Faut-il ralentir ou accélérer l'adoption des enfants haïtiens en France ?

Par , le 23 février 2010 à 16h16 , mis à jour le 23 février 2010 à 17h14

Dossier : Séisme en Haïti

POUR-CONTRE - La polémique enfle sur l'arrivée des enfants dont l'adoption avait été validée avant le séisme. La procédure accélérée est-elle dangereuse pour les petits Haïtiens ? TF1 News se penche sur le débat.

Haïti enfantImage d'archives © REUTERS

Depuis le début du mois, 371 orphelins haïtiens, dont l'adoption avait été validée avant le séisme, ont été accueillis en France dans le cadre d'un processus accéléré. Cette procédure crée-t-elle un danger pour les enfants ? Oui, répondent plusieurs spécialistes de l'enfance et certaines ONG. Non, répliquent les associations de parents, citant à l'appui leurs propres spécialistes (lire notre article : "il faut évacuer un maximum d'enfants en cours d'adoption"). Face à la situation, le ministère des Affaires étrangères a décidé de ralentir le processus et d'envoyer une délégation sur place pour rencontrer les 116 enfants devant encore être accueillis en France afin d'évaluer leur état.

  • 114 enfants haïtiens adoptés découvrent leur famille française

    Un premier avion affrété par le Quai d'Orsay est arrivé vers 10 heures du matin à Paris, avec à son bord des parents venus chercher leurs enfants adoptifs pour les ramener en France. Un second vol est parti jeudi. En tout, environ 310 enfants haïtiens passeront Noël dans leur famille adoptive.

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  • 75 Haïtiens ont débarqué à Paris sans visa pour la France

    Arrivés la semaine dernière et dimanche, la majorité d'entre eux se trouvaient mardi en zones d'attente à Orly et Roissy, en attendant d'être fixés sur leur sort.

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  • Un huissier au quai d'Orsay

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  • Haïti : il n'y aura pas d'adoption sans jugement

    La France n'envisage pas, par "sécurité  juridique", la venue d'enfants haïtiens sans un jugement d'adoption prononcé en Haïti, a redit jeudi le Quai d'Orsay en réponse à l'exaspération des familles.

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  • "Notre nouveau combat : sortir Charly de cet enfer"

    <b> Témoignage - </b> Marielle et Sébastien devaient bientôt partir en Haïti chercher leur petit garçon de deux ans, adopté là-bas. Après le séisme, le bambin est sain et sauf mais le couple de Français ne sait pas quand ils pourront aller le récupérer.

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  • "Il faut évacuer un maximum d'enfants en cours d'adoption"

    Depuis mercredi, les familles en voie d'adopter en Haïti vivent dans l'angoisse et demandent à l'Etat une accélération des procédures. Lundi, Alain Joyandet a assuré que tous les petits dont les dossiers sont complets seront évacués vers la France.

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  • Haïti: les adoptions vers la France suspendues face au risque de trafic

    Haïti est un des pays les moins regardants, les plus laxistes concernant les adoptions d'enfants. Si les trafics existaient déjà, la situation empire depuis le séisme. Enquête sur place. Des images dures.

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    Une trentaine d'enfants d'Haïti sont arrivés vendredi soir en France. Un moment de forte émotion pour les familles adoptives qui attendaient depuis des jours de retrouver ces enfants.

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Plus d'infos

 
TF1 News a demandé leur avis à Pierre Lévy-Soussan, psychiatre, psychanalyste et spécialiste de l'adoption et à Eve Pilyser, psychologue-clinicienne auprès d'enfants.
 
TF1 News : Le processus d'adoption pour les enfants devant encore être accueillis en France doit-il être accéléré, comme pour ceux arrivés courant février ?  
 

- Pierre Lévy-Soussan : Non. L'urgence n'est pas compatible avec un processus d''adoption. Ce sont  deux logiques totalement différentes. Dans la logique humanitaire, il faut des soins renforcés et immédiats afin qu'ils soient le plus efficaces possibles. La logique d'adoption s'inscrit pour sa part dans un autre type de temporalité.
 
A l'arrivée des orphelins en France, nous avons ainsi noté une accumulation de traumatismes. Les traumatismes anciens préexistants (perte des parents...) ont été ravivés par le déplacement en urgence et sont venus se greffer au traumatisme créé par le séisme en lui-même. Tout ceci a court-circuité le mécanisme fragile du processus adoptif. Même si les enfants n'ont pas été blessés physiquement, ils n'étaient pas prêts à quitter leur environnement familier. Résultat : à leur arrivée, ces enfants sont plongés dans un état tel que les parents adoptants sont moins préparés à les accueillir. C'est d'autant plus vrai que, pour la grande majorité d'entre eux, les parents ne connaissaient pas leur enfant. Pour ne rien arranger, cette mise en relation s'est déroulée dans le cadre particulier peu engageant d'un aéroport. L'inadaptation entre le parent et l'enfant a été renforcée.
 
