Les stocks de l'aide internationale pillés à Port-au-Prince

Par TF1 News (Avec agence), le 15 janvier 2010 à 07h07 , mis à jour le 15 janvier 2010 à 23h07

Dossier : Séisme en Haïti

Pour les membres du PAM, c'était un incident prévisible dans une ville dévastée où les secours peinent à intervenir. Face à la colère grandissante, certains mettent en garde contre des risques d'émeutes.

Employé du Programme Alimentaire MondialEmployé du Programme Alimentaire Mondial © L. Galdamez / Reuters

Pour les membres du Programme alimentaire mondial, un tel incident était prévisible dans une capitale haïtienne en proie au chaos : les entrepôts de stocks de nourriture du PAM ont été pillés à Port-au-Prince. "Il va falloir les réapprovisionner", a stoïquement commenté une porte-parole de l'agence onusienne. Le PAM prévoit que deux millions d'Haïtiens totalement démunis après le tremblement de terre de magnitude 7 vont avoir besoin d'une aide alimentaire d'urgence dans le mois qui vient. 

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Risques d'émeutes

Comme le montrent une nouvelle fois ces pillages, l'insécurité est le premier obstacle que les sauveteurs étrangers rencontrent dans les rues dévastées de Port-au-Prince face à des Haïtiens souvent désespérés plus de 48 heures après le séisme qui a détruit leur capitale. Des habitants en colère ont bloqué jeudi certaines rues de la capitale avec des cadavres afin de protester contre le retard de l'assistance humanitaire. Shaul Schwarz, photographe pour le magazine Time, a dit avoir vu au moins deux rues barrées de cette manière. Le ministre brésilien de la Défense Nelson Jobim a mis en garde vendredi contre des risques d'émeutes à Haïti si les besoins les plus urgents de la population n'étaient pas rapidement satisfaits. Les Etats-Unis ont de leur côté assuré que les conditions de sécurité "restaient correctes" à Haïti. Même si les parachutistes de la 82e division aéroportée de l'armée américaine ont pris position vendredi sur le tarmac de l'aéroport de la capitale haïtienne ce afin de le sécuriser.

Des scènes de pillage ont été signalées dans le quartier de Delmas, l'une des principales artères de la capitale, où des gens ont pris du matériel électronique et des sacs de riz. D'autres ont été vus siphonnant de l'essence d'un camion-citerne abandonné. "Tous les policiers sont occupés à porter secours aux victimes ou à enterrer des membres de leur famille", explique le patron d'une entreprise de tuilerie. "Ils n'ont pas le temps de faire des patrouilles dans les rues".

"Les secours arrivent, mais ne sont pas distribués"

Selon les secouristes, le bilan des victimes risque de s'alourdir terriblement si les blessés ne bénéficient pas rapidement d'une assistance médicale. "Les prochaines 24 heures vont être décisives", estime Paul Cormier, officier des gardes-côtes américains et responsable d'un orphelinat à Haïti. Delfin Antonio Rodriguez, chef des opérations de la défense civile dominicaine, déplore de son côté : "Hier, on a voulu voler un de nos camions. Aujourd'hui, à cause de ça, il y a des endroits où nous avons à peine pu travailler". Les principaux hôpitaux étant détruits ou endommagés, il faudrait pouvoir installer un grand hôpital de campagne pour pouvoir accueillir les blessés. Mais dans le contexte actuel, c'est impossible : "Si nous l'installions de nuit, le matin il ne serait plus là", observe-t-il.

 

Cet expert en catastrophes naturelles est arrivé très vite à Port-au-Prince en provenance de la République Dominicaine, qui partage l'île d'Hispaniola avec Haïti. Mais une grande partie de l'aide internationale reste bloquée à l'aéroport. "Les secours arrivent, mais après ils ne sont pas distribués, probablement à cause de l'insécurité", observe-t-il encore. Mais les consignes sont strictes : pas question d'être armés, ce qui oblige à quitter les lieux à la tombée de la nuit, même lorsque au beau milieu d'un sauvetage.

Des cris sous les ruines

 

Quand les sauveteurs sont repérés sur un site, ils sont rapidement encerclés par des habitants qui leur amènent des blessés. D'autres leur expliquent qu'ils entendent des cris sous des décombres. "Nous essayerons d'y aller demain, mais maintenant c'est dangereux", répond un pompier dominicain. Incompréhension du côté des équipes d'habitants qui tentent à mains nues de dégager des victimes du séisme et crient leur rage face aux 4X4 des diplomates ou des travailleurs humanitaires qui passent sans s'arrêter. Souvent, ils entendent des cris et des plaintes sous les décombres, qui durent des jours, des heures, puis finissent par s'éteindre sans qu'aucun secours ne soit venu. Parfois aussi, des heures d'effort pour dégager un survivant ne permettent de retrouver qu'un mourant qui s'éteint dans les bras de ceux qui l'ont extrait des ruines.

 

Beaucoup d'Haïtiens sont aussi en colère contre le peu de réactivité de leur propre gouvernement. Pourtant, les autorités ne sont pas complètement absentes : au nord du palais présidentiel, un camion de pompiers, seul, au rouge éclatant et immaculé, sillonne les rues pour apporter de l'aide aux bénévoles. Un des pompiers a dû affronter le pire quand le camion a été appelé pour sa propre maison. Il y a découvert, émergeant de tonnes de gravats, les pieds enlacés de sa fille Nadèje et de son ami Maxo.

 

Par TF1 News (Avec agence) le 15 janvier 2010 à 07:07
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18 Commentaires

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  • humanoide56, le 16/01/2010 à 04h07

    Non les catastrophes dans l'immédiat exaltent toutes les peurs, les brigants corrupteurs et corruptés arrivent majoritairement après la bataille, pour la reconstruction par exemple. la mise en tutelle par l'ONU devrait être obligatoire sur un secteur donné jusqu'a résorbtion du traumatisme.

  • humanoide56, le 16/01/2010 à 03h42

    Ouai, c'est facile à dire devant la télé avec un bol de pop-corn. Seuls ceux qui ont oeuvré dans des conditions abominables dans des zones sinistrés, où l'odeur de la putréfaction, la masse des victimes choquées, la fatigue de la FAIM et surtout de la soif amène cette misère à des actes de survie incohérents. Necritiquez pas ni ne jugez, ou alors allez donner un coup de main, vous comprendriez que la violence sur la violence n'est que décalée. Ce n'est pas un téléfilm, désolé §

  • belialgoth, le 16/01/2010 à 00h11

    Seuls les américains agissent. Les pauvres pays à la botte de l'ONU ne font en Haïti que de la figuration. Envoyez vos dons au USA, ailleurs, ça finira comme d'habitude...

  • galaktor38, le 15/01/2010 à 21h03

    Bien facile à dire...

  • syberya, le 15/01/2010 à 18h35

    @barny--Je crains que vous n'ayez raison Monsieur, ma fille aînée y a vécu pendant deux ans, et sa belle famille s'y trouve encore, ils vont bien quoique ayant tout perdu puisqu'ils résident près de l'hôtel Montana, le Chaos y est indescriptible et apocalyptique, et le pire reste à venir..car comme vous le soulignez, la corruption est monnaie courante et le lot quotidien des Haïtiens ne feignons pas de l'ignorer. Le temps que l'aide se mette en place, ce qui n'est pas une mince affaire, car coordonner une tâche aussi titanesque ne se fait pas en cinq minutes au vu du nombre des Pays intervenants, et ce quelle soit la bonne volonté et l'expérience des intervenants..J'espère seulement pour que tout cela ait un sens, que cette catastrophe réveille le monde, et que celui-ci se penche à long terme sur ce Pays, et que leur assistance ne s'arrête pas au simple fait de " panser les blessures " mais qu'ils les aident à consolider toutes les infrastructures qu'elles soient matérielles, sociales, et politiques...J'ai cependant peur que ce ne soit qu'un voeu pieu...

  • pervenche2, le 15/01/2010 à 17h44

    Ventre affamé n'a pas d'oreille !! il faut les comprendre - c'est trop de malheur pour ces pauvres gens qui n'avaient déjà pratiquement rien....

  • bonscott12, le 15/01/2010 à 17h12

    Pays très instable. Il faut au plus vite sécuriser les endroits stratégiques. En 2009, il y a eu 2000 enlèvements, car là bas c'est la loi du plus fort (ou du mieux armé). Avant la catastrophe, ils n'avaient pas grand-chose, maintenant qu'ils n'ont plus rien, ça risque de devenir sanglant.

  • stelmaria0, le 15/01/2010 à 16h59

    Je ne blame pas ces gens la.Dans un pays aussi pauvre,eprouve par la nature apres avoir essuye des ouragans et maintenant un puissant tremblement de terre,il est helas logique que des situations de pillage se produisent.Ils sont pousses par la misere et en grand desespoir pour certains.Misericorde pour ce peuple,que nous autres bien au chaud danns nos foyers pensons a ceux qui pleurent leur morts sous les decombres

  • didierbretagne, le 15/01/2010 à 15h20

    A ce niveau on ne peut appeler cela de la sauvagerie mais pour beaucoup un instinct de survie pour eux et souvent leurs enfants. Il ne nous est pas possible de se mettre à leur place mais l'on peut toujours se poser la question de savoir ce que nous ferions. Ce genre de situation est malheureusement récurrente lorsqu'ils y a des catastrophes majeures. Bien sur il y a des "voyous" mais comment faire le tri ? On ne peut guère que ressentir un sentiment de honte de ne pouvoir rien faire derrière nos ordinateurs sinon parfois conseiller (et même critiquer) des organisations internationales qui ont l'expérience que nous n'avons pas.

  • 61clementine, le 15/01/2010 à 15h19

    Attention : la SOLIDARITE mondiale pourrait vite trouver ses limites devant aussi peu de SOLIDARITE locale !

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