Barack Obama et Hillary Clinton © TF1/LCI
Guillaume Debré est l'un des correspondants de TF1, LCI et LCI.fr à Washington. Après avoir suivi toute la campagne, il vient de publier Obama, les secrets d'une victoire (Editions Fayard).
LCI.fr : Vous intitulez votre livre Obama, les secrets d'une victoire. Et si vous ne deviez sélectionner qu'un seul de ces secrets ?
Guillaume Debré : Sans hésitation, l'utilisation d'Internet. Premier cyber-candidat de l'Histoire, il a mené la première campagne du XXIe siècle en utilisant Internet comme outil de mobilisation politique. Tout d'abord, pour financer sa campagne. Ensuite, pour élargir sa base électorale et sa base militante. Sur ce point, il a donné les clés de sa campagne aux militants. Ils ont conduit la voiture en organisant eux-mêmes les événements, le QG n'assurant que le service après-vente. Cette inversion du processus décisionnel, qui partait d'en bas pour remonter vers le haut, a ringardisé Hillary Clinton. Elle a mené une campagne des années 90, avec des décisions qui venaient d'en haut pour ensuite descendre vers la base.
Obama a ainsi pu être présent dans les petits Etats avant le début des primaires puis, lors du Super-Tuesday, faire match nul face à Clinton qui avait tout misé sur les gros Etats en jeu ce jour-là. L'équipe Clinton a compris à ce moment, mais c'était trop tard. Face à John McCain affaibli par les années Bush et l'étiquette républicaine lors de l'élection générale, il lui a suffi de poursuivre ce mouvement.
LCI.fr : D'où vient l'idée d'Internet ? De son staff ou d'Obama lui-même ?
G.D. : De lui-même. Précisément de son passé d'organisateur social de rues à Chicago à la fin des années 80. Il avait alors compris que pour mobiliser les gens, il fallait que les initiatives viennent de la base et d'eux-mêmes. Il a transposé ce modèle en politique. Ensuite, il a recruté les meilleurs connaisseurs d'Internet, notamment Chris Hughes, le fondateur de Facebook, pour gérer au mieux la cyber-campagne. Cette alliance entre la Silicon Valley et ses conseillers politiques est devenue une machine redoutable.
"Obama 2008-Bush 2004 : deux similitudes"
LCI.fr : Vous aviez couvert la campagne 2004 pour CNN. Comment compareriez-vous les deux batailles ?
G.D. : Le contexte global était tout d'abord très différent : l'Amérique vit cette année une crise économique, financière, militaire et morale. Ensuite, autant John Kerry, le candidat démocrate, était sans saveur en 2004, autant cette fois Barack Obama a rajeuni la politique et réconcilié un bon nombre d'Américains avec elle. Grâce à lui, cette campagne 2008 a été marquée par un enthousiasme des masses incroyable : les meetings d'Obama n'étaient pas que de simples meetings politiques. J'ai vu des gens pleurer, des grands-mères venir avec leur petit-fils, des mères avec leur nourrisson. Il a su établir une proximité avec tous ses auditeurs, journalistes compris.
Au-delà du charisme d'Obama, il faut noter aussi deux similitudes avec George W. Bush. Comme Bush, le camp Obama a été très discipliné. Il était entouré de conseillers loyaux, aucune petite phrase ne s'est retrouvée en Une de la presse, aucun règlement de compte n'a eu lieu dans son équipe. Tout le contraire de Clinton par exemple. Et comme Bush, Obama a établi son QG loin de Washington pour mieux faire passer son message anti-establishment.
LCI.fr : Est-il facile de suivre une campagne électorale américaine pour un média français ?
G.D. : Non, tout simplement car les candidats, dont le temps est compté, ne trouvent aucun intérêt à s'investir pour un média qui ne touchera aucun de leur électeur potentiel. A titre d'anecdote, je me suis retrouvé à plusieurs fois à un mètre d'Hillary Clinton en lui demandant quelques mots pour la télévision française. Elle m'a ignoré totalement à chaque fois, sans même me regarder ou me faire un petit signe. Mais, à force de coller au basket de leur QG, on peut néanmoins obtenir des avantages. Par exemple, le QG d'Obama nous a ouvert ses portes en août et quelques jours avant l'élection.
"C'est Obama qui veut Hillary avec lui"
LCI.fr : Revenons à la politique politicienne. Obama a promis le changement. Pourtant, les postes-clés de sa future administration sont confiés à des personnalités déjà en place sous Bill Clinton.
G.D. : Effectivement, ce n'est pas le changement. Mais il est tout simplement rattrapé par la "real-politik". Obama a compris qu'il ne pouvait pas y avoir de temps mort entre son entrée en fonctions le 20 janvier et ses premières mesures. Le 21 janvier au matin, il faudra que son gouvernement mette déjà en place des solutions. Or les seuls démocrates qui ont l'expérience administrative, qui sont capables de gérer la crise, ce sont les anciens de l'ère Bill Clinton.
LCI.fr : Parmi eux, Hillary Clinton aux Affaires étrangères.
G.D. : Vu les circonstances, on peut vraiment dire que c'est Obama qui veut la séduire et qui la veut dans son équipe. Il lui a en effet promis qu'elle aurait un accès direct avec lui et qu'elle pourra elle-même choisir son staff. C'est loin d'être le cas pour les autres ministres. Evidemment, on peut se poser des questions sur leur capacité à travailler ensemble après la bataille des primaires. Mais, depuis, Hillary a admis qu'Obama avait fait une bien meilleure campagne qu'elle, ce qui lui a permis d'atténuer les rancœurs de sa propre défaite.
Mais une chose m'échappe encore : pourquoi Obama insiste-t-il autant pour l'avoir dans son équipe ? Estime-t-il qu'il lui sera profitable de l'avoir avec lui plutôt que contre lui ? Mystère.
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