Evo Morales, à la tribune (décembre 2009) © TF1/LCIBien avant la proclamation des résultats, Evo Morales a revendiqué dimanche la victoire à l'élection présidentielle bolivienne, dès le premier tour, les électeurs ayant plébiscité ses réformes visant à accroître les aides sociales aux plus pauvres et à renforcer le rôle de l'Etat dans l'économie. Les chiffres officiels ne seront proclamés qu'au cours de la journée de ce lundi, mais selon les sondages réalisés à la sortie des urnes et un décompte rapide, le chef de l'Etat sortant est crédité de 61% des voix au moins, soit une avance de plus de 35 points de pourcentage sur son rival le plus proche, l'ancien gouverneur de droite Manfred Reyes Villa. L'entrepreneur et ex-ministre de centre-droit Samuel Doria Medina est crédité pour sa part de 7% à 10%.
En outre, le parti présidentiel, le Mouvement vers le socialisme (MAS), recueillerait 24 ou 25 des 36 sièges du Sénat, soit la majorité absolue des deux-tiers. Il était déjà majoritaire à la Chambre des députés. Le contrôle du Parlement garantit au gouvernement une mise en oeuvre sans entrave de sa "refondation" socialiste et pro-indigène du pays, sur la base de la nouvelle Constitution adoptée en janvier 2009. Il lui permet surtout le cas échéant d'amender la Constitution, par exemple sur le nombre de mandats présidentiels - deux consécutifs actuellement. Morales a d'ailleurs déjà évoqué à demi-mot la possibilité d'un troisième mandat. Il lui donne enfin les mains libres pour les hautes nominations, dans la justice en particulier.
La crainte de dérives autocratiques
Cette victoire massive, si elle est confirmée, confortera la domination d'Evo Morales, qui est âgé de 50 ans, face à une opposition conservatrice affaiblie et divisée, liée à l'élite des affaires. Son score à la présidentielle fait déjà de lui l'homme d'Etat le plus populaire en Bolivie depuis le nationaliste Victor Paz Estensorro il y a près de 50 ans. Cela alors que Morales, sa rhétorique anti-libérale, ses alliances (Venezuela, mais aussi Iran), restent éminemment suspectes aux yeux de l'Occident. Tout comme le poids du narcotrafic en Bolivie, 3e producteur mondial de cocaïne.
"Le processus de changement a prévalu", a lancé le président dimanche soir du balcon du palais présidentiel, acclamé par des milliers de partisans agitant des drapeaux aux cris de "Evo à nouveau ! Evo à nouveau !". Pour le président réélu, "cette majorité de plus des deux-tiers des députés et sénateurs nous fait obligation, me fait obligation, d'accélérer le processus de changement" de la Bolivie. C'est précisément ce que redoute la droite bolivienne : une toute-puissance du MAS est redoutée par l'opposition et préoccupe aussi des observateurs indépendants. La droite dénonce un risque de dérive despotique de la part de Morales, dans la lignée du président vénézuélien Hugo Chavez, son allié et mentor de la gauche radicale latino-américaine.
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