Des pilotes refont l'enquête

Par Franck LEFEBVRE-BILLIEZ, le 04 octobre 2009 à 09h22 , mis à jour le 04 octobre 2009 à 16h13

L'accident du vol Rio-Paris, qui avait fait 228 morts début juin, aurait pu être évité, affirment deux pilotes. Ils ont rédigé leur rapport en parallèle de l'enquête officielle, et accusent.

a330 air france vol brésilImage d'archives © TF1-LCI

L'enquête des deux pilotes résumée en huit diaporamas
Les messages d'alerte du vol AF-447 publiés par un site de pilotes 

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin, un Airbus A330 d'Air France provenant de Rio et en route pour Paris s'abîmait dans l'océan Atlantique avec, à son bord, 216 passagers et 12 membres d'équipage. Malgré les moyens déployés, les causes exactes de l'accident n'ont pas été établies officiellement et le Bureau français d'enquêtes et d'analyses a évoqué un enchaînement de faits conduisant à la catastrophe, sans qu'aucun d'entre eux ne suffise seul à l'expliquer. Les derniers signaux d'alerte envoyés automatiquement par l'avion, les messages Acars, ont toutefois établi une défaillance des sondes Pitot, chargées de mesurer la vitesse en vol.

C'est en se basant sur cette défaillance avérée que deux pilotes, Gérard Arnoux, commandant de bord sur A320 et président du Syndicat des pilotes d'Air France, partie civile dans le dossier AF-447, et Henri Marnet-Cornus, ancien commandant de bord sur A330, dénoncent aujourd'hui une série de négligences coupables qu'ils considèrent comme les causes profondes de la catastrophe du vol AF-447. Tous deux sont connus dans le milieu des pilotes pour avoir enquêté sur une dizaine d'accidents similaires. Le Journal du Dimanche a publié des éléments de leur propre rapport, qui doit être remis dans les prochains jours aux juges Sylvie Zimmermann et Yann Daurelle, chargés de l'enquête qui doit déterminer les éventuelles responsabilités dans le drame.

"Le BEA cherche à minimiser"

Non seulement, assurent-ils, les sondes Pitot sont bien la cause directe de l'accident, mais celui-ci "aurait sans doute pu être évité" si divers groupes et institutions allant d'Airbus à Air France, en passant par la Direction générale de l'aviation civile, l'Agence européenne de la sécurité aérienne et le BEA lui-même, avaient correctement rempli leur rôle. Interviewé dans le JDD, Gérard Arnoux affirme vouloir "tordre le cou à la thèse selon laquelle sans les boîtes noires nous ne saurons pas ce qui s'est passé et qu'il nous faudrait oublier nos morts au fond de l'océan". Il assure que les sondes Pitot "sont conçues sur la base de standards de certification obsolètes qui ne prennent pas en compte le givrage à haute altitude", et que "le BEA cherche à minimiser le rôle joué" par ces sondes "parce qu'il n'a pas diligenté les enquêtes que les lois et règlements lui imposaient de faire" lors des premières défaillances constatées sur d'autres appareils.

Les pilotes à l'origine de ce rapport évoquent en outre des facteurs aggravants susceptibles d'avoir eu un rôle dans la catastrophe : des pilotes trop peu formés en simulateur à des situations d'urgence comme celle qu'a connue le vol AF-447 ; des procédures d'urgence définies par Airbus "au mieux confuses, au pire dangereuses" ; des informations météo insuffisantes avant l'accident, alors qu'elles auraient pu permettre à l'équipage de choisir une route plus sûre. Sur ce dernier point, Air France a déjà répondu en assurant que la route choisie était conforme aux procédures ; Airbus, pour sa part, réserve ses arguments aux enquêteurs.

Des messages d'alerte non publiés

Gérard Arnoux et Henri Marnet-Cornus ne sont pas les premiers dans le milieu des pilotes à défendre une thèse faisant des sondes Pitot de Thales la cause première de l'accident, et à mettre en cause le BEA, très critiqué. Et les éléments parfois avancés pour expliquer la catastrophe ont, dès le lendemain de l'accident, fait fortement réagir les pilotes. Ainsi, moins de dix heures après le crash, Air France, par la voix de son directeur de la communication, avait évoqué la probabilité d'un foudroiement en vol. Les syndicats de pilotes ont aussitôt rappelé qu'aucun accident dans l'histoire de l'aviation civile n'avait été mis sur le compte de la foudre et qu'un avion est foudroyé en moyenne toutes les 1500 heures de vol. En outre, Météo France avait indiqué le 6 juin, après une analyse de la situation dans la zone au moment du passage de l'avion, que les conditions générales étaient "normales pour un mois de juin".

Un site internet, Eurocockpit, alimenté par des pilotes, des mécaniciens, des personnels navigants ou des contrôleurs aériens, a dès lors clairement mis en cause les sondes Pitot. Sur la base des 24 messages d'alerte automatiques envoyés dans les quatre dernières minutes de vol de l'A330, il a affirmé n'avoir aucun doute sur le fait que le givrage des sondes avait rendu l'appareil impilotable, de nuit et dans une zone orageuse. Mais les messages Acars n'ont jamais été dévoilés dans leur intégralité par le BEA, dont le directeur, Paul-Louis Arslanian, lui-même très contesté par les pilotes, n'a montré que des extraits interprétables de diverses façons.

Depuis le drame de l'AF-447, un vaste programme de remplacement des sondes Pitot du français Thales, par des sondes fabriquées par son rival Goodrich, considérées comme plus fiables, a été préconisé. Ces dernières ont toutefois elles-mêmes fait l'objet récemment d'une demande expresse de contrôle émanant de l'Agence européenne de sûreté aérienne. Air France a annoncé pour sa part une mission d'expertise externe sur la sécurité de ses vols. Quant au controversé Paul-Louis Arslanian, il part à la retraite après 19 ans à la tête du BEA, remplacé par Jean-Paul Troadec, qui était jusqu'alors directeur général de l'Etablissement public de sécurité ferroviaire et du service d'exploitation de la formation aéronautique. Le secrétariat d'Etat chargé des Transports a toutefois précisé que Paul-Louis Arslanian continuera à collaborer aux enquêtes sur les accidents du vol AF447 Rio-Paris et du vol de l'A310 de la Yéménia, à la demande de Dominique Bussereau.

Par Franck LEFEBVRE-BILLIEZ le 04 octobre 2009 à 09:22
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22 Commentaires

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  • Luc, le 06/10/2009 à 11h37

    Peut-on éviter un décrochage, de sous vitesse ou de sur vitesse, en ayant qu'une estimation de la vitesse de la masse d'air. Oui, ici dans mon fauteuil devant l'ordi en sirotant mon café et d'ailleurs de tel cas on s'en moque un peu de la vitesse de l'air. (afficher une poussée croisière connue dans ce domaine de masse/altitude pour avoir en gros une vitesse volable, regarder mon altitude /vitesse/caps GPS pour avoir une idée de mon attitude (vol horizontal ?), une fois fait y toucher le moins possible et "attendre que ça sèche..."). Fastoche, ici dans mon fauteuil devant l'ordi en sirotant mon café. Les pauvres sondes ne sont pas à l'origine de la catastrophe, non, mais les multiples calculateurs qui sont derrière si. Ces calculateurs ayant fait ce qu'ils ont pu avec les informations données par les sondes et en fonction de leurs programmes en modes normal ou de reconfiguration en cas de pannes de systèmes annexes. Et lorsque tous les systèmes fournissant les informations vitesse aux calculateurs tombent progressivement en panne ça coince. On nous dit que dans ce cas, les dits calculateurs changent de référentiels pour passer en références incidence. J'en suis fort aise, donc l'avion va me dire "attention tu décroches", je vais prendre les mesures nécessaires et j'ai 7 chances sur 10 de passer en survitesse ce qu'il va me dire aussi. Pourquoi ? Parce que j'ai une flopée d'alarmes qui viennent de me sauter à la figure en 4 minutes, qu'il fait nuit, que je n'ai pas de référence d'horizon extérieur car je suis dans un nuage et que je me demande jusqu'ou je peux encore faire confiance aux informations restantes sur mes instruments, que ça tabasse pas mal, pas plus que d'hab mais pas moins non plus. Je viens de passer mes réfs d'horizon en inertiel par le FPV ouf!! Aie je le perd !! Bien, est-ce que cela suffit pour aller jusqu'à un accident ? Non, alors il y a d'autres causes mais elles sont induites, sans le problème initial pas d'accident.

  • Modeste, le 05/10/2009 à 15h39

    En réponse à Christophe de Dijon et à Onnissoit. Je suis tout à fait d'accord avec Onnisoit qu'un GPS donne la vitesse par rapport au sol, et non par rapport à la masse d'air. Ainsi la masse d'air ayant sa propre vitesse (le vent), soit l'avion va dans le même sens que le vent et sa vitesse par rapport à la masse d'air est inférieure à celle indiquée par le GPS, soit il est dans le sens contraire et sa vitesse par rapport à la masse d'air est supérieure à celle indiquée par le GPS. Et comme l'a très bien décrit Onnisoit, soit l'avion va trop vite est c'est pas bon, soit il va trop doucement et ce n'est pas bon non plus. Seulement, sans être expert, voilà ce que je sais : La vitesse de la masse d'air ne dépasse pas 400 Km/h, et normalement elle sont prévisible, en sens et intensité et elles sont identifiées par la météo avant le décollage. De plus, durant le vol, avant la panne Pitot, la différence entre le GPS et les sondes Pitot donne la vitesse de la masse d'air dans l'axe de l'avion. Ainsi, je pense que l'histoire des sondes Pitot, est loin d'être une explication suffisante, car avec une approximation de la vitesse de la masse d'air, la survitesse ou le décrochage peut être évité. Les raisons sont donc ailleurs que dans les pauvres sondes Pitot.

  • Steph, le 05/10/2009 à 10h28

    A Orphee de Marseille, desole de te contredire mais ces deux pilotes sont loin a vouloir la gloire en publiant ces resultats, ils veulent tout simplement eviter que le meme accident se reproduise! Moi je leur tire mon chapeau car cela ne doit pas etre facile pour eux de vouloir donner leur expertises quand le business est gere par bonnet blanc et blanc bonnet.

  • Fdd66, le 05/10/2009 à 08h25

    Franchement, pourquoi dépenser des milliers d'euros pour faire une enquête ? Y a qu'à demander aux pilotes qui auront ainsi une double casquette. Ils seront juges et parties et nous aurons ainsi la vérité vraie.

  • Orphee, le 04/10/2009 à 20h22

    Au final ces personnes cherchent quoi? La notoriété? Faire un livre? Trouver des producteurs pour un film? Les familles ont droit à la vérité, ils ont le droit de demander que les corps soient retrouvés pour pouvoir entamer le procéssus de deuil, mais ils n'ont pas besoin de ce genre de déclarations.

  • Braggard, le 04/10/2009 à 20h00

    Les circuits de dégivrage présentent trois positions, automatique, manuel, arrêt. Sans boites noires, on ne pourra toujours qu'émettre des hypothèses.L'une d'entre elle est malheureusement la possibilité d'un oubli des pilotes. Chacun défend sa corporation. C'est humain.

  • Philip, le 04/10/2009 à 17h46

    C'est un attentat qui est à l'origine du crash, seulement avec la crise et les vacances d'été, il n'aurait pas fait bon de parler de ça car la chute de fréquentation des compagnies aériennes à cette période aurait été fatale. C'est bien de parler de sondes P pendant des mois pour étouffer la vérité et avec le temps, on oublie. C'est ce que l'on dit à l'étranger; pensez-vous? Phil

  • Ju, le 04/10/2009 à 16h16

    @ Christophe: Le GPS ne donne pas du tout la vitesse de l'avion (vitesse air bien sur, car un avion peut tenir en l'air avec une vitesse sol nul, donc GPS, suffit d'un vent de face assez fort)

  • Antonio, le 04/10/2009 à 15h29

    @ Jacqpot : les pilotes AF ne sont-ils pas, pour la plupart d'entre eux, formés par l'ENAC ?

  • Martinella, le 04/10/2009 à 15h27

    Cela fait trois mois qu'Eurocokpit clame ces défaillances des systèmes de sécurité et vous ne le dites que maintenant???

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