"Obama courtise Hillary, pas l'inverse"

le 24 novembre 2008 à 15h54 , mis à jour le 25 novembre 2008 à 10h06

Interview - Guillaume Debré, notre correspondant à Washington, explique pourquoi le président-élu, loin de sa promesse de changement, nomme des anciens de l'ère Clinton aux postes-clés.

hillary clinton barack obama primaires etats-unisBarack Obama et Hillary Clinton © TF1/LCI

livre obama debreGuillaume Debré est l'un des correspondants de TF1, LCI et LCI.fr à Washington. Après avoir suivi toute la campagne, il vient de publier Obama, les secrets d'une victoire (Editions Fayard).
 
 

 

LCI.fr : Vous intitulez votre livre Obama, les secrets d'une victoire. Et si vous ne deviez sélectionner qu'un seul de ces secrets ?
Guillaume Debré :
Sans hésitation, l'utilisation d'Internet. Premier cyber-candidat de l'Histoire, il a mené la première campagne du XXIe siècle en utilisant Internet comme outil de mobilisation politique. Tout d'abord, pour financer sa campagne. Ensuite, pour élargir sa base électorale et sa base militante. Sur ce point, il a donné les clés de sa campagne aux militants. Ils ont conduit la voiture en organisant eux-mêmes les événements, le QG n'assurant que le service après-vente. Cette inversion du processus décisionnel, qui partait d'en bas pour remonter vers le haut, a ringardisé Hillary Clinton. Elle a mené une campagne des années 90, avec des décisions qui venaient d'en haut pour ensuite descendre vers la base.  
 
Obama a ainsi pu être présent dans les petits Etats avant le début des primaires puis, lors du Super-Tuesday, faire match nul face à Clinton qui avait tout misé sur les gros Etats en jeu ce jour-là. L'équipe Clinton a compris à ce moment, mais c'était trop tard. Face à John McCain affaibli par les années Bush et l'étiquette républicaine lors de l'élection générale, il lui a suffi de poursuivre ce mouvement.
 
LCI.fr : D'où vient l'idée d'Internet ? De son staff ou d'Obama lui-même ?
G.D. : De lui-même. Précisément de son passé d'organisateur social de rues à Chicago à la fin des années 80. Il avait alors compris que pour mobiliser les gens, il fallait que les initiatives viennent de la base et d'eux-mêmes. Il a transposé ce modèle en politique. Ensuite, il a recruté les meilleurs connaisseurs d'Internet, notamment Chris Hughes, le fondateur de Facebook, pour gérer au mieux la cyber-campagne. Cette alliance entre la Silicon Valley et ses conseillers politiques est devenue une machine redoutable.

                                                          "Obama 2008-Bush 2004 : deux similitudes"

 
LCI.fr : Vous aviez couvert la campagne 2004 pour CNN. Comment compareriez-vous les deux batailles ?
G.D. : Le contexte global était tout d'abord très différent : l'Amérique vit cette année une crise économique, financière, militaire et morale. Ensuite, autant John Kerry, le candidat démocrate, était sans saveur en 2004, autant cette fois Barack Obama a rajeuni la politique et réconcilié un bon nombre d'Américains avec elle. Grâce à lui, cette campagne 2008 a été marquée par un enthousiasme des masses incroyable : les meetings d'Obama n'étaient pas que de simples meetings politiques. J'ai vu des gens pleurer, des grands-mères venir avec leur petit-fils, des mères avec leur nourrisson. Il a su établir une proximité avec tous ses auditeurs, journalistes compris.
 
Au-delà du charisme d'Obama, il faut noter aussi deux similitudes avec George W. Bush. Comme Bush, le camp Obama a été très discipliné. Il était entouré de conseillers loyaux, aucune petite phrase ne s'est retrouvée en Une de la presse, aucun règlement de compte n'a eu lieu dans son équipe. Tout le contraire de Clinton par exemple. Et comme Bush, Obama a établi son QG loin de Washington pour mieux faire passer son message anti-establishment. 

LCI.fr : Est-il facile de suivre une campagne électorale américaine pour un média français ?
G.D. : Non, tout simplement car les candidats, dont le temps est compté, ne trouvent aucun intérêt à s'investir pour un média qui ne touchera aucun de leur électeur potentiel. A titre d'anecdote, je me suis retrouvé à plusieurs fois à un mètre d'Hillary Clinton en lui demandant quelques mots pour la télévision française. Elle m'a ignoré totalement à chaque fois, sans même me regarder ou me faire un petit signe. Mais, à force de coller au basket de leur QG, on peut néanmoins obtenir des avantages. Par exemple, le QG d'Obama nous a ouvert ses portes en août et quelques jours avant l'élection.
 

                                            "C'est Obama qui veut Hillary avec lui"

 
LCI.fr : Revenons à la politique politicienne. Obama a promis le changement. Pourtant, les postes-clés de sa future administration sont confiés à des personnalités déjà en place sous Bill Clinton.
G.D. : Effectivement, ce n'est pas le changement. Mais il est tout simplement rattrapé par la "real-politik". Obama a compris qu'il ne pouvait pas y avoir de temps mort entre son entrée en fonctions le 20 janvier et ses premières mesures. Le 21 janvier au matin, il faudra que son gouvernement mette déjà en place des solutions. Or les seuls démocrates qui ont l'expérience administrative, qui sont capables de gérer la crise, ce sont les anciens de l'ère Bill Clinton.
 
LCI.fr : Parmi eux, Hillary Clinton aux Affaires étrangères.
G.D. : Vu les circonstances, on peut vraiment dire que c'est Obama qui veut la séduire et qui la veut dans son équipe. Il lui a en effet promis qu'elle aurait un accès direct avec lui et qu'elle pourra elle-même choisir son staff. C'est loin d'être le cas pour les autres ministres. Evidemment, on peut se poser des questions  sur leur capacité à travailler ensemble après la bataille des primaires. Mais, depuis, Hillary a admis qu'Obama avait fait une bien meilleure campagne qu'elle, ce qui lui a permis d'atténuer les rancœurs de sa propre défaite.
 
Mais une chose m'échappe encore : pourquoi Obama insiste-t-il autant pour l'avoir dans son équipe ? Estime-t-il qu'il lui sera profitable de l'avoir avec lui plutôt que contre lui ? Mystère.

le 24 novembre 2008 à 15:54
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11 Commentaires

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  • Kara B, le 26/11/2008 à 14h05

    Obama a eu une réaction d'homme d'état En appellent hillary et d'autres il demontre qu'il veut composer avec tous ceux qui peuvent l'aider à mieux servir l'Amérique.Il a conscience qu'il a avec lui des femmes et des hommes de grandes qualité mais il estime certainement qu'il n'est pas mauvais de composer avec des personnes qui peuvent avoir un regard différent En plus ,c'est mieux d'avoir son adversaire auprès de soit plutôt que l'avoir loin

  • Sof, le 26/11/2008 à 11h25

    C'était à prévoir, on prend le smême et on recommence, mais où est le VRAI changement?

  • Appol, le 26/11/2008 à 06h51

    De tres bonnes analyses

  • Yves, le 25/11/2008 à 17h33

    D'ou tenez vous qu'elle ait obtenu de choisir son staff ?C'est inexact.

  • Krimau, le 25/11/2008 à 14h28

    Je pense que c'est n'importe quoi de dire que Obama veut Hillary coute que coute et qu'elle se retient ! Qu'est ce que Obama a à perdre? Le camp démocrate ne regorge t'il pas de personnes capable de s'occuper des affaires étrangères. Il n'a pas voulu d'elle comme vice présidente, et maintenant il va la supplier de devenir son ministre ! Je vous rappelle que Bill s'est dit prêt à jouer la transparence sur ses revenus pour que sa femme puisse devenir ministre. Je comprends que Obama veuille travailler avec elle après son soutien, mais pas au point de lui courir après ! C'est absurde !

  • Mawdo M., le 25/11/2008 à 14h24

    Que Obama courtise Hillary, au delà du Real-Politic, c'est son caractère même de rassembleur, d'efficacité et du bon résultat pour l'Amérique qui transparaît. En composant avec Hillary comme Secrétaire d'Etat, il est certain qu'à eux deux , ils peuvent toujours convaincre les frères ennemis (Israël-Palestine, Iran-Irak, Kosovo-Serbie) bref partout où les considération d'ordre ethnique, religieux ou politique opposent les hommes, l'équipe Obama-Hillary pourra parler en toute franchise sans baisser la tête ni cligner les yeux pour les rapprocher en disant "SI nous l'avons fait pour l'intérêt de notre pays, de notre parti ou de notre pays, vous aussi, vous le pouvez". Il ne faut pas voir la courtise de Hillary comme une faiblesse. Loin de l'orgueil des politiciens français où l'ego transcende toutes les décisions et choix politique, Obama ouvre une nouvelle ère d'une politique transparente et communicative qui transgresse les hypocrisies politiques d'antan. En tout cas, Dieu merci, si Obama a courtisé Hillary, ils ont évité la déchirure comme au PS français.. C'est ant mieux pour lesUSA e le monde.

  • Blek, le 25/11/2008 à 11h53

    Hillary peut laffaiblir de dehors sans doute,au cas ou il yavait pas de soluton a la crise

  • Ben, le 24/11/2008 à 21h26

    Je pense que aussi paradoxale que cela puisse paraître, une des raison parmi d'autres, c'est pour avoir le soutien du black caucus qui a abandonné Hillary et Bill avec beaucoup de difficulté. Bill Clinton a été considéré comme le premier président noir par les représentants de la communauté et il a été très complaisant pour ne pas dire plus avec eux. BO a déstabilisé le black caucus dans sa façon de faire de la politique. Le discours victimaire et revendicatif est obsolète. On me dira que Eric Holder pourrait jouer ce rôle mais à la justice cela n'est pas possible. Hillary senateur de New York sait faire les choses.

  • Bigmamy, le 24/11/2008 à 20h32

    Obama a raison et veut s'entourer des gens qui peuvent lui apporter quelquechose pour mieux gouverner et relever son pays,dépassons les clivages des humains, finit la campagne politique de descendre son adversaire et obama n'a pas descendu hilary ou mc cain ,au contraire obama est un bon encaisseur, il a accepté tout ce dont ses adversaires l'ont traité d'incapable, de jeune etc......... au contraire c'est le plus sage et le plus intelligent et il se met au dessus de toute politique envenimeuse et négative.il a decidé d'avancer et il le fait malgré les coups bas a son encontre.obama est un messi, c'est MOISE réincarné.pendant que les uns et les autres perdent et passe leur temps a réfléchir négativement, lui il réfléchit plutot positivement.c'est un homme hors du commun.

  • Armand, le 24/11/2008 à 17h04

    Jai lu avec beaucp dinteret votre interview. je dois avouer que a travers ce qui a été dit jai eu une plus bonne lisibilité de la campagne mener par Obama. en tant que bon stratege car etant bien entouré je pense que le rapprochement de hillary constitue une fois de plus strategie de obama. autant se premunir dun eventuel adversaire redoutable en 2012 en soffrant les service deja une femme dexception comme hillary

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