Denis Jimenez dans son exploitation de 10 hectares au Texas. © Jimenez
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Avec deux tours du monde à leur actif, dont un à bord d'un catamaran construit de leurs mains, Denis et Christine Jimenez ont toujours eu l'esprit aventurier. En 2007, rassasiés de voyage, ils tombent amoureux de Marshall, une petite ville de 24.000 habitants, nichée au cœur du Texas. Ils décident de s'y installer définitivement avec leur fils cadet. "L'accueil a été tout de suite très chaleureux et nous désirions nous poser pour les études de notre fils Léo. Qui plus est, depuis un voyage en Nouvelle-Calédonie, nous voulions monter une exploitation d'huiles essentielles. L'endroit était parfait pour nous", raconte Christine à TF1 News.
La famille a donc cinq ans pour prospérer au Texas. Tout se passe bien. Tel Charles Ingalls et sa famille, ils déboisent 10 hectares de terre, plantent du romarin et commencent leur production d'huiles essentielles. L'entreprise est baptisée American Fragances. Tout ce que leur demande l'oncle Sam, c'est de renouveler tous les deux ans l'I-94, l'autorisation de séjour qui accompagne les visas.
Problèmes administratifs
Dans cette optique, les Jimenez ont deux solutions : sortir du territoire américain et revenir ou faire la demande de renouvellement sur place. Dans les deux cas, ils doivent être munis de passeports valides. Et la démarche n'est possible que pendant les six derniers mois précédant la fin de validité de l'I-94, fixée dans leur cas au 28 novembre 2009. En temps normal, renouveler cette autorisation de séjour tient de la simple formalité.
Sachant que leurs passeports expireront courant 2009, Christine Jimenez et sa famille anticipent l'échéance. "Dès juillet 2008, j'ai contacté le consulat français à Houston. L'employé m'a alors dit qu'il n'y avait aucune urgence et qu'il valait mieux attendre le passeport biométrique, prévu l'année suivante. Cela m'a mise en confiance", dit-elle. Les Jimenez retournent donc à leurs romarins. Un an après, ils s'inquiètent de nouveau. Ils font alors une demande de renouvellement de passeports en bonne et due forme. Pris dans les méandres de l'administration, ceux-ci arrivent bien tard au consulat : le 26 novembre 2009. "Si j'avais reçu mon passeport le 26, je pouvais encore renouveler sans problème mon autorisation de séjour. Mais le consulat ne me l'a donné que le 2 décembre car il fallait prendre un rendez-vous pour le récupérer malgré le caractère urgent de ma situation".
"On perd tout"
L'enfer administratif commence alors pour les Jimenez. Sans passeports valides, les autorisations de séjour ne peuvent être renouvelées avant la date butoir du 28 novembre. Et sans celles-ci, leurs visas, qui courent pourtant jusqu'en 2012, sont purement et simplement annulés. Loin de l'ambassade de La Barbade, leur cas ne relève plus du "sympathique". Désormais, leur dossier est géré par les services de l'immigration américaine, dont les bureaux sont situés en Californie. Après étude de leur dossier, la sentence tombe : les visas sont définitivement annulés.
Les Jimenez perdent donc tout : 200.000 dollars d'investissement et le petit paradis qu'ils ont enfin trouvé après des années d'errance autour de la Terre. De son coté, leur fils de 16 ans, à la scolarité exemplaire, va devoir se refaire une vie sociale dans un de nos lycées français. "Au vu de ses excellents résultats, mon fils a même reçu une invitation de la part d'Al Gore pour participer à un séminaire réservé à l'élite du pays. Nous nous sommes vraiment bien intégrés à cette communauté. Si l'on part, c'est une catastrophe. On perd tout !", déplore Christine.
A qui la faute ?
Pour cette famille devenue texane de cœur, tout est de la faute du consulat français de Houston. Les Jimenez estiment que si le personnel lui avait délivré les passeports le jour où les documents sont arrivés ou même le lendemain, ils ne seraient pas aujourd'hui expulsables :"J'avais pourtant signifié le caractère urgent de ma situation. Mais ils n'en n'ont pas tenu compte. Si perdre toute sa vie, ce n'est pas urgent, je ne vois pas ce qui peut l'être!", fulmine Christine.
Les autorités consulaires donnent une autre version :"Le consulat a attiré l'attention de madame Jimenez sur sa situation au moment où elle a récupéré son passeport. Ce jour-là, elle ne semblait pas consciente des difficultés administratives qu'elle encourait. Le consulat est prêt à l'aider dans ses démarches. Mais le refus de renouvellement de l'autorisation de séjour est une décision américaine, qui vous l'imaginez, ne dépend pas dans son entier d'un simple problème adminsitratif", expliquent les services français concernés à TF1 News.
Marshall veut garder ses Français
Pour sa part, Christine Jimenez reconnait qu'elle aurait eu sans doute moins de problème pour renouveler son autorisation si American Fragances avait déjà commencé à embaucher des Américains: " Contrairement au service de l'ambassade de La Barbade qui nous a délivré les visas, les services de l'immigration n'ont pas compris, qu'il faut du temps pour lancer notre affaire. Seulement, avec un passeport remis dans les delais, nous aurions eu jusqu'en 2012 pour pérenniser notre entreprise".
Aujourd'hui, la famille Jimenez compte sur les habitants de Marshall. Ce sont les seuls Français de la région, les seuls Européens peut-être, et ils ont très vite été adoptés par cette petite communauté séduite par leur esprit de pionniers. Les habitants de la ville ont envoyé spontanément des lettres à l'administration pour soutenir leur cause. Quelques personnalités de la région sont également intervenues en leur faveur. Parmi elles, un sénateur, un juge d'Etat et un député. Des appuis de poids qui ont permis aux Jimenez d'obtenir un sursis. Ils ont jusqu'au 6 juin pour convaincre les services de l'immigration que leur place est au Texas. "Notre dernier espoir", soupire Christine Jimenez.
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