Barack Obama, le 9 septembre 2009, lors de son discours au Congrès sur la Santé © ReutersAprès environ 10 heures de débat acharné, la Chambre des représentants a validé dimanche aux Etats-Unis la réforme de l'assurance maladie. Après une bataille acharnée entre républicains et démocrates, le Sénat a voté pour l'ouverture d'un débat sur le projet de réforme historique du système de santé.
François Durpaire, historien, est chercheur associé au Centre de recherches d'Histoire Nord-Américaine à l'Université de Paris I-Panthéon Sorbonne. Il a publié plusieurs ouvrages sur Barack Obama et les Etats-Unis. Il est également directeur de la publication du site pluricitoyen.com.
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LCI.fr : D'un point de vue historique, où placer cette intervention ? Est-ce un discours sur l'Etat de l'Union bis ?
François Durpaire : En raison du lieu où il a été prononcé, le Congrès, on peut en effet le comparer à un discours sur l'Etat de l'Union qui serait uniquement centré sur l'assurance-maladie. En raison du contexte, il fait aussi penser au discours sur les races prononcé en mars 2008 pendant la campagne électorale. A l'époque, Barack Obama se retrouvait dans une impasse sur le sujet. Il s'en était sorti en montrant aux Américains ce qu'ils avaient en commun, en les rassemblant sur l'aspect racial.
Cette fois, il leur a de fait redit qu'il n'y avait ni démocrate, ni républicain sur l'assurance-maladie et a tenté de les rassembler autour des impératifs de santé. Le discours sur la race s'appelait "Une union plus parfaite". L'intervention d'hier pourrait être baptisée "Une solidarité plus parfaite".
LCI.fr : A quels parlementaires Barack Obama s'est-il adressé spécifiquement pendant son discours ?
F.D. : Quasiment à tous. C'est la grande habilité de cette intervention. C'est un discours à plusieurs destinataires et à plusieurs clés.
| "Un appel du pied aux républicains modérés via McCain" |
| François Durpaire |
Il s'est ainsi adressé aux démocrates de gauche. Ces "libéraux", au sens américain du terme, sont inquiets que l"option publique" (ndlr : création d'une assurance publique qui ferait concurrence au privé pour les 47 millions d'Américains dépourvus de couverture santé) ne soit pas conservée dans le projet final. Il a donc réaffirmé fermement sa volonté d'assurer ces Américains.
Ensuite, en rendant un double hommage appuyé à John McCain, il a fait un appel du pied aux républicains modérés. Même si cette réforme très polarisante n'est soutenue par aucun leader républicain, il a de fait sous-entendu qu'il rejetait tous ceux qui font passer leur intérêt politique avant l'intérêt des Américains.
Enfin, et surtout, il s'est adressé au "blue dogs", ces démocrates conservateurs réticents à voter le projet. Il leur a donné plusieurs arguments pour convaincre leurs électeurs. Comme ils en possèdent déjà une, ceux-ci ne souhaitent pas l'extension de l'assurance publique aux frais du contribuable. Il a ainsi expliqué que le projet servirait indirectement à tous puisqu'une concurrence publique ferait baisser les cotisations des assurances privées et que la nouvelle réglementation interdirait de sélectionner les bons et les mauvais assurés sur le risque médical.
LCI.fr : Au-delà des parlementaires, Barack Obama visait aussi l'opinion publique.
F.D. : Tout à fait. Comme pour le discours sur l'Etat de l'Union, il s'agissait de prendre les
| "Les spin-doctors ont bien travaillé" |
| François Durpaire |
parlementaires à témoins en leur assénant que "les Américains vous regardent" et "nous regardent". Il a par exemple donné des exemples concrets de citoyens privés de couverture maladie pour diverses raisons et que sa réforme ferait disparaître. Aux Etats-Unis, on parle de "bully pulpit" : du haut de son pupitre, le président utilise son discours comme un instrument de coercition et se sert de l'opinion publique comme moyen de persuasion auprès du Congrès afin de faire bouger les lignes politiques.
Cette méthode est très étudiée. Elle a été utilisée par tous les présidents américains pendant le discours sur l'Etat de l'Union. Il semble que les "spin doctors" (ndlr : conseillers de communication) de la Maison-Blanche aient réussi leur entreprise. Jeudi matin, les commentaires des journalistes étaient positifs et les sondages montrent que la majorité des Américains sont en faveur d'une assurance-santé, ce qui n'était plus le cas ces derniers jours.
LCI.fr : Même s'il a marqué des points dans l'opinion, cette réaction positive ne risque-t-elle pas d'être un feu de paille ?
F.D. : Non. Au bout de sept mois, malgré les critiques, il obtient encore environ 56% d'opinions positives dans les sondages. Evidemment, c'est beaucoup moins qu'en janvier. Mais c'est
| "Il y a forcément un plan B" |
| François Durpaire |
mieux que George W. Bush ou Bill Clinton après sept mois et demi de mandat. Surtout, ses hommages appuyés à John McCain sont vraiment très habiles : ils peuvent l'aider à obtenir l'appui de quelques républicains modérés au moment de voter le texte.
LCI.fr : S'il échoue à faire adopter son projet alors qu'il dispose de la majorité dans les deux Chambres, son mandat sera-t-il plombé ?
F.D. : Quoi qu'il arrive, l'échec ne sera pas total. Au pire, il présentera un plan B, moins audacieux et fruit d'un compromis. Il lui faut en effet sortir de l'impasse en ayant l'air d'obtenir une victoire politique. Il a déjà préparé le terrain en affirmant, à destination des "blue dogs", que son projet n'était pas une révolution complète du système.
Ecoutez un extrait du discours ci-dessous :
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Obama tient enfin sa réforme historique de la Santé
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