"Michelle Obama est une bonne avocate de son mari"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 31 mars 2009 à 05h45 , mis à jour le 30 mars 2009 à 11h44

Interview - Carl Sferrazza Anthony, historien des First Ladies, décrypte pour LCI.fr comment la femme du président américain a endossé son rôle depuis le 20 janvier.

[Expiré] barack obama michelle obama © Reuters/K. Lamarque

carl sferazza antonyCarl Sferrazza Anthony est historien à la National First Ladies library, le centre dédié à l'histoire des Premières dames américaines. Il a écrit neuf livres sur le sujet et intervient régulièrement dans les médias américains.

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LCI.fr : Comment Michelle Obama joue-t-elle son rôle de First Lady depuis fin janvier ? Est-il conventionnel ou différent de ce qu'en attendaient les Américains ?
Carl Sferrazza Anthony : Pour l'instant, son rôle est assez unique. Sur le fond, elle a insisté sur des sujets qui ne sont pas spécialement politiques et qui ne concernent pas concrètement la politique de son mari. Pourtant, ils en reflètent en partie l'agenda. Elle s'est ainsi rendue dans les bureaux des différents ministères (Santé, Agriculture, Intérieur...). Elle s'est adressée à leurs employés, en leur expliquant qu'ils devaient tous travailler ensemble pour mettre en œuvre le changement voulu par le président. Ses visites étaient importantes pour obtenir le soutien de ces ministères.
 
Elles ont été également perçues comme des "visites de voisinage", ce qu'aucune First Lady n'avait fait depuis plus de cent ans. Elles lui permettent d'être les yeux et les oreilles du président. Michelle Obama peut en effet sortir, parler plus facilement aux gens, avec des mesures de sécurité moins strictes. Ils lui diront ce qu'ils pensent, quels sont leurs problèmes, alors qu'ils sont souvent intimidés ou nerveux devant le président. Michelle Obama se veut très chaleureuse, amicale et accessible.
 
LCI.fr : Ses actions ont donc un impact politique ?
C.-S. A. : Oui. De fait, elle aide Barack Obama. Dans un certain sens, elle est une très bonne avocate et une très bonne porte-parole de sa politique. La première réception qu'elle a organisée à la Maison-Blanche honorait ainsi une ouvrière qui s'était battue pour que soit reconnu "travail égal, salaire égal". Cela va dans le sens de la philosophie de la nouvelle administration.

 
                                   "Sur la personnalité, elle ressemble à Barbara Bush !"

 
LCI.fr : Si on devait la comparer à ses devancières, est-elle plus proche d'Hillary Clinton, qui s'impliquait beaucoup dans l'administration de Bill avec le projet de réforme de la Santé, ou comme Laura Bush, plus effacée ?
C.-S. A. : Il est encore trop tôt pour la comparer à l'une des deux. Pour l'instant, on peut dire qu'elle se situe à mi-chemin. Mais tout peut changer. Pendant la première année, une First Lady apprend beaucoup.
 
LCI.fr : Et sur le plan de la personnalité ?
C.-S. A. :
En fait, de manière amusante, avec son sens de l'humour très pointu et son côté naturel, sa personnalité ressemble beaucoup à celle de... Barbara Bush. Celle-ci avait aussi beaucoup d'humour, n'hésitait pas à admettre que son mari pouvait faire des erreurs. De son côté, Nancy Reagan donnait toujours raison à son époux tandis que Laura Bush est en effet restée en dehors des débats de fonds la plupart du temps.

 
                                                  "Elle ne changera pas son franc-parler"

 
LCI.fr : Le fait d'être afro-américaine influe-t-elle sur son rôle ?
C.-S. A. : Dans les grandes lignes, non. En revanche, cela affecte les Afro-américains d'avoir une First lady afro-américaine. A force de la voir à la télévision, ils s'habituent à elle comme First Lady, et non comme un Afro-américaine. Cela change les mentalités subtilement. 
 
LCI.fr : Pendant la campagne, elle a fait plusieurs déclarations qui ont donné des arguments aux républicains. Depuis janvier, elle n'a pas déclenché de polémique. Est-elle "briefé" par les communicants de la Maison-Blanche ?
C.-S. A. : Je ne pense pas qu'elle soit le genre de personne à qui des conseillers doivent dire ce qu'il faut faire ou dire, ou ne pas faire ou ne pas dire. Elle est très intuitive. Quand elle se rend compte que ce qu'elle dit peut être gênant pour son mari, elle arrête. Mais cela ne l'empêche pas d'être naturelle, notamment grâce à son humour et son autodérision. Parfois, il est vrai que c'est mal compris. Elle est en consciente, mais je ne pense pas qu'elle changera radicalement pour autant.

 
                                       "Elle peut aider son mari à clarifier ses choix"

 
LCI.fr : Peut-elle influencer Barack Obama, consciemment ou non, sur certaines décisions ?
C.-S. A. : Oui, mais pas forcément sur la décision finale. Mais s'il lui fait part de ses problèmes, elle peut l'aider à clarifier ses pensées afin qu'il cerne mieux les implications de ses choix. Pendant la campagne, elle aimait notamment lui parler à propos de ce qu'il pouvait faire ou ne pas faire sur le mode : "Barack, tu as le choix A ou le choix B. Voici leurs implications. Maintenant c'est à toi de décider".
 
LCI.fr : La presse anglaise affirme qu'elle est à l'origine du cadeau modeste (ndlr : des DVD) offert à Gordon Brown lors de sa visite à Washington car elle tiendrait toujours les Britanniques pour responsable de l'esclavage.
C.-S. A. : Comme toujours, la presse anglaise tente de créer une bonne histoire. Certes, le cadeau était modeste. Mais il convient de préciser que Gordon Brown était le premier dirigeant étranger à en recevoir un lors d'un voyage aux Etats-Unis depuis le 20 janvier. Enfin, si ce cadeau avait été luxueux, c'est la presse américaine qui aurait critiqué les Obama pour avoir été trop généreux.

 
                                "On ne peut empêcher la presse d'en faire une icône de mode"

 
LCI.fr : Avec ses robes, ses couvertures de magazine comme Vogue, ne risque-t-elle pas de devenir avant tout une "people" plus qu'une First Lady ?
C.-S. A. : Non. Quoi qu'elle fasse, les gens feront toujours des commentaires sur ce qu'elle porte, que ce soit de bon ou de mauvais goût. On ne peut pas empêcher les magazines d'en faire une icône de mode. Elle est comme Jackie Kennedy à son époque ou Carla Bruni-Sarkozy aujourd'hui : tout le monde examine ses faits et gestes, ses vêtements... Carla Bruni-Sarkozy a néanmoins un avantage puisque c'était déjà le cas dans son milieu d'origine puis ensuite dans son métier de top-model.
 
LCI.fr : Ce voyage en Europe est-il important pour Michelle Obama ?
C.-S. A. : Oui, très important. Dans le passé, les voyages d'Eleonore Roosevelt en Angleterre, Irlande et en Australie pendant la Seconde Guerre Mondiale et de Jackie Kennedy en Europe en mai 1961, notamment à Paris, ont tout changé pour elles. Leur popularité à l'étranger a eu un impact énorme aux Etats-Unis. C'est la même chose pour Michelle Obama : si elle est très populaire à l'étranger, si les gens l'acclament dans la rue à Londres ou Strasbourg, cela augmentera sa popularité aux Etats-Unis et donc la solidifiera dans son rôle.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 31 mars 2009 à 05:45
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5 Commentaires

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  • Pétro, le 10/06/2009 à 10h40

    Je trouve les propos sur les capacités d'obama à transformer le monde ridicules et dénués de sens, c'est un américain qui a la lourde tâche de restaurer l'économie de son pays d'abord et avant tout , ensuite , que les gens comprennent bien il n'est pas le président du monde, il faut donc arrêter de lui attribuer des pouvoirs surmendisionnés , enfin il faut reconnaître que sa présence à la plus haute magistrature des usa fera date dans l'histoire et çà je suis désolée pour ses détracteurs , c'est immuable.Pour ce qui est de sa femme je la trouve excellente dans sa nouvelle posture ; elle est belle , naturelle et très intelligente n'en déplaise aux personnes qui souhaitent sa déchéance prématurée, elle n'est qu'au début et la suite promet d'être encore plus fulgurante

  • Lola, le 27/04/2009 à 10h11

    Madame la parisiennne, je ne suis pas d'accord avec vous car si Barack Obama est réelu dans 4 ans, hé bien el y aura encore 4 ans de gloire pour Michelle Obama, peut-être qque dans 8 ans elle en aura ras le bol d'être la first lady et pourquoi ne ferait-elle pas une carrière politique comme Hilary Clinton, moi je la trouve super Michelle Obama, notre Carlita n'est pas mal non plus.

  • Lyy, le 01/04/2009 à 21h01

    Je réponds à La parisienne qui a envoyé le mail ci-dessus! Avant tout elle est une avocate et a fait de solides études et ses preuves. Alors réfléchissez avant de dire qu'après 4 ans elle ne sera plus rien............. Vous n'êtes pas une intello..............pour faire des commentaires de ce type et c'est lamentable.

  • Sophie, le 01/04/2009 à 16h40

    Elle n'est pas responsable de la publicité dans les journaux, par contre, je trouve qu'elle agit bien pour faire remonter la réalité du terrain à son mari. Je ne suis pas d'accord avec la personne " Une Parisienne " qui dit : gare à la chute. Il ne faut pas oublier que Obama et sa femme sont tous deux des Avocats de métier, donc je ne vois pas la chute.

  • UNE PARIISIENNE, le 01/04/2009 à 16h01

    JE PENSE QUE C EST COMME MEME EMBETTANT POUR ELLE TOUTE CETTE PUBLICITE. CAR DANS 4 ANS CE SERA LA CHUTE - LA PAUVRE DE SE RETROUVER PLUS RIEN - CELA VA ETRE TRES DUR - MAIS TRES DUR. CAR IL FAUT BIEN LE DIRE - OBAMA NE VA PAS SAUVER LE MONDE- DONC DANS 4 ANS LES AMERICAINS AURONT UN AUTRE PRESIDENT - DONC GARE A LA CHUTE.

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