Barack Obama, en conférence de presse, le 22 juillet 2009 © ReutersDepuis des décennies, la question d'un "génocide" arménien est un champ de mines diplomatique. Elle a déjà provoqué des crispations entre la Turquie et les divers pays ou institutions internationales qui ont choisi d'utiliser ce terme, dont la France, le Canada ou le Parlement européen. C'est à présent le cas avec les Etats-Unis. Dans ce pays, les Arméniens, représentés par une importante diaspora, font pression pour que soient reconnus comme "génocide" les massacres et déportations qui, entre 1915 et 1917, ont tué selon eux plus d'un million et demi d'entre eux. La Turquie reconnaît qu'entre 300.000 et 500.000 personnes ont péri, non pas victimes d'une campagne d'extermination mais selon elle dans le chaos des dernières années de l'Empire ottoman. Elle récuse la notion de "génocide" et affirme qu'une telle question devrait être examinée par des historiens.
Génocide arménien : la Turquie menace la France de conséquences "graves, irréparables"
Des paroles fortes pour prévenir la France des conséquences qu'auraient l'adoption d'un projet de loi sur la reconnaissance du génocide arménien. Le Premier ministre turc s'adresse directement à Nicolas Sarkozy.
Publié le 16/12/2011
Or Barack Obama avait promis lors de sa campagne électorale la reconnaissance du "génocide" arménien. Realpolitik oblige, il a renoncé à employer ce terme peu après son élection, alors que les Etats-Unis soutiennent les efforts de normalisation en cours entre la Turquie et l'Arménie pour l'ouverture de la frontière commune et l'établissement de relations diplomatiques. Mais jeudi, la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine a reconnu le statut de génocide au massacre des Arméniens, provoquant la colère de la Turquie. Ankara a aussitôt rappelé son ambassadeur aux Etats-Unis pour consultations et affirmé que le gouvernement ne céderait pas "aux pressions".
Une affaire embarrassante pour Obama
Quelle sera la prochaine étape ? L'issue de ce vote ouvre la voie à un examen du texte par l'ensemble des élus, mais on ignore s'il sera mis aux voix. L'administration Obama et la Turquie ont invité les députés à y renoncer. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, s'est ouvertement inquiété des conséquences de cette décision sur les relations entre Ankara et Washington... et sur le processus de réconciliation entamé avec l'Arménie, un point sur lequel Hillary Clinton avait déjà exprimé des craintes. Elle avait même donné un coup de fil au président (démocrate) de la commission des Affaires étrangères pour tenter de le dissuader. En vain. L'affaire risque désormais d'être embarrassante pour Barack Obama, qui souhaite entretenir de bonnes relations avec la Turquie, Etat membre de l'Otan et relais essentiel des Etats-Unis au Proche-Orient, en Iran ou en Afghanistan, sans s'aliéner la communauté américaine d'origine arménienne à l'approche des élections de mi-mandat, en novembre.
En Turquie même, certaines réactions sont déjà virulentes. "Le peuple turc et nous-mêmes sommes extrêmement vexés", a lancé un député turc à la presse à Washington. "Vous verrez dans les prochains jours et semaines que le parlement et le gouvernement turcs vont prendre toutes les mesures nécessaires pour faire connaître notre mécontentement en des termes sans équivoque (...) Personne ne peut assimiler nos grand-parents à des nazis". Erevan a salué de son côté le vote de la commission. "Nous apprécions cette décision au plus au point. Il s'agit d'une preuve supplémentaire du dévouement du peuple américain en faveur des valeurs humaines universelles et d'un pas important dans la prévention des crimes contre l'humanité", a commenté le ministre arménien des Affaires étrangères.
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