Santé d'Obama : "le coup du 'bully pulpit'"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 10 septembre 2009 à 15h21 , mis à jour le 10 septembre 2009 à 16h51

Interview - François Durpaire, historien, décrypte pour LCI.fr le discours du président américain sur la réforme de l'assurance-maladie.

obama_discours_drapeauBarack Obama, le 9 septembre 2009, lors de son discours au Congrès sur la Santé © Reuters

françois durpaireFrançois Durpaire, historien, est chercheur associé au Centre de recherches d'Histoire Nord-Américaine à l'Université de Paris I-Panthéon Sorbonne. Il a publié plusieurs ouvrages sur Barack Obama et les Etats-Unis. Il est également directeur de la publication du site pluricitoyen.com.

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LCI.fr : D'un point de vue historique, où placer cette intervention ? Est-ce un discours sur l'Etat de l'Union bis ?
François Durpaire :
En raison du lieu où il a été prononcé, le Congrès, on peut en effet le comparer à un discours sur l'Etat de l'Union qui serait uniquement centré sur l'assurance-maladie. En raison du contexte, il fait aussi penser au discours sur les races prononcé en mars 2008 pendant la campagne électorale. A l'époque, Barack Obama se retrouvait dans une impasse sur le sujet. Il s'en était sorti en montrant aux Américains ce qu'ils avaient en commun, en les rassemblant sur l'aspect racial.

Cette fois, il leur a de fait redit qu'il n'y avait ni démocrate, ni républicain sur l'assurance-maladie et a tenté de les rassembler autour des impératifs de santé. Le discours sur la race s'appelait "Une union plus parfaite". L'intervention d'hier pourrait être baptisée "Une solidarité plus parfaite".
 
 
LCI.fr : A quels parlementaires Barack Obama s'est-il adressé spécifiquement pendant son discours ?
F.D. : Quasiment à tous. C'est la grande habilité de cette intervention. C'est un discours à plusieurs destinataires et à plusieurs clés.

"Un appel du pied
aux républicains
modérés
via McCain"
               François Durpaire

Il s'est ainsi adressé aux démocrates de gauche. Ces "libéraux", au sens américain du terme, sont inquiets que l"option publique" (ndlr : création d'une assurance publique qui ferait concurrence au privé pour les 47 millions d'Américains dépourvus de couverture santé) ne soit pas conservée dans le projet final. Il a donc réaffirmé fermement sa volonté d'assurer ces Américains.
 
Ensuite, en rendant un double hommage appuyé à John McCain, il a fait un appel du pied aux républicains modérés. Même si cette réforme très polarisante n'est soutenue par aucun leader républicain, il a de fait sous-entendu qu'il rejetait tous ceux qui font passer leur intérêt politique avant l'intérêt des Américains.
 
Enfin, et surtout, il s'est adressé au "blue dogs", ces démocrates conservateurs réticents à voter le projet. Il leur a donné plusieurs arguments pour convaincre leurs électeurs. Comme ils en possèdent déjà une, ceux-ci ne souhaitent pas l'extension de l'assurance publique aux frais du contribuable. Il a ainsi expliqué que le projet servirait indirectement à tous puisqu'une concurrence publique ferait baisser les cotisations des assurances privées et que la nouvelle réglementation interdirait de sélectionner les bons et les mauvais assurés sur le risque médical.
 
LCI.fr : Au-delà des parlementaires, Barack Obama visait aussi l'opinion publique.
F.D. :
Tout à fait. Comme pour le discours sur l'Etat de l'Union, il s'agissait de prendre les

"Les spin-doctors
ont bien travaillé"
               François Durpaire

 parlementaires à témoins en leur assénant que "les Américains vous regardent" et "nous regardent". Il a par exemple donné des exemples concrets de citoyens privés de couverture maladie pour diverses raisons et que sa réforme ferait disparaître. Aux Etats-Unis, on parle de "bully pulpit" : du haut de son pupitre, le président utilise son discours comme un instrument de coercition et se sert de l'opinion publique comme moyen de persuasion auprès du Congrès afin de faire bouger les lignes politiques.
 
Cette méthode est très étudiée. Elle a été utilisée par tous les présidents américains pendant le discours sur l'Etat de l'Union. Il semble que les "spin doctors" (ndlr : conseillers de communication) de la Maison-Blanche aient réussi leur entreprise. Jeudi matin, les commentaires des journalistes étaient positifs et les sondages montrent que la majorité des Américains sont en faveur d'une assurance-santé, ce qui n'était plus le cas ces derniers jours.
 
LCI.fr : Même s'il a marqué des points dans l'opinion, cette réaction positive ne risque-t-elle pas d'être un feu de paille ?
F.D. : Non. Au bout de sept mois, malgré les critiques, il obtient encore environ 56% d'opinions positives dans les sondages. Evidemment, c'est beaucoup moins qu'en janvier. Mais c'est

"Il y a forcément
un plan B"
             François Durpaire

mieux que George W. Bush ou Bill Clinton après sept mois et demi de mandat. Surtout, ses hommages appuyés à John McCain sont vraiment très habiles : ils peuvent l'aider à obtenir l'appui de quelques républicains modérés au moment de voter le texte.
 
LCI.fr : S'il échoue à faire adopter son projet alors qu'il dispose de la majorité dans les deux Chambres, son mandat sera-t-il plombé ?
F.D. : Quoi qu'il arrive, l'échec ne sera pas total. Au pire, il présentera un plan B, moins audacieux et fruit d'un compromis. Il lui faut en effet sortir de l'impasse en ayant l'air d'obtenir une victoire politique. Il a déjà préparé le terrain en affirmant, à destination des "blue dogs", que son projet n'était pas une révolution complète du système.

Ecoutez un extrait du discours ci-dessous :

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 10 septembre 2009 à 15:21
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10 Commentaires

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  • Maydoc, le 14/09/2009 à 00h31

    Pas trés d'accord avec Régis et Belial; il faut s'imaginer se retrouver au chômage ne serait-ce qu'à cause du libéralisme non contrôlé de l'économie qu'ont revendiqué ces miliers d'Américains hier...Le rêve Américain oui ! mais ce sont les masses qui rêvent pendant que les grands font des profits inimaginables. Obama menace des interets énormes et c'est une menace pour sa santé...à plus d'un titre

  • Belial, le 13/09/2009 à 17h52

    Je partage l'avis de Régis (comme nombre de Francais!). Personne ne nous envie ce système de solidarité obligatoire, soit disant "le meilleur du monde"! Il ruine la France, et puis c'est tout. Un référendum serait intéressant pour sortir du système sécurité "sociale". Je commence à faire mes comptes, pour éviter de continuer de payer ainsi pour les autres. Toujours les mêmes en plus, ce qui en ont besoin ne sont en rien responsable du système et cotisent peu ou pas du tout (CMU...)!

  • Picus, le 13/09/2009 à 16h23

    @ Regis Êtes-vous citoyen US pour prendre ainsi parti ? Je suppose, si vous vivez en France, que vous bénéficiez de la solidarité de notre sécu.

  • Regis, le 11/09/2009 à 12h46

    Moi j'espere que les republicains bloqueront son projet, ceux qui travaillent n'ont pas a assumer les frais de santé des autres

  • Brou, le 11/09/2009 à 01h36

    J'ai écouté avec interêt le discours d'OBAMA.La partie du discours qui m'a ému c'est qu'il a rendu indirctemeent hommage à john MCAIN en lui piquant une de ses idées de sa campagne présidentielle.C'est aussi çà les Etats Unis d'Amerique.;ce n'est le cas en France où l'on utlise les personnaités de gauche que les idées de Gauche.

  • DAIFUXIANG, le 11/09/2009 à 00h21

    J'ai été outré par l'interpellation du Représentant de la Chambre Haute, qui l'accuse de "Menteur" concernant le fait que son programme n'est pas à destination des immigrants. Je voudrais rappeller que non seulement OBAMA a pris les citoyens, les séniors à témoin mais il est évident que le reste du monde regarde les Etats unis se débattre dans son premier plan fédérale de couverture de santé. Les Etats Unis doivent continuer à montrer qu'ils ont des leaders politiques responsables à la Maison Blanch mais aussi dans les deux chambres. Encore une occasion perdu pour l'Europe et l'actuelle commission Européenne de montrer son existence et un soutien appuyé au changement aux USA. !

  • Lali, le 10/09/2009 à 19h36

    J'espère que Mr OBAMA réussira à faire passer son projet. En tout cas, si malheureusement, il échoue, il aura au eu le mérite de tenter de tenir ses promesses, ce qui n'est pas toujours le cas de tous les politiciens. Et cela donnera l'exemple aux autres politiques de réaliser de bons projets de lois et qu'il faut avoir le courage de ses opinions.

  • Laure, le 10/09/2009 à 18h34

    Un grand homme qui restera gravé dans les mémoires;Son élection,déja,son combat ensuite;Tenez bon Mr Obama,il n'y a pas beaucoup d'hommes comme vous sur la planète;

  • Chris, le 10/09/2009 à 17h25

    J'ai ecoute tres attentivement son intervention. Il a fait preuve d'un tonus hors pair et a manifeste son leadership de facon claire et nette. Et il n'a pas hesite a s'attaquer a l'immobilisme et au protectionnisme des acquis financiers en matiere d'assurance sante. Il a un sacre courage et une volonte de fer. Il secoue la cage et vient donner un caractere plus humain aux soins medicaux. Il veut l'universalite, la justice et la baisse des couts. C'est une demarche exemplaire qui merite d'etre soulignee. Va-t-il reussir face a l'orthodoxie des republicains endurcis? Ce n'est pas evident. Mais il est monte au creneau, et pas qu'un peu. Son intervention vise a donner un caractere plus humain aux soins de sante. Il travaille pour le peuple, et pas pour les compagnies d'assurances privees. Une bouffee d'air frais, enfin!

  • Michel, le 10/09/2009 à 17h13

    Avec l'aide de J. Mac Cain, B. Obama va réussir à faire passer son projet.

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