- Eve Pilyser : Oui, il faut aller vite, du moins pour les enfants dont la procédure d'adoption a été validée et qui ont déjà rencontré leurs parents adoptifs à Haïti

La question

Faut-il accélérer ou ralentir la procédure d'adoption des enfants haïtiens ?

Accélérer
Ralentir

 

La première raison, c'est l'urgence. Sur place, certains enfants n'ont plus de lait et reçoivent une nourriture laissant à désirer. Les conditions d'hygiène sont également délicates avec par exemple des risques de gale. Ensuite, sur le plan émotionnel, ces enfants ont déjà été informés de leur futur départ, ont rencontré leurs futurs parents, ont reçu des cadeaux. Ils sont donc déjà projetés dans leur avenir, qu'ils savent meilleur et plus chaleureux. Tout ceci a créé un ressenti positif, même pour les tout-petits. Evidemment, plus ils sont avancés dans le langage, plus ils comprennent. Enfin, au niveau psychique, comme ils sont dans une projection positive, on ne peut pas parler de traumatisme si la procédure est accélérée. Peut-être les déstabilisera-t-elle un peu, mais ce sera à la marge. Au final, le positif l'emportera sur le négatif. Quant aux troubles notés à l'arrivée à Orly, ils sont essentiellement dus au long voyage.
 

TF1 News : Que pensez-vous de la mise en place d'un centre d'accueil qui servirait de "sas" en Guadeloupe ?

- Pierre Lévy-Soussan : Il créerait et rajouterait une étape supplémentaire. Il faut réaliser cette étape de première rencontre sur place en Haïti pour éviter aux enfants d'autres ruptures, comme celle du voyage.
 
- Eve Pilyser : C'est une fausse bonne-idée. Cela ne ferait que rajouter une déstabilisation supplémentaire. Les enfants seraient alors encadrés par des personnes nouvelles. Dans ce cas, autant aller directement dans leur famille adoptive. Si le personnel haïtien les suit, cela serait éventuellement plus rassurant pour eux. Mais en raison du traumatisme que subit ce personnel, il n'est plus à même de s'occuper sainement des enfants et leur retransmet même sa déstabilisation émotionnelle. Les enfants subissent là un second choc, très violent. 


TF1 News : Quelle serait pour vous la solution la plus efficace ?

- Pierre Lévy-Soussan : Il faut que l'encadrement ait lieu à Haïti avec des garanties sur la santé de l'enfant et la qualité de ses relations avec les parents lors de son départ. L'idéal serait de préparer l'enfant en amont à l'arrivée de ses futurs parents et que la mise en relation, pendant au moins une semaine, soit encadrée au mieux. Ce n'est pas facile. Pourtant c'est primordial car cela peut avoir des conséquences sur le reste de la vie et sur le processus adoptif et filiatif. Or, une nouvelle fois, la logique d'urgence court-circuite la logique psychique. Etre psychiatre ou psychanalyste ne suffit pas pour s'exprimer sur le sujet, il faut aussi avoir une certaine connaissance de l'adoption et de son processus.
 
- Eve Pilyser : Il faut accélérer la procédure en la préparant. Tout d'abord, en renforçant les liens avec la famille adoptive. Ensuite, le personnel haïtien doit parler aux enfants sur ce qu'il s'est passé, de manière simple, avec des mots compréhensibles. Il doit aussi leur expliquer que c'est le moment pour eux de partir car ils vont être bien entourés en France et qu'il est donc temps de se dire au revoir. Bref, il faut préparer les enfants au deuil de la relation.

 

"Charly s'est très bien adapté"


Courant janvier, TF1 News avait interrogé Marielle et Sébastien. Juste avant le séisme, ils étaient sur le point de partir en Haïti pour aller chercher Charly (lire notre article : "Notre nouveau combat : sortir Charly de cet enfer"). Le bambin, âgé de deux ans, est finalement arrivé en France le 8 février dans le cadre de la procédure accélérée. "Il nous a reconnus sans aucun problème", explique Marielle -le couple s'était rendu sur place en septembre pour faire connaissance de l'enfant. "Il semble avoir été très bien préparé à sa future vie par le personnel de l'orphelinat. On lui avait notamment montré tous les albums photos de notre famille puisqu'il savait qui en étaient les autres membres", souligne-t-elle.  Aujourd'hui, tout semble aller pour le mieux. "A part quelques pleurs ou cauchemars les deux premières nuits, Charly s'est très vite adapté. Il sourit, mange bien, joue, dort bien. Le fait d'être allé le rencontrer avant son arrivée a facilité les choses, c'est indéniable", précise Marielle. 
 
Charly Port-au-Prince séisme HaïtiCôté accompagnement des autorités, le couple a reçu un coup de fil d'un psychologue présent à Orly le lendemain de l'arrivée de Charly puis d'un membre de la CUMP (Cellule d'Urgence médico-psychologique) il y a quelques jours. En revanche, il attend toujours des nouvelles du service du Quai d'Orsay qui doit boucler définitivement le dossier d'adoption.

