• A-
  • A
  • A+
  • Version imprimable

Partager sur :

Envoyer cette page à un ami

Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.

Bush, un 2e mandat catastrophique (2/2)

Par Dominique LOEILLET, le 16 janvier 2009 à 05h45, mis à jour le 16 janvier 2009 à 10:28

Katrina, enlisement en Irak, désaveu international : réélu confortablement en 2004, George W. Bush a ensuite totalement raté son second mandat.

Un soldat américain en IrakUn soldat américain en Irak © Abacapress

Le 2 novembre 2004, lors d'un scrutin marqué par une participation historique, George W. Bush est réélu avec 3 millions de voix d'avance sur son adversaire démocrate.  Avec un Congrès à majorité républicaine, le clan conservateur triomphe.

"W" a dépassé son père, réussissant là où le premier président Bush avait échoué.  Il n'y a plus d'argent dans les caisses (le déficit budgétaire s'est beaucoup creusé) mais l'homme s'estime dépositaire d'une mission quasi-religieuse et prévoit de poursuivre ses réformes économiques et sociales radicales (40% des réductions d'impôts ont bénéficié aux 1% des personnes les plus fortunées).

Provocations


Lors de son investiture, le 20 janvier 2005, il prononce un "discours de la liberté", où ne figurent ni le mot "Irak" ni celui de "terrorisme", insistant sur la nécessité, pour la démocratie américaine, de combattre la "tyrannie" jusque "dans les recoins les plus sombres de notre planète".
 
Tandis que les associations de défense des droits de l'homme multiplient les recours en justice pour obtenir les documents internes qui montrent que la torture est bien pratiquée de façon systématique par les forces américaines, George W. Bush multiplie les provocations. Il nomme ministre de la Justice Alberto Gonzales, ancien conseiller juridique à la Maison-Blanche, architecte des techniques d'interrogatoire de Guantanamo qui, selon la Croix-Rouge,  "s'apparentent à la torture".  Il choisit John Bolton, va-t-en guerre buté, méprisant l'Onu, pour y représenter les Etats-Unis et nomme le néoconservateur Paul Wolfowitz à la Banque mondiale.


Les ravages de Katrina


Le cyclone Katrina, qui frappe la Louisiane le 29 août 2005, va se révéler dévastateur pour Bush. Il tarde à rentrer de vacances et se montre incapable de prendre la mesure de la catastrophe.  Sa déclaration, selon laquelle "personne n'aurait pu prévoir" , ce qui s'est passé, provoque un tollé.  Le nouveau département de la Sécurité intérieure, dont dépend la Fema, agence fédérale chargée des secours d'urgence, est dépassé par les évènements.
 
Pour la première fois, Bush , "l'homme qui ne doute jamais et ne reconnaît aucune erreur", présente ses excuses.  Sa cote de popularité chute : un sondage du Wall Street Journal montre que 55% des personnes interrogées désapprouvent la politique générale du président.
 
A l'automne, les inculpations de personnalités du Parti Républicain se succèdent : Tom Delay, chef du groupe républicain au Sénat, pour financement occulte et blanchiment d'argent ;  Lewis Libby, directeur du cabinet du vice-président Dick Cheney, pour parjure et obstruction à la justice, dans le cadre de l'affaire Valerie Plame.

La situation en Irak continue de se dégrader : le 24 octobre, la barre du 2000e soldat américain  tué est franchie.

Le 15 décembre, le sénateur républicain John McCain propose un texte interdisant l'emploi de la torture dans l'armée américaine.


2006 : la chute de "W"


L'année électorale qui commence et sa chute dans les sondages contraignent le président Bush à plus de modestie lors de son discours sur l'Etat de l'Union prononcé le 1er février 2006.  Il réaffirme le leadership global des Etats-Unis dans le monde, exalte l'offensive au Proche-Orient et reconnaît que sa présidence sera jugée pour une grande part sur l'issue de la guerre en Irak.  Rex, chien de guerre blessé en Irak, a l'honneur d'assister à sa prestation dans la loge de son épouse, Laura Bush.  En revanche, la militante antiguerre Cindy Sheehan, invitée par une élue démocrate, est interpellée dans l'enceinte du Congrès, peu avant le début du discours du président.
 
guantanamo prisonEn juin, un arrêt de la Cour suprême déclare illégaux les tribunaux militaires spéciaux devant juger les prisonnier de Guantanamo. En septembre, la presse publie des extraits d'un rapport confidentiel du National Intelligence Estimates (NIE) affirmant que la guerre en Irak a accentué la menace terroriste et que le mouvement islamiste mondial est en expansion.
 
Aux élections de mi-mandat de novembre, les Démocrates remportent la majorité dans les deux chambres.  Pour la presse américaine, c'est avant tout la défaite de Bush, "la coalition qui l'avait réélu deux ans auparavant s'est brisée sous le poids d'une guerre impopulaire, d'un malaise économique et d'une série de scandales". Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, symbole de la guerre en Irak, démissionne.
 
