En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques et de personnalisation. En savoir plus
×
ARCHIVES
DOSSIER : Cuba sans Castro

Libération de dissidents : "Cuba cherche de l'air face à la crise économique"

Fabrice Aubert par
le 22 juillet 2010 à 11h48
Temps de lecture
5min
Raul Castro, le 28 juin 2010

Raul Castro, le 28 juin 2010 /

À lire aussi
Amériques Décryptage - Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste de la politique cubaine, explique à TF1 News que le gouvernement de Raul Castro, en libérant 52 dissidents, a voulu faire un geste envers l'Union européenne afin que celle-ci assouplisse sa coopération économique.

 

Jeudi, trois ex-prisonniers politiques cubains supplémentaires et leurs familles sont arrivés en Espagne. Ils font partie des 52 dissidents -sur 75- condamnés en 2003 pour activités anticastristes. Le processus de libération doit être achevé dans un délai de quatre mois.

Le point sur la situation avec Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur sur l'Amérique latine et l'Espagne à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).
 
 
TF1 News : Que signifient ces libérations de dissidents, les plus importantes depuis la prise de pouvoir de Raul Castro ?
Jean-Jacques Kourliandsky : La constance des changements à Cuba, c'est qu'il n'y a jamais d'explication officielle. On ne peut donc faire que des hypothèses. Le 23 février, un dissident inconnu est décédé des suites d'une grève de la faim. Le lendemain, Guillermo Farinas, un autre dissident, beaucoup plus célèbre à l'étranger, a entamé la sienne. Mi-mai, un communiqué médical s'inquiétait de son état de santé défaillant. Ceci a altéré l'image du pays à l'étranger. On peut ainsi penser que le gouvernement cherchait un moyen de la redorer. D'où l'ouverture des négociations sur la libération de dissidents, à l'initiative de l'Eglise catholique cubaine, appuyée par le Vatican, et avec l'Espagne, alors à la tête de la présidence tournante de l'Union européenne, comme intermédiaire.
 
TF1 News : Pourquoi avoir choisi de négocier et d'accéder aux demandes cette année et pas plus tôt ?
J.-J. K. : Le contexte économique cubain n'est pas très bon actuellement. Le tourisme, moteur de l'économie, est très affecté par la crise mondiale avec la désaffection des Européens. Les transferts d'argent des Cubains installés aux Etats-Unis sont également en baisse. Et le Venezuela, qui a pris le relais de l'Union soviétique pour aider La Havane, est lui-même en crise. Ces trois éléments créent une conjoncture difficile pour Cuba. Le gouvernement cherche donc à retrouver une certaine marge de manœuvre pour se donner un peu d'air. C'est uniquement possible avec l'Europe. Il fallait donc faire un geste pour les dissidents emprisonnés. S'ils sont inconnus à Cuba, leur écho médiatique est très important en Europe.

exergue"Simple geste humanitaire ou premier pas d'une dynamique"

TF1 News : Quelle peut désormais  être la suite de ce mouvement ?
J.-J. K. : Là aussi, il y a plusieurs hypothèses. Les pessimistes pointent le fait que ces libérations ne sont qu'un simple geste humanitaire et que la mesure de grâce ne change rien au système pénal cubain. Les prisons pourraient donc se remplir aussi vite qu'elles se sont vidées. Plus optimiste, l'Eglise cubaine estime qu'il s'agit d'un premier pas. Il pourrait enclencher une dynamique si l'Europe change sa politique de fermeté. Les ministres des Affaires étrangères de l'UE doivent ainsi se réunir prochainement pour éventuellement modifier la règle de conduite édictée en 1996. Elle prévoit une coopération accrue avec La Havane en échange d'une évolution de la situation des droits de l'Homme et des libertés.
 
TF1 News : La pression de la crise a joué dans la décision du gouvernement. L'évolution de la situation économique sera-t-elle la clé pour l'avenir ?
J.-J. K. :
Pour tenter d'y répondre, on peut faire un retour dans le passé. Après la fin de l'appui soviétique, très dure pour Cuba, le gouvernement avait desserré l'étau de l'économie socialiste et s'était ouvert un peu.  L'arrivée de l'aide du Venezuela avait entraîné un nouveau tour de vis. Aujourd'hui, nous sommes dans un scénario un peu similaire. Le rôle du Venezuela étant moins important, les autorités vont être obligées de trouver un nouveau système et de nouvelles capacités de production, donc de se tourner vers l'économie de marché, tout en maintenant l'économie socialiste et le parti unique. Le Vietnam et la Chine ont montré que cela était possible. Cuba n'a pas encore fait ce choix. Ce sera son grand défi pour les années à venir.

exergue"Montrer que Fidel Castro est toujours là"

TF1 News :  Au même moment que ces libérations, Fidel Castro est réapparu médiatiquement, avec plusieurs interventions dans la presse et à la télévision.
J.-J. K. :
L'objectif était de montrer à l'opinion cubaine et internationale qu'il est toujours là et qu'il a donc été associé à la prise de décision sur ses libérations, même si elles étaient annoncées par d'autres. Ce raisonnement est aussi valable pour tous les choix importants. C'était aussi un moyen de couper court aux rumeurs et aux hypothèses développées ici ou là sur d'éventuelles divisions avec son frère Raul.

TF1 News :  Lors de ces interventions, Fidel Castro ne s'est cependant pas exprimé sur les libérations.
J.-J. K. : C'est très classique à Cuba où le silence est complet sur le problème des dissidents. Ils représentent en effet très une petite minorité et n'ont aucun accès aux médias. On n'en parle jamais, ni en positