Nappe de kérosène à la surface de l'Atlantique vue depuis un avion cherchant des débris du vol Air France (3 juin 2009) © TF1/LCI |
> Infographie : les opérations de recherche |
Le "Pourquoi pas" a pris la mer. Le navire d'exploration sous-marine de l'Ifremer, qui se trouvait aux Açores pour une campagne océanographique, est en route vers la zone du crash de l'Airbus A330 d'Air France. Il ne devrait arriver que d'ici le 11 ou le 12 juin. Ce navire transporte un sous-marin spécialisé dans les recherches dans les grandes profondeurs, le "Nautile", et un robot, le "Victor 6000", qui peuvent tous les deux opérer jusqu'à 6000 mètres. Leur mission consistera à récupérer les boîtes noires l'appareil.
"Le gros enjeu est d'avoir sur place des systèmes pour repérer les signaux" des boites noires, a expliqué Pierre Cochonat, directeur adjoint des programmes à l'Ifremer. L'un de ces systèmes exploités par l'Ifremer, un "pinger" (sorte de sonar) que l'on met dans l'eau et qui est capable de détecter le signal émis par la balise de la boîte noire, est actuellement à Toulon et va être envoyé au Cap Vert pour être chargé à bord du bateau. "D'après les informations que nous avons sur la puissance et la fréquence des balises, on ne peut les détecter qu'à environ 1.500 mètres dans l'eau. Donc il faut qu'on descende notre pinger au bout d'un câble vers 2.000 ou 3.000 mètres compte-tenu de la profondeur de la zone", a précisé Pierre Cochonat.
L'enquête avancera, même sans boites noires
Pour autant, les chances de récupérer l'une ou toutes les boîtes noires sont minces. "On estime qu'on est probablement dans une zone à 3600-3700 mètres, il faut savoir qu'on n'a jamais récupéré de boîtes noires à cette profondeur et que les courants sont puissants au fond, donc c'est une opération qui sera extrêmement délicate" a déclaré mercredi sur RMC le ministre chargé des Transports, Jean-Louis Borloo. Le BEA (1) a lui estimé "ne pas être d'un optimisme total" sur la possibilité de retrouver les boîtes noires. Mais, "ce n'est pas le seul outil" permettant de déterminer les raisons du crash, explique son directeur. "Nous déjà travaillé sans enregistreur" de vol. Si elles sont retrouvées et à condition qu'elles soient en bon état, cela permettrait cependant "d'avoir beaucoup plus d'informations". "Mais ne laissez pas croire à qui que ce soit que nous sommes devant la question suivante : si nous avons les enregistreurs, nous saurons ce qui c'est passé, si nous ne les avons pas, nous ne saurons pas. C'est faux", a-t-il martelé.
Une chose est sûre, les débris repérés dans l'Atlantique par le Brésil sont bien ceux de l'Airbus d'Air France. "Le doute n'est plus permis", a précisé mercredi l'état-major des armées à Paris. Lors d'une conférence de presse, le BEA a lui assuré sa totale transparence sur les informations receuillies lors de l'enquête. "Des experts d'Air France et d'Airbus vont être associés à l'enquête. Nous assurons que toute information sera communiquée, aux médias comme aux familles". A ce stade, "aucun élement ne laisse penser que l'avion avait un problème avant son départ" de Rio, a expliqué son directeur. "On ne sait pas aujourd'hui ce qu'il s'est passé. Tout ce qu'on peut dire ou entendre en ce moment est du domaine de la spéculation". Un premier rapport devrait être remis fin juin.
"Aucun espoir de retrouver des survivants"
Jean-Louis Borloo s'est lui attardé sur l'une des hypothèses évoquées pour expliquer le crash : la foudre. "Ce qui est clair c'est que le foudroiement a probablement existé, mais ce qui est tout aussi clair c'est que le foudroiement il y en a souvent sur les avions, cela ne peut pas expliquer en soi l'accident. Est-ce qu'on est entré dans une période de chocs climatiques d'une violence absolument extraordinaire? C'est une des questions qu'il va falloir se poser", a estimé Jean-Louis Borloo. Le gouvernement français n'écarte aucune hypothèse : "la thèse de l'attentat n'est pas écartée à ce stade. Il n'y a pas d'indice pour l'instant d'un attentat. On ne peut pas l'écarter à 100%, mais nous n'avons aucun indice" a-t-il ajouté.
Trois navires marchands ont été déroutés afin de participer aux recherches, notamment pour ramasser les débris flottant en surface. Une nappe de kérosène de 20 km a été repérée par un avion des forces aériennes brésiliennes ainsi qu'une dizaine de débris, dont une pièce "apparemment métallique" de 7 mètres de diamètre. Ce débris"pourrait être d'une partie latérale de l'Airbus ou du fuselage" mais aucune inscription Air France n'a été vue, a précisé le pilote de l'avion ayant survolé la zone. En outre, les moyens pour retrouver des débris de l'Airbus ont été "renforcés" mercredi avec un avion radar Awacs, a annoncé le commandant de la base aérienne de l'armée française à Dakar.
Mais "sauf miracle", vu la multitude de débris, "il n'y a strictement aucun espoir de retrouver des survivants", a affirmé à Paris une source proche de l'enquête judiciaire. "La présence éventuelle de survivants n'est même pas une hypothèse de travail", a ajouté cette source. Les navires devraient être rejoints par un patrouilleur de la marine brésilienne, puis par une frégate et une corvette.
(1) Le BEA est l'organisme officiel français chargé des enquêtes techniques sur les accidents et incidents d'aviation civile.
Deux enquêtes bien distinctes |
Deux enquêtes sur la disparition de l'A330 sont actuellement menées en France. L'avion ayant disparu dans les eaux internationales, la convention relative à l'aviation civile internationale prévoit que c'est le pays où l'appareil a été immatriculé, en l'occurence la France, qui est chargé de l'enquête de sécurité. Cette enquête a été confiée au Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA). "Le but de cette enquête est d'éviter d'autres accidents", a expliqué mercredi Paul-Louis Arslanian, directeur du BEA. Pour cela, le BEA peut émettre, comme il l'a fait dans le passé, des "recommandations" aux compagnies aériennes, aux constructeurs, à l'aviation civile en général, pour tirer toutes les leçons de la catastrophe. En parallèle, une enquête judiciaire préliminaire, sous la houlette du parquet, a été confiée à la Gendarmerie des Transports Aériens (GTA), appuyée par l'Institut de recherches criminelles de la gendarmerie nationale (IRCGN). Cette enquête préliminaire vise à identifier les victimes en collectant des informations, comme des prélèvements ADN, auprès des familles des passagers, et à pointer les éventuelles infractions pénales qui ont pu être commises. L'enquête préliminaire devrait "rapidement" laisser place à une information judiciaire confiée à un juge d'instruction, plus à même de conduire une enquête aux ramifications internationales. L'aéroport Charles-de-Gaulle à Roissy se situe sur la juridiction du parquet de Bobigny mais celui-ci a été dessaisi mercredi de l'enquête au profit de celui de Paris en raison du lieu de résidence de plusieurs des victimes. |
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