"Génocide" : le mot qui fait sortir la Turquie de ses gonds

Par TF1 News (D'après agence), le 05 mars 2010 à 07h18 , mis à jour le 05 mars 2010 à 11h34

Pour la Turquie, c'est le mot à ne pas prononcer. En reconnaissant le statut de "génocide" au massacre des Arméniens, la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine a provoqué un casus belli.

obama dubitatifBarack Obama, en conférence de presse, le 22 juillet 2009 © Reuters

Depuis des décennies, la question d'un "génocide" arménien est un champ de mines diplomatique. Elle a déjà provoqué des crispations entre la Turquie et les divers pays ou institutions internationales qui ont choisi d'utiliser ce terme, dont la France, le Canada ou le Parlement européen. C'est à présent le cas avec les Etats-Unis. Dans ce pays, les Arméniens, représentés par une importante diaspora, font pression pour que soient reconnus comme "génocide" les massacres et déportations qui, entre 1915 et 1917, ont tué selon eux plus d'un million et demi d'entre eux. La Turquie reconnaît qu'entre 300.000 et 500.000 personnes ont péri, non pas victimes d'une campagne d'extermination mais selon elle dans le chaos des dernières années de l'Empire ottoman. Elle récuse la notion de "génocide" et affirme qu'une telle question devrait être examinée par des historiens.

Plus d'infos

Or Barack Obama avait promis lors de sa campagne électorale la reconnaissance du "génocide" arménien. Realpolitik oblige, il a renoncé à employer ce terme peu après son élection, alors que les Etats-Unis soutiennent les efforts de normalisation en cours entre la Turquie et l'Arménie pour l'ouverture de la frontière commune et l'établissement de relations diplomatiques. Mais jeudi, la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine a reconnu le statut de génocide au massacre des Arméniens, provoquant la colère de la Turquie. Ankara a aussitôt rappelé son ambassadeur aux Etats-Unis pour consultations et affirmé que le gouvernement ne céderait pas "aux pressions".

Une affaire embarrassante pour Obama 

Quelle sera la prochaine étape ? L'issue de ce vote ouvre la voie à un examen du texte par l'ensemble des élus, mais on ignore s'il sera mis aux voix. L'administration Obama et la Turquie ont invité les députés à y renoncer. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, s'est ouvertement inquiété des conséquences de cette décision sur les relations entre Ankara et Washington... et sur le processus de réconciliation entamé avec l'Arménie, un point sur lequel Hillary Clinton avait déjà exprimé des craintes. Elle avait même donné un coup de fil au président (démocrate) de la commission des Affaires étrangères pour tenter de le dissuader. En vain. L'affaire risque désormais d'être embarrassante pour Barack Obama, qui souhaite entretenir de bonnes relations avec la Turquie, Etat membre de l'Otan et relais essentiel des Etats-Unis au Proche-Orient, en Iran ou en Afghanistan, sans s'aliéner la communauté américaine d'origine arménienne à l'approche des élections de mi-mandat, en novembre.

En Turquie même, certaines réactions sont déjà virulentes. "Le peuple turc et nous-mêmes sommes extrêmement vexés", a lancé un député turc à la presse à Washington. "Vous verrez dans les prochains jours et semaines que le parlement et le gouvernement turcs vont prendre toutes les mesures nécessaires pour faire connaître notre mécontentement en des termes sans équivoque (...) Personne ne peut assimiler nos grand-parents à des nazis". Erevan a salué de son côté le vote de la commission. "Nous apprécions cette décision au plus au point. Il s'agit d'une preuve supplémentaire du dévouement du peuple américain en faveur des valeurs humaines universelles et d'un pas important dans la prévention des crimes contre l'humanité", a commenté le ministre arménien des Affaires étrangères.

Par TF1 News (D'après agence) le 05 mars 2010 à 07:18
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

13 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • ararat1, le 22/04/2010 à 19h10

    Mais voilà, depuis tout ce temps, aucun progrès visible dans les domaines que vous évoquez, et malheureusement il y en a encore beaucoup d'autres !

  • 421123, le 08/03/2010 à 03h37

    Géographiquement la TURQUIE est en Asie-mineure et non en EUROPE.

  • rastor13, le 06/03/2010 à 14h43

    La Turquie n'est pas une démocratie, et de ne pas reconnaitre le génocide Arménien le prouve bien et fera comprendre à nos politiques je l'espère qu'elle n'a pas sa place dans l'Europe.

  • 421123, le 06/03/2010 à 02h17

    Comme si la TURQUIE avait pu comméttre de tels crimes?

  • nadock1, le 05/03/2010 à 14h05

    Les massacres commis entre 1915 et 1917 par l'empire ottoman sont qualifiés de «génocide» par la France . En France, les régions les plus importantes de la diaspora arménienne dans l'Union européenne sont : l'Île-de-France (Alfortville, Issy-les-Moulineaux), Marseille et ses environs, et la région Rhône-Alpes (Lyon, Valence, Décines) . J'ai passé 4ans a Romans (entre Lyon et Valence ) a la fin des années 50 ,j'avais plusieurs amis arménien ,des gens très bien .

  • libre-arbitre, le 05/03/2010 à 13h33

    Obama devrait pourtant savoir qu'il ne faut jamais dire la vérité. Surtout quand on n'a pas la volonté de se défendre.

  • pulpito21, le 05/03/2010 à 12h50

    La France a avec la Turquie des valeurs communes; nos actions à Madagascar et à Setif nous ont placé, 40 ans plus tard, au même niveau.

  • murielless, le 05/03/2010 à 12h05

    Voilà qui est bien dit et bien formulé !!!!

  • uhuchan, le 05/03/2010 à 08h55

    Crédibilité, un pas vers l'europe sans devoirs les comptes

  • stelmaria0, le 05/03/2010 à 08h48

    Il faut appeller un chat un chat....

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience