© TF1/LCI"Donnons à nos agences de maintien de l'ordre les outils et les ressources dont elles ont besoin : les Américains qui ont été les plus touchés par la crise veulent savoir que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour trouver ceux qui ont commis cette escroquerie". Cette déclaration, faite mercredi par le sénateur démocrate Patrick Leahy, président de la commission des Affaires judiciaires, donne le ton de la réorientation amorcée au sein des services de renseignement américains avec la crise.
Après les attentats du 11 Septembre 2001, près de 2000 agents du FBI avaient été affectés aux enquêtes touchant à la sécurité nationale, en particulier la lutte contre le terrorisme. Et ceci au détriment de la plupart des secteurs d'investigation traditionnels, dont les délits au sein des sociétés, des banques ou des organismes de crédits. Une tendance qui a pu faciliter le développement des "affaires" et donc contribuer à la crise financière, qui a depuis dégénéré en crise généralisée à tous les secteurs économiques et à toute la planète.
Les renseignements américains à la barre
Les grands patrons des renseignements américains ont dû récemment s'en expliquer. La lutte contre le terrorisme a "petit à petit" laissé ses agents partir vers d'autres domaines d'investigation, selon un processus qui s'est justifié "en termes de secteurs prioritaires", a expliqué John Pistole, directeur adjoint du FBI lors d'une audition au Sénat. "La première menace à court terme pesant sur les Etats-Unis est la crise économique mondiale et ses implications géopolitiques", a cependant reconnu jeudi Dennis Blair, le directeur du renseignement américain, devant les parlementaires américains, alors que le terrorisme était présenté ces dernières années comme la menace numéro Un.
Trois sénateurs américains, deux démocrates (Patrick Leahy lui-même, mais aussi son collègue Edward Kaufman) et un républicain, Charles Grassley, ont du coup déposé une proposition de loi "de lutte contre la fraude et pour la récupération des sommes" détournées. Mais l'efficacité de ce texte dépendra des ressources, tant financières qu'humaines, qui seront affectées à ce projet, les enquêtes dans le milieu financier étant aussi complexes et minutieuses que celles sur le crime organisé ou le trafic de stupéfiants.
Des moyens qui restent insuffisants
Le FBI lui-même a commencé ces derniers mois à renforcer ses équipes travaillant sur les "délits des cols blancs", les fraudes, les escroqueries et les actes de corruption dont les conséquences ont pu être catastrophiques tant pour les Américains que pour l'équilibre du système financier. Prise en compte tardive d'un problème dont l'explosion était bien antérieure : depuis 2005, les enquêtes ouvertes par la police fédérale sur des escroqueries aux emprunts immobiliers à risque ont presque triplé, passant de 721 à 1800 aujourd'hui, selon le FBI. Les enquêtes sur des fraudes, des escroqueries ou des actes de corruption au sein des sociétés sont quant à elles au nombre de 530, dont 38 sont directement liées à des institutions financières comme Fannie Mae et Freddy Mac... dont les faillites ont précipité la crise.
Aujourd'hui, le FBI peut compter sur une équipe de 240 agents à temps plein sur les enquêtes concernant les crédits immobiliers et 100 sur les sociétés. Il s'appuie en outre sur 55 groupes de travail dans tout le pays composés d'agents fédéraux mais aussi de forces de l'ordre des Etats et locales. Mais c'est encore insuffisant. Entre 1986 et 1995, lors de la crise de l'épargne et des emprunts, quelque 1000 enquêteurs et agents de la police scientifique, et des dizaines de procureurs fédéraux avaient été dédiés aux poursuites judiciaires.
D'après agence
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