27/10/2008 à 11h10

    "Presse Française gauchiste aux mains des cocos ..." !!! rien que ça ! Cette même presse qui a porté aux nues Sarkozy et roulé pour lui pendant toute sa campagne avec une subjectivité et un parti pris incroyable ! C'est bien facile d'accuser la presse quand elle n'est pas dans le sens que vous désirez. Le vérité est tout simplement que Mc Cain et surtout sa Co-listière sont des dangers pour les USA et le monde entier, peut-être pire que Bush lui même. Obama n'est certainement pas parfait mais il est le seul rempart contre la dérive fasciste des Républicains face aux problèmes internes du pays et encore face aux échecs cuisant de sa politique étrangère depuis 8 ans.

  • Henri, le 27/10/2008 à 11h06

    En France 86% des journalistes sont de gauche. Cette situation qui me paraît malsaine pour la Démocratie, s'explique par le fait que les journalistes sortent des filières littéraires de l'éducation nationale. Malgré cela on constate un appauvrissement ahurissant de la qualité de la syntaxe utilisée et du niveau des analyses. Ecouter certaines radios (comme RMC par exemple) relève désormais du chemin de croix pour qui considère que la langue française et le pluralisme sont des choses importantes. Il n'est pas étonnant que Mac Cain ait été défavorisé par les médias, tout comme l'a été Nicolas Sarkozy durant les présidentielles en France. Je pense cependant que cela n'a aucune influence sur le vote des électeurs.

  • Deflep, le 27/10/2008 à 10h55

    Attention, Même certains de droite prèfereaient Obama alors ne pensons pas que toute la droite français est pour Mac Cain. Il faut comprendre qu'Obama serait pour nous un candidat centriste en France plutôt que de gauche. Quand à Mac Cain, ce serait plus la droite dure et libérale. Dire que Les médais sont tous de gauche n'est pas acceptable. Prenez Libération par exemple, TF1, trouvez vous qu'ils portent à gauche? Et puis lors de la présidentielle? on a plus vu les bourdes de Ségolène et pas trop de critiques sur Sarkozy.

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