Pillages et braquages ajoutaient à l'angoisse et au désespoir samedi des survivants quatre jours après le séisme qui a ravagé Haïti mardi, ce malgré l'arrivée des troupes américaines censées encadrer la distribution des tonnes d'aide à une population au comble du dénuement.
Une avant-garde des quelque 10.000 soldats américains qui doivent être déployés à Haïti, a pris le contrôle de l'aéroport de Port-au-Prince. Quelque 4.200 militaires américains sont arrivés et 6.300 autres doivent les rejoindre d'ici lundi alors que Washington a déjà débloqué une première tranche de 100 millions de dollars d'assistance. Mais, alors que la population se plaint amèrement de la lenteur de l'aide, les pillages, de plus en plus fréquents, augmentent les craintes d'une population déjà terrorisée par la multiplication de gangs armés.
"Des hommes armés de machettes font éruption pour voler l'argent", témoigne ainsi une jeune femme. "Et ce n'est que le début", ajoute-t-elle. "Les gens sont affamés, assoiffés. Ils sont livrés à eux-mêmes. C'est de plus en plus dangereux. Il n'y a plus de police, les gens font ce qu'ils veulent", déplore un religieux adventiste. Quelque 6.000 détenus se sont évadés des prisons haïtiennes, partiellement détruites et laissées sans surveillance après le séisme. "Tant que les gens auront faim et soif, tant que nous n'auront pas réglé le problème des sans-abri, nous courrons le risque d'émeutes", a averti le ministre brésilien de la Défense, Nelson Jobim, après une visite à Port-au-Prince. L'ONU a lancé un appel d'urgence à la communauté internationale pour récolter 562 millions de dollars pour Haïti. Mais les paroles de réconfort en provenance du monde entier ne suffisent pas à apaiser les Haïtiens.
Des cadavres déchargés à la va-vite
Malgré le déploiement progressif des parachutistes américains, les sinistrés déambulent au milieu des ruines et de la puanteur des cadavres, rendue encore plus insoutenable par la chaleur tropicale. Au cimetière de la capitale haïtienne, les camions déchargent à la va-vite des dizaines de cadavres dans une fosse commune creusée par les autorités, sous les yeux d'habitants qui ont renoncé à organiser la moindre cérémonie funèbre. Le Premier ministre, Jean-Max Bellerive, a précisé vendredi après-midi que plus de 15.000 corps avaient été ramassés et ensevelis depuis mardi. Mais c'est plus de 50.000 personnes qui auraient été tuées et 250.000 blessées, selon le ministre haïtien de la Santé publique, Alex Larsen. Et, ajoute-t-il, près de 1,5 million d'Haïtiens sont sans-abri.
Cette évaluation correspond à celle fournie par la Croix-Rouge, qui a évoqué jeudi le chiffre d'environ 50.000 morts. Selon l'ONU, 10% des habitations ont été détruites dans l'agglomération de 2,8 millions d'habitants où des équipes de sauveteurs de nombreux pays sont à pied d'oeuvre. L'Etat haïtien a été décapité par le séisme, qui a détruit de nombreux ministères ainsi que la présidence et le parlement. Le ministre de la Santé a indiqué que le siège du gouvernement avait été transféré dans un commissariat de police.
L'ONU a annoncé vendredi que son chef Ban Ki-moon irait en Haïti dimanche pour évaluer les besoins en aide humanitaire et a lancé un appel à la communauté internationale pour récolter 562 millions de dollars, destinés à venir en aide aux Haïtiens. Les autorités américaines ont déjà investi 48 millions de dollars pour fournir de la nourriture à 2 millions de sinistrés pendant plusieurs mois, a déclaré le directeur de l'Agence gouvernementale américaine d'aide au développement, Rajiv Shah. La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a annoncé pour sa part qu'elle se rendrait samedi en Haïti, où les difficultés sur le terrain demeurent immenses. Le port est complètement hors d'usage et les déplacements sont entravés par des routes détruites ou bloquées par des amas de gravats.








