© AFP / R. Arangua / J. BarretoContrairement au score serré que prédisaient les sondages, l'ancien ministre de la Défense Juan-Manuel Santos est arrivé largement en tête du premier tour de l'élection présidentielle en Colombie. Dauphin désigné du chef d'Etat sortant, il a recueilli environ 47% des suffrages, loin devant l'ancien maire de Bogota Antanas Mockus, du parti Vert, crédité de 22% des voix. Si l'ancien ministre n'a pas réuni les 50% des suffrages nécessaires pour remporter cette présidentielle dès le premier tour, il apparaît en position de force avant le second tour prévu le 20 juin.
Un président écolo et farfelu à la tête de la Colombie ?
Dimanche aura lieu le premier de l'élection présidentielle en Colombie. Les sondages donnent une large avance au candidat du Parti Vert Antanas Mockus, un personnage incroyable et excentrique.
Publié le 28/05/2010
Au soir de ce premier tour, celui qui a largement dû sa popularité à sa sanglante intransigeance face aux Farc a voulu faire un geste d'apaisement. "Mon gouvernement sera un gouvernement d'union nationale. Je lance un appel à l'unité nationale sans distinction de partis", a-t-il dit à ses sympathisants en liesse rassemblés dans un hôtel du nord de Bogota. Tout en rendant un hommage appuyé au président Uribe : "C'est votre victoire et celle de tous ceux qui veulent préserver votre immense héritage. La Colombie a voté avec une large majorité pour défendre vos réussites et vos succès". L'ex-ministre de la Défense, qualifié par le chef de l'Etat vénézuélien de "menace" pour la paix du continent, a aussi lancé un appel à l'apaisement avec ce dernier et son allié le président équatorien Rafael Correa, en soulignant qu'il n'avait d'ennemi "dans aucun pays étranger".
Un seul point commun : la fermeté face aux Farc
En l'absence du populaire Alvaro Uribe, favori s'il avait été candidat mais privé d'un probable troisième mandat par la constitution qui n'en autorise que deux d'affilée, les sondages donnaient Santos et Mockus au coude à coude au premier tour. Mais les études ont semble-t-il sous-estimé le soutien dont a bénéficié Santos dans les campagnes, où les résultats de son action à la Défense sont les plus perceptibles et ont marqué la population. German Vargas Lleras, candidat du Cambio Radical, est arrivé troisième de ce premier tour avec environ 10% des suffrages, devant le candidat de gauche Gustavo Petro, proche de s'allier avec Mockus avant ce tour de scrutin, avec 9%.
Economiste formé aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, chef d'orchestre de la campagne d'Uribe contre la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie, Santos était en début de campagne le grand favori de l'élection. Mais il a vu Mockus, fils d'immigrés lituaniens de 58 ans, lui aussi ancien professeur d'université et candidat d'un parti écologiste ne comptant qu'une poignée de députés, s'envoler dans l'opinion en promettant un gouvernement "propre" et d'en finir avec la corruption. Les deux hommes ont néanmoins affirmé qu'ils poursuivraient la politique de fermeté en matière de sécurité initiée par leur prédécesseur et perpétueraient sa politique économique libérale.
Bilan globalement positif pour Uribe
Lassés par une série de scandales ayant marqué la fin de la présidence Uribe, les Colombiens semblent aujourd'hui davantage préoccupés par le chômage, l'éducation et la santé que la violence des rebelles, à en croire les sondages. Le président sortant quittera néanmoins ses fonctions en août avec une cote de popularité élevée à l'issue de deux mandats au cours desquels il a affaibli les Farc et réussi à attirer les investisseurs étrangers.
Face à la progression fulgurante d'Antanas Mockus, Juan Manuel Santos a modifié sa campagne et a réorienté son discours sur l'emploi. Son rival a en outre plafonné dans les intentions de vote durant les derniers jours, conséquence d'une série de bévues lors des débats et de ses intervenions à la télévision. Bien que Santos soit en position de force compte tenu de son avance, les alliances nouées en vue du second tour pourraient être décisives. L'ancien ministre de la Défense devrait chercher le soutien des partis conservateur et Cambio Radical. Mockus devrait se tourner vers les formations centristes.
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