"A l'hôpital de Port-au-Prince, on opérait 20 h sur 24"

Par , le 21 janvier 2010 à 06h18 , mis à jour le 22 janvier 2012 à 08h20

Témoignage - Ron D. Perez, infirmier à New York, avait déjà secouru des victimes des attentats du 11-Septembre ; cette fois, il est parti en Haïti avec une équipe de chirurgiens. Pour TF1 News, il raconte.

L'équipe médicale de Ron Perez en pleine intervention à l'hôpital d'Haïti (janvier 2010)L'équipe médicale de Ron Perez en pleine intervention à l'hôpital d'Haïti (janvier 2010) © Ron D. Perez

  • Trois mois après le séisme, elle retrouve sa mère

    Une petite fille miraculée, extraite des ruines de Port-au-Prince après le séisme, soignée aux Etats-Unis et considérée comme orpheline, va retrouver sa mère, identifiée grâce à un test ADN.

    Publié le 18/03/2010 Trois mois après le séisme, elle retrouve sa mère
  • Le jackpot du téléthon pour Haïti

    "Hope for Haiti Now", l'émission parrainée par George Clooney et Wyclef Jean, a déjà rapporté 57 millions de dollars, sans prendre en compte les recettes de ventes de l'album. La recette sera reversée à des organisations humanitaires.

    Publié le 24/01/2010 Le jackpot du téléthon pour Haïti
  • Défilé de stars pour Haïti

    Organisée à la fois à Los Angeles, New York et Londres, l'émission "Hope For Haiti Now" a réuni des dizaines de stars affichant leur solidarité pour Haïti, George Clooney en tête.

    Publié le 23/01/2010 Défilé de stars pour Haïti
  • Dans les ruines de Port-au-Prince, d'ultimes miracles

    Alors que le gouvernement haïtien a annoncé officiellement la fin des opérations de recherche, un homme et une femme ont encore été sortis des décombres, dix jours après le séisme.

    Publié le 23/01/2010 Dans les ruines de Port-au-Prince, d'ultimes miracles
  • Une distribution de l'aide toujours chaotique en Haïti

    Bus d'aide alimentaire pris d'assaut, manifestations de réfugiés criant famine : si l'aide est massive, sa distribution reste difficile à Port-au-Prince, même si la vie reprend peu à peu.

    Publié le 23/01/2010 Une distribution de l'aide toujours chaotique en Haïti
  • Après le séisme, les trafiquants d'enfants ?

    L'Unicef signale qu'une quinzaine d'enfants ont disparu d'hôpitaux en Haïti, et lance une mise en garde : les réseaux de trafiquants, déjà actifs avant le séisme, pourraient profiter de la catastrophe pour agir.

    Publié le 22/01/2010 Après le séisme, les trafiquants d'enfants ?
  • Trente-trois enfants haïtiens en route pour la France

    Ce premier groupe d'enfants adoptés par des familles françaises, et qui étaient restés bloqués en Haïti par le séisme, est attendu vers 20 heures à l'aéroport de Roissy.

    Publié le 22/01/2010 Trente-trois enfants haïtiens en route pour la France
  • Il survit sous les ruines grâce à son iPhone

    Un Américain piégé sous les décombres après le séisme a utilisé une application téléchargée sur son iPhone pour se soigner, et survivre jusqu'à l'arrivée des secours.

    Publié le 22/01/2010 Il survit sous les ruines grâce à son iPhone
  • Après le séisme, rendre un toit aux Haïtiens

    De véritables villes provisoires vont être édifiées près de la capitale, et l'ONU va lancer un programme "argent contre travail" pour soutenir les Haïtiens et aider au déblaiement. Trouver un toit pour les sinistrés est une priorité.

    Publié le 22/01/2010 Après le séisme, rendre un toit aux Haïtiens
  • Haïti : les dernières infos

    <b> Synthèse -</b> L'Onu indique que les opérations de recherche d'éventuels survivants vont se poursuivre encore un peu. Le nombre de morts français est revu à la hausse.

    Publié le 21/01/2010 Haïti : les dernières infos
  • Haïti : les témoignages incroyables des "miraculés du 7e jour"

    Au milieu des décombres, l'espoir surgit encore. Des survivants dont des enfants, véritables miraculés, ont été sortis des ruines de la ville au cours de ces dernières 24 heures.

    Publié le 20/01/2010 Haïti : les témoignages incroyables des "miraculés du 7e jour"
  • Desespérés et effrayés, les Haïtiens tentent de fuir à tout prix

    Une semaine après le séisme, la terre a encore tremblé mercredi. Devant ce chaos, les rescapés paniqués sont de plus en plus nombreux à prendre le chemin de l'exode.

    Publié le 20/01/2010 Desespérés et effrayés, les Haïtiens tentent de fuir à tout prix
  • Haïti : des géologues avaient prédit la catastrophe

    La situation sismique reste très instable en Haïti. A défaut d'être prévisible, le tremblement de terre de la semaine dernière était attendu. Des géologues avaient prédit ses terribles conséquences.

    Publié le 20/01/2010 Haïti : des géologues avaient prédit la catastrophe
Plus d'infos

 

Lorsqu'il s'exprime, Ron hésite, cherche ses mots ; parfois sa voix se brise. Il est à bout de nerfs. Il n'a pour ainsi dire pas dormi pendant 72 heures, ou seulement par trop courtes plages de sommeil ; et sans arrêt venaient de nouveaux patients qu'il fallait soigner, opérer, amputer. Pour l'un, c'était une gangrène à stopper ; pour une autre, un accouchement difficile, et il fallait aider l'enfant à naître avec un matériel médical réduit au strict minimum, et dans des conditions d'asepsie elles aussi minimales.

En temps ordinaire, Ron D. Perez est infirmier à New York. Il assiste les chirurgiens en salle d'opération. L'hôpital où il travaille (Hospital for Special Surgery) est spécialisé dans l'orthopédie et la rhumatologie. Mais ces derniers jours, il accompagnait une équipe de son établissement, venue apporter les premiers soins aux rescapés de Port-au-Prince après le séisme. Ron a déjà expérimenté les situations d'extrême urgence : le 11 septembre 2001, il avait porté secours à des victimes des attentats d'Al Qaïda à New York. Mais cette fois, c'est très différent. L'opération débute par un voyage interminable : "Il nous a fallu deux jours pour nous rendre sur place, avec toutes les difficultés du monde". Ron se souvient aussi de cet atterrissage qui s'éternise, de l'arrivée dans un aéroport désorganisé, rempli d'équipes qui s'affairent à décharger du matériel des avions.

"Ça puait la mort

Chance pour eux : un convoi est présent à l'atterrissage pour les véhiculer, ainsi que le chargement d'aide médicale qu'ils apportent, vers leur lieu d'intervention. "Nous étions attendus par une équipe de la CGI (Clinton Global Initiative) associée à des membres de Médecins Sans Frontières. Ils nous ont aidés à récupérer notre matériel et nous ont pris en charge", se souvient Ron. A peine débarqués, les voilà fonçant dans les rues de Port-au-Prince également plongées dans le noir. Direction : l'hôpital général. Pour Ron, ces images de nuit sont un choc : "Tout était dévasté. C'était incroyable de voir tous ces dégâts, tous ces bâtiments effondrés, des églises, des supermarchés... Et il y avait des gens étendus partout. Les rues étaient remplies d'une foule qui dormait là".

Ron D. Perez
Ron D. Perez

Une fois à l'hôpital général, il leur faut constater que l'établissement, s'il est toujours debout, a subi trop de dégâts pour être utilisable. Il y a bien du matériel chirurgical. Mais aucun bloc opératoire en état de fonctionner. Il y a, surtout, cette odeur très particulière... "Je connais bien l'odeur des hôpitaux, raconte Ron, mais là, c'était autre chose. Cette odeur partout... Ça m'a tout de suite rappelé ce que j'avais senti le 11-Septembre. Ça puait la mort".

"Moi, je suis juriste, pas infirmier"

Leur convoi reprend la route et les dépose dans un centre hospitalier de dimensions plus modestes, mais opérationnel. De tous côtés, dans tous les couloirs, des patients qui attendent. Pas de médecin. En cherchant bien, pourtant, ils en trouvent un, plongé en pleine intervention. Ils veulent interroger l'homme qui l'assiste et fait les anesthésies, mais celui-ci doit leur avouer : "Moi, je suis seulement juriste, pas infirmier". Il est venu prêter main-forte faute de mieux. "Il n'y avait personne pour les aider, raconte Ron ; ils étaient à bout". Devant une telle pénurie, l'équipe de Ron décide de se mettre au travail sans plus attendre. Tous entrent alors dans un long tunnel d'opérations qui s'enchaînent sans interruption : "Nous avons opéré presque sans nous arrêter pendant trois jours. On opérait 20 h sur 24". Combien d'interventions réalisées durant ce lap de temps ? Il n'est plus très sûr. "Peut-être soixante-dix..."  Retrouvez notre sossier sur le séisme en Haïti

De ceux qu'ils n'ont pu sauver, Ron ne parle pas. Mais il évoque des images traumatisantes. "Les patients arrivaient sans cesse. Et il n'y avait personne pour les aider : ils étaient livrés à eux-mêmes. On voyait des blessés victimes de la chute de débris, aux membres brisés en de multiples endroits ou écrasés, que gagnait déjà l'infection. Beaucoup de blessés qui étaient aussi très malades. Beaucoup de jeunes gens qu'il fallait amputer". Le minimum vital manque. Il faut rationner les bandages et les pansements, le matériel chirurgical : "J'ai vu le moment où nous allions tomber à court", se souvient Ron. C'est avec soulagement qu'il reçoit la nouvelle de l'arrivée d'une équipe de relève : "Jusqu'alors, les équipes qui arrivaient à Port-au-Prince étaient surtout constituées de secouristes, de pompiers, de policiers. Il y avait si peu de médecins, et surtout, si peu des spécialistes dont on a besoin dans ce genre de situation, qui s'y connaissent en chirurgie traumatique... L'aide médicale arrivait aussi - du moins jusqu'à l'aéroport ; mais la décharger des appareils prenait un temps infini, et on manquait toujours de tout pour opérer".

Pourtant, c'est une image d'espoir qu'il voudrait garder de son incursion dans le malheur haïtien : celle de cette femme sur laquelle il a fallu pratiquer de toute urgence une césarienne. "J'étais très mal à l'aise, confie Ron : après tout, ma spécialité, c'est l'orthopédie..." Mais il est le seul à pouvoir aider pour cette intervention. Lorsqu'il tient l'enfant dans ses bras, celui-ci est inerte. Pas de respiration. Suivent des minutes interminables, crispantes, pendant lesquelles ils tentent de forcer ce petit corps à respirer. Enfin, le voilà qui commence à donner signe de vie : "Il était tout bleu ; sa couleur a commencé à changer. Il s'est mis à respirer..." Avant de repartir pour New York avec un avion de l'armée canadienne, via Miami et Montréal, Ron emportera le souvenir de cette mère sauvée et recousue, avec dans les bras ce bébé "ressuscité", comme il aime à le dire, et qui respire et pleure comme tous les nouveau-nés. Un bébé bien vivant.

Des retrouvailles huit jours après le séisme

Dans un article précédent, nous évoquions la situation d'Eunice, vivant au Canada et sans nouvelles de son mari, présent à Port-au-Prince lors du séisme. Elle et ses proches ont enfin reçu un message, parvenu à bon port bien qu'avec retard : "Je suis content de pouvoir vous écrire ce message sept jours après le passage de la catastrophe, écrit Valéry, et merci de vous intéresser à mon sort. Je me porte bien ainsi que tous les membres de ma famille proche. Jusqu'à cette date, je n'ai reçu aucune nouvelle faisant mention de la disparition d'un membre de ma famille".

Par Franck Lefebvre-Billiez le 21 janvier 2010 à 06:18
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

2 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • humanoide56, le 21/01/2010 à 22h05

    Merci la Vie §§§ Préservez-vous, vous !

  • olevard, le 21/01/2010 à 08h02

    Super papier. Bravo Franky. O. L.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      • Le grand quiz de l'info
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        Nous recommandons
        logAudience