En décembre, le rapport du groupe d'étude sur l'Irak présidé par le républicain James Baker et le démocrate Lee Hamilton, dresse un constat d'échec de la politique de George W. Bush et prône un début de retrait des troupes ainsi qu'une ouverture diplomatique en direction de la Syrie et de l'Iran.  Les pertes de l'armée américaine en Irak atteignent les 3000 morts.


2007-2008 : un président désavoué, un président en crise


En janvier 2007, Bush annonce une "nouvelle" stratégie sur l'Irak et l'envoi d'un renfort de 21.500 soldats américains.  Il multiplie les menaces contre l'Iran tout en engageant des pourparlers diplomatiques.  La situation en Afghanistan elle aussi, se dégrade. Selon les sondages, avec 29% d'opinion favorables, le président approche du record d'impopularité établi par Harry Truman au pire moment de la guerre de Corée.
 
Malgré les mises en garde de la Russie, Bush poursuit son programme de bouclier antimissile et crée une crise au sein de l'Union européenne à propos de l'installation de bases en Pologne et en République Tchèque. En mai, il oppose son veto à un projet de loi réclamant le retrait, à partir d'octobre, des troupes déployées en Irak.
 
Mais la "Maison Bush" s'effondre, la fin de mandat est un désastre.  Sa cote de popularité est maintenant comparable à celle du président Richard Nixon dans les mois précédant sa démission.  Les langues se délient, y compris chez les Républicains.  Selon certains sondages, 39% des Américains sont favorables à l'"impeachment" de Bush.  Mais le président est trop près de la fin de son mandat pour lancer la procédure. Bush continue de brandir la menace iranienne alors que les services de renseignements américains (NIE) affirment que Téhéran a gelé son programme nucléaire militaire clandestin.
 
Lors de son dernier discours sur l'Etat de l'Union, le 28 janvier 2008, le président se targue maison usa subprimesdes progrès effectués en Irak grâce aux renforts de soldats américains.  Mais l'Irak n'est plus la préoccupation principale des américains.  En pleine crise des subprimes , l'opinion craint la récession.  Bush évite de prononcer le mot, admettant seulement que "l'économie entre dans une période d'incertitude" et soutient le plan de relance négocié avec les démocrates.  28% des électeurs désapprouve sa politique fiscale qui a enrichi les riches, mais pas la classe moyenne. 

 

Canard boiteux


Pou sa dernière année de mandat, Bush apparaît de plus en déconnecté.  Normalement, un président américain devient un "canard boiteux" après l'élection de son successeur, en novembre.  Mais lors de sa tournée d'adieu en Europe, en juin 2008, il est crédité de 25% d'opinions favorables et déjà boudé par le camp républicain.  John McCain, candidat à sa succession, évite d'être photographié ou filmé en sa présence. 

La presse américaine poursuit ses révélations sur les mensonges de l'administration Bush sur les tortures pratiquées par l'armée américaine et le Sénat publie un rapport confirmant que "W" et son équipe ont bien trompé sciemment l'opinion sur la présence d'armes de destruction massive en Irak et sur les liens entre le régime de Saddam Hussein et Al-Qaïda.  Même sur le coût de la réforme de Medicare, l'administration a menti, en travestissant les chiffres.  La présidence Bush se solde par un déficit évalué à 2000 milliards, les dépenses en faveur des retraites et de la santé ont été sacrifiées au profit de la défense. 
 
La fin de sa présidence est marquée par le déclenchement de la plus importante crise financière depuis celle de 1929 et le spectre de la dépression économique.  Devant l'ampleur des dégâts, il laisse à Henry Paulson, secrétaire au Trésor, le rôle de "président économique", multiplie les déclarations rassurantes tout en reconnaissant des "défis à court terme" et soutient l'intervention de l'Etat.  Le plan de sauvetage des banques devrait encore creuser le déficit budgétaire et réduire les marges de manœuvre de son successeur. 
 
Début décembre 2008, dans une interview de la chaîne de télévision ABC, Bush accuse les services de renseignements de l'avoir trompé sur les armes de destruction massive en Irak.  C'est, dit-il, "le plus grand regret de sa présidence". Mais il refuse d'indiquer s'il serait quand bush irak attaque chaussuresmême parti en guerre contre Saddam Hussein sans ce prétexte. Quelques jours plus tard, en visite à Badgad, il est pris pour cible par un journaliste irakien qui lui lance ses chaussures lors d'une conférence de presse. Repris dans tout le monde arabo-musulman, le geste devient vite le symbole du discrédit d'un président que personne ne regrettera lors de son départ, aussi bien dans son pays qu'à l'étranger, à l'exception de quelques pays.

Par Dominique LOEILLET le 16 janvier 2009 à 05:45
J'aime3 personne(s) ont aimé cet article
Partager sur :
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

    Lire tous les commentaires

         Chargement en cours...
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        La rédaction vous recommande

        Le meilleur des émissions info de TF1 et LCI

        À ne pas manquer

        TF1 News est sur Twitter

        logAudience