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Par Delphine SOULAS, le 07 novembre 2008 à 16h56, mis à jour le le 07 novembre 2008 à 17:45
Comme partout dans le monde, l'élection de Barack Obama à la Maison-Blanche suscite beaucoup d'espoir en France. A tort peut-être.
Barack ObamaUne "victoire brillante", "historique", qui soulève "un immense espoir", et qui va permettre "un engagement renouvelé entre l'Europe et les Etats-Unis d'Amérique". Mercredi, les dirigeants européens n'ont pas manqué de qualificatifs pour saluer la victoire de Barack Obama. "Au moment où nous devons faire face tous ensemble à d'immenses défis, votre élection soulève en France, en Europe et au-delà dans le monde un immense espoir. Celui d'une Amérique ouverte, solidaire et forte qui montrera à nouveau la voie, avec ses partenaires, par la force de l'exemple et l'adhésion à ses principes", s'est félicité Nicolas Sarkozy, au nom de l'Union européenne.
Pourtant, au regard des déclarations de Barack Obama durant la campagne électorale sur un certain nombre de dossiers, les Européens, à commencer par les Français, risquent d'être déçus. Ainsi, si le futur président américain compte retirer l'essentiel des troupes américaines d'Irak d'ici l'été 2012, c'est pour mieux se concentrer sur l'Afghanistan, une priorité de la future politique étrangère américaine. "Pour notre sécurité commune, le peuple afghan a besoin de nos troupes, et de vos troupes", avait déclaré à Berlin, en juillet dernier, le sénateur de l'Illinois, qui cherche à obtenir un engagement militaire accrû des Européens.
"Passer le pouvoir aux Afghans"
Mais ces derniers hésitent à renforcer leurs effectifs face à des talibans de plus en plus dangereux. Le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères allemand Gernot Erler a prévenu jeudi : "la réponse à la question de savoir si l'on peut faire plus, c'est 'nous faisons déjà plus qu'avant'". Mêmes réserves en France. Ainsi Bernard Kouchner a prévenu mercredi que la solution au conflit en Afghanistan ne pouvait être uniquement militaire. "Il faut sécuriser les régions et enfin, nous, forces alliées en Afghanistan, pourrons passer le pouvoir, la responsabilité aux Afghans", a déclaré sur RTL le ministre français des Affaires étrangères.
Autre dossier sur lequel la France risque de déchanter, l'attribution du contrat géant des avions ravitailleurs de l'US Air Force, qui oppose Boeing et EADS. Initialement attribué à Boeing, puis à EADS/Northrop, le contrat de 35 milliards de dollars avait été cassé en juin dernier par l'organisme de contrôle des dépenses publiques américain. Le motif ? Les industriels ne savaient pas lesquelles des quelque 800 conditions posées par le cahier des charges avaient été déterminantes pour l'attribution du contrat.
"Il n'y a pas d'angélisme à attendre"
Maintenant que l'élection présidentielle américaine est passée, l'appel d'offres doit désormais être relancé. Lors de la campagne, Barack Obama n'a en tout cas pas caché sa préférence pour l'avionneur américain, allant même jusqu'à se féliciter de l'annulation du contrat attribué à EADS/Northrop. Faut-il y voir un lien ? Le siège social de Boeing se trouve à Chicago, dans l'Illinois, l'Etat dont le futur président est sénateur. John McCain lui voyait d'un bon oeil la victoire d'EADS. Et si officiellement, selon le secrétaire adjoint à la Défense John Young, la future administration devra "laisser le prix jouer le rôle de facteur décisif", "il n'y a pas d'angélisme à attendre d'Obama, qui défendra les intérêts américains autant qu'un autre", assure Benoît Chervalier, maître de conférence à Sciences-Po Paris et spécialiste des Etats-Unis.
Enfin, sur le plan intérieur, sur des sujets comme la peine de mort ou le port d'armes, Barack Obama n'est pas celui que nombre d'Européens aimeraient. Jamais il n'a été question pour lui d'abolir la peine de mort. "Je l'ai dit plusieurs fois : je pense que la peine capitale doit être appliquée dans un tout petit nombre de cas, pour les crimes les plus ignobles", a-t-il expliqué en juin dernier, après que la Cour suprême a estimé que la condamnation à mort d'un violeur d'enfant était anticonstitutionnelle. "Je pense que le viol d'un jeune enfant, de 6 ou 8 ans, fait partie de ces crimes ignobles", a ajouté Barack Obama. Concernant le port d'armes également, le futur président des Etats-Unis ne va pas changer grand-chose. Favorable à ce droit constitutionnel, il plaide toutefois pour que "tout soit fait" pour éradiquer la violence dans les rues.
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