 

Par Fabrice Aubert le 23 février 2010 à 16:16
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21 Commentaires

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  • geezgeez, le 07/01/2011 à 16h32

    De quels collègues ou "majorité de psys" parlez-vous exactement? c'est si simple d'affirmer sans preuve... et en effet, un adopté le reste TOUTE sa vie durant, pas seulement pendant son enfance. Celle-ci se passe sans problème apparent dans la majorité des cas... mais c'est souvent à l'adolescence, voire à l'âge adulte que les choses se compliquent. Etre heureux, ça ne se résume pas à être nourri, logé et "blanchi", ni à une forme de réussite sociale (dans les meilleurs des cas)... la blessure originelle de la séparation avec les parents biologiques, le déracinement culturel et linguistique, le racisme, le fait de grandir sans miroir génétique, etc... mais aussi les conditions réelles de l'abandon ET de l'adoption sont autant de facteurs qui peuvent mettre à mal la "réussite" d'une adoption sur le LONG terme. Je ne parle même pas de l'éducation que recevra l'enfant... car les parents adoptifs ne sont pas meilleurs que les autres...

  • anne342, le 03/03/2010 à 08h25

    Je pense pas qu'il faille se précipiter mais il y a une chose dont je suis sûre c'est qu'il ne faut pas les laisser dans la misère. Peut-on imaginer une aide sur place afin de les aider à trouver si c'est encore possible un épanouissement dans leur pays. Si en plus on doit les déraciner ??? pour moi c'est la solution extrême. Quand je pense à eux je suis malheuresue car en tant que maman je ne peux pas m'empêcher de penser à mes propres enfants s'ils étaient concernés et comme je souhaiterai qu'ils puissent malgré tout^à être aimé très fort pour pouvoir se construire en tant qu'adultes ...

  • cathiemu, le 25/02/2010 à 13h55

    La majorité des psy spécialistes de l'adoption dénonce les commantaires de monsieur levy soussan qui ne connait de l'adoption que les situations des ado déjà adoptés depuis longtemps. Tous ses collègues sont d'accord pour dire qu'il n'est pas le référent en la matière et les journalistes continuent à lui demander son avis. Je suppose qu'il compte publier un livre prochainement. En attendant les enfants vivent, au mieux, sous des tentes, ont la galle et continuent a attendre leurs parents francais qui doivent venir les chercher. Est ce que détruire l'espoir de ces enfants n'est pas plus grave pour leur processus d'evolution qu'un transfert en avion ? Que monsieur levy soussan me réponde

  • cathiemu, le 25/02/2010 à 13h50

    Pour qu'il y ait un parrainage il faudrait qu'il y ait des creches reconstruites. Aujourd'hui les enfants vivent dehors, avec la galle et d'autres maladies. Les pluies arrivent. Les creches sont détruites. Vous voulez parrainez qui ? et les enfants doivent il continuer à vivre dans une telle misere pour rassurer des psy. Comment peut on croire qu'un enfant est mieux sous une tente, malade et seul qu'avec une famille aimante que le gouvernement a autorisé à l'adoption et encouragé dans cete démarche ?

  • galona59, le 24/02/2010 à 23h46

    Vous êtes injuste

  • wallis22, le 24/02/2010 à 23h46

    Le parrainage et l'adoption coexistent déjà et c'est très bien ainsi, ce sont des démarches complètement différentes . wallis

  • kl_malogolf, le 24/02/2010 à 21h19

    Si vous étiez un peu au courant de l'adoption, vous sauriez que beaucoup de ces petits français ne sont pas adoptables mais évidemment quand on ne sait pas de quoi on parle, on fait de telles remarques !

  • safir7878, le 24/02/2010 à 19h57

    Ralentir pour ne pas dire interdire et au besoin apporter notre soutient sur place. Il y a plein de petit Francais qui aimeraient avoir des parents!!

  • mariecalas, le 24/02/2010 à 18h42

    C'est une honte de prononcer le mot deportation pour ces enfants alors que ceux qui sont adopter ne vivent que dans l'attente que les parents viennent les chercher.sachez que lorsque des parents vont dans ces creches les enfants leur demandent de partir avec eux alors arrettez avec ce mot terrible

  • 3tgv, le 24/02/2010 à 17h50

    Très intéressant ce que disent Mr Levy-Soussan et Mme Pilyser. Mais je crois que Mr Levy-Soussan oublie un aspect essentiel de l'adoption : les capacités d'adaptation et de "rebond" des enfants. J'en ai 3 d'origines différentes, chacun avec leur histoire, et n'ayant pas tous fait l'objet d'une préparation "pré-adoption". Mais même un enfant très bien préparé aura des crises de cafards, des moments de révoltes, sans parler d'une période de régression plus ou moins longue et cela quel que soit son âge. Et si il y a bien une chose que j'ai apprise, c'est qu'il faut faire confiance aux enfants. Ils sont géniaux, et si ils se savent aimés, ils ne cherchent pas plus loin. Laissons ces enfants et leurs parents tranquilles, qu'ils apprennent à se connaitre, sans chercher à les psychanalyser "par avance". Et si il y a possibilités d'accélérer les procédures pour les enfants, alors il faut le faire. Sans aucune hésitation !

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