Obama joue gros sur sa Santé au Congrès

Par , le 09 septembre 2009 à 05h45 , mis à jour le 09 septembre 2009 à 16h36

Le président américain s'adresse cette nuit solennellement aux parlementaires pour les convaincre d'adopter sa réforme de l'assurance-maladie.

obama_discoursArchives © Reuters

Traditionnellement, le président américain s'adresse au Congrès fin janvier pour le discours sur l'Etat de l'Union. Ses autres interventions devant les parlementaires sont très rares et ont  lieu dans des circonstances jugées importantes, comme par exemple celles de George W. Bush après le 11-Septembre ou avant la guerre en Irak. C'est dire si la décision de Barack Obama de marquer véritablement sa rentrée politique après la période estivale ce mercredi (à 2h du matin, jeudi, heure française) par une adresse au Congrès sur l'assurance-maladie est attendue.

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Lors de la campagne, le nouveau locataire de la Maison-Blanche avait fait de cette réforme l'un des sujets emblématiques de son éventuel mandat. Objectif principal : donner une assurance-maladie aux 46 millions d'Américains qui n'ont pas les moyens de s'en payer une. Comment : avec la création d'une "public option", une assurance publique payante qui ferait concurrence aux assurances privées pour ceux qui ne disposent ni de Medicaid (réservé aux faibles revenus) ni de Medicare (réservé aux personnes âgées). Cela représente environ 7 Américains sur 10. Si les plus riches peuvent se payer leur assurance, les moins riches dépendent souvent de leur employeur qui la leur fournit -d'où la catastrophe en cas de perte d'emploi. Face à la crise, les assureurs ont aussi tendance à exclure de nombreuses garanties.
 
Choc frontal face aux "Blue dogs" démocrates
 
L'annonce du projet a immédiatement entraîné une levée de boucliers. Les républicains se sont déchaînés, en affirmant qu'il coûterait plus de 100 milliards de dollars par an au contribuable. Avec un sous-entendu : "nous n'avons pas envie de payer pour les autres". Ils ont également lancé les rumeurs les plus folles. Sarah Palin, l'ex-candidate à la vice-présidence, est ainsi allée jusqu'à laisser penser que le texte permettrait d'euthanasier les personnes âgées pour faire des économies (voir encadré).  Les comparaisons malsaines entre Barack Obama à Adolf Hitler ont aussi pullulé.
 
Si ce conflit contre le parti de l'éléphant, entré plus globalement dans une bataille systématique, était prévisible, Barack Obama a rencontré une opposition plus surprenante : celle de son propre parti. Une quarantaine de parlementaires démocrates conservateurs, surnommés "blue dogs", s'opposent ainsi à plusieurs mesures de la réforme à la fois par conviction et par calcul politique. Ayant bénéficié de l'élan en faveur lors de Barack Obama aux législatives de novembre 2008, beaucoup de nouveaux Représentants (ndlr : députés) du parti de l'âne ont été élus dans des circonscriptions républicaines. Et ont peur de perdre leur siège dès l'année prochaine s'ils votent le texte. Pour tenter de les amadouer, le président semble prêt à lâcher du lest. Mais il se heurte là à un autre problème : l'aile gauche du parti démocrate (celle dite "libérale", au sens américain du terme), qui se mobilise contre toute "amputation".
 
Sondages en baisse
 
En s'adressant au Congrès cette nuit, Barack Obama, qui a déjà atteint la cote d'alerte dans les sondages avec à peine 50% d'opinions positives, doit donc donner des gages sur sa gauche et sur sa droite. Et surtout convaincre, alors que sa méthode du consensus à tout prix lasse. Les observateurs prédisent déjà que le reste du mandat est en jeu.  Quelle autorité aurait en effet par la suite un président incapable de faire adopter une réforme qui lui tient à cœur alors qu'il dispose d'une large majorité au Sénat et à la Chambre des représentants ? Comment pourrait-il notamment justifier l'envoi de nouveaux renforts en Afghanistan, alors que le conflit devient de plus en plus impopulaire aux Etats-Unis ?

"Dissiper la bêtise"

Dans une interview diffusée mercredi matin sur ABC, Barack Obama a annoncé ce qu'il entendait faire passer lors de son intervention.  "Le discours est destiné à s'assurer que les Américains savent clairement ce que nous proposons. (...) Et à dissiper certains mythes et -pour être franc- la bêtise qui circule depuis un moment", a-t-il lancé.

Il a admis avoir "probablement laissé trop d'ambiguités, qui ont permis aux opposants de la réforme de saturer les ondes en racontant souvent n'importe quoi". Il a réfuté ces critiques du projet : "Tout, depuis l'idée ridicule que nous voulons mettre en place des 'tribunaux de la mort, à l'idée fausse que cette réforme est destinée à fournir une assurance santé aux immigrés clandestins, et jusqu'à la notion plus vaste d'une main-mise gouvernementale sur le système de santé".

Le président a annoncé qu'il présenterait "un plan beaucoup plus détaillé" que jusqu'à présent et a répété qu'il voulait à tout prix éviter que la réforme de la santé n'accroisse le déficit, affirmant que "si cela ajoute un centime au déficit, alors je ne soutiendrai pas le projet".

Par Fabrice Aubert le 09 septembre 2009 à 05:45
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16 Commentaires

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  • G.A, le 10/09/2009 à 07h55

    Laisser donc le présidant d'Amérique faire ce pour quoi il été choisit.Quoi de plus honorable que de donner à tout les américain une assurance maladie. Est-ce une question de moyen?Parce que avec 100milliards et une population de 400millions d'individus cela couterais 1/4 de dollars seulement par année et par personne.

  • S Carmichael, le 09/09/2009 à 22h49

    Dans une democratie socialiste comme la France, la population se tourne toujours vers l'etat pour tous les problemes de vie et veux tout gratuitment, mais dans la vie rien n'est gratuit. Aux Etats Unis la majorite de la population prefere resoudre leurs problemes eux meme sans l'interference du gouvernement. Je prefere cette liberte. Obama serait un exellent president pour la France mais ici je pense qu'il n'aura qu'un terme. Les Eatats Unis ne sont pas encore pret a devenir socialist. Heureusement.

  • Terry, le 09/09/2009 à 15h15

    Une erreur que je vois souvent repetee: "donner une assurance-maladie aux 46 millions d'Américains qui n'ont pas les moyens de s'en payer une". C'est faux: le rapport du recensement dit qu'il y a aux US 46 millions de personnes sans assurance, ce qui est completement different, car sur ces 46 millions, 12 millions sont des emigres illegaux, ce qui ne fait plus que 34 millions qui sont effectivement Americains. Parmi eux, 20 millions ont moins de 30 ans, gagnent plus de 50 mille dollars par an et preferent ne pas souscrire a une assurance maladie car ils sont en bonne sante et juge la depense inutile, bien qu'ils puissent se la permettre. Cela ne laisse plus en fait que 14 millions d'Americains qui ne peuvent se payer une assurance. Si l'article disait: "donner une assurance-maladie aux 46 millions de personnes aux Etats-Unis qui n'en ont pas", alors ce serait correct.

  • Terry, le 09/09/2009 à 15h02

    Le probleme du projet de loi sur la reforme du systeme de sante d'Obama, c'est que les consequences negatives attendues ne correspondent pas du tout avec le but positif annonce de la reforme. Ignorance du fonctionnement de l'economie ou volonte de tromper, dans aucun des cas cela n'inspire les Americains...

  • Mimichoupette, le 09/09/2009 à 14h41

    Je soutiens Mr Obama. Vouloir la sécurité sociale pour tout le monde est tout à son honneur. Scandaleuse, la façon dont les politiques démocrates remercient leur président. A sa place, je ne m'occuperais pas de leur état d'âmes. Un pays comme les Etats-Unis sans couverture sociale et au XX1ème siècle. C'est inconcevable.

  • DanieleH, le 09/09/2009 à 11h11

    Il est révoltant de lire certains messages émanant de républicains extrémistes.. ceux là même qui ont le plus d'argent. Ils vont jusqu'à comparer Obama à Hitler et il est très clair qu'ils n'ont pas le coeur bien placé quand il s'agit d'aider les autres. Ils parlent de leur train de vie, de leurs voitures, de leurs vacances à Las Vegas (pour les casinos) et ne "voient pas" pourquoi ils ne pourraient pas profiter de leur fortune. A côté de cela une grande majorité des démocrates savent très bien qu'il est indispensable de "faire quelque chose" pour les millions d'américains qui souffrent. Le projet d'Obama ne pourra pas être implémenté "tel quel" mais c'est une première pierre que plusieurs présidents ainsi que Ted Kennedy ont réussi à poser. La construction sera lente et il faudra aussi à Obama beaucoup de persévérence mais les négociations continueront, ce sera plus lent que nous le souhaiterions, mais ce projet aboutira. Je suis très impatiente d'entendre/de lire les propositions du président ce soir

  • Noémie, le 09/09/2009 à 10h11

    Ce qui est écrit dans cet article est odieux : des démocrates ont profité de l'élan Obama pour se faire élire, et maintenant ils le lâchent car ils craignent de perdre leur place dans leur circonscription plus républicaine... Je profite de toi mais quand tu as besoin de moi va voir ailleurs... C'est vraiment horrible. Je sais bien que c'est un peu la base de la politique, mais c'est quand même choquant.

  • WIND BERNARD, le 09/09/2009 à 09h47

    J'envoie un ferme éloge et une grande admiration pour cette nation de pionniers...il est évident que l'on ne peut pas changer très vite les mentalités ...le président des USA a du mérite de vouloir la sécu pour tout le monde...nous sommes en 2009...l'espace nous attend...merci a la FRANCE...pour son bien ètre sanitaire et mon opération du coeur a Lyon/2004.

  • Michel, le 09/09/2009 à 08h44

    L'assurance maladie revient sur le tapis pour les américains, il serait grand temps. Celui qui a le plus fait dans ce domaine c'est Johnson. Cela dit, je vous déconseille d'être malade aux States, surtout si vous n'avez pas d'assurances et encore faut-il si vous en avez une; qu'elles acceptent de vous prendre en charge.

  • FR, le 09/09/2009 à 08h42

    Pour comprendre le problème, il faut connaître la société américaine: l'assurance maladie coûte environ 0/mois (pour une seule personne, jeune et en bonne santé), alors que le salaire minimum est d'environ 0/mois. Pas besoin d'être un champion en maths pour voir le problème. L'idée d'une assurance publique a été abandonnée (sans doute pour ne pas fâcher les assurances privées). Et maintenant, on parle d'imposer une amende aux gens qui n'ont pas d'assurance maladie, pour les obliger à en acheter une, un peu comme les automobilistes qui sont obligés de se payer une assurance auto. Sauf que si on est pauvre, on peut prendre le bus ou marcher, mais on n'est pas obligé de payer pour une assurance auto. Mais dans le cas de l'assurance maladie, que faire quand on n'a pas les moyens de payer? On propose tout simplement de taxer le droit de vivre ou de respirer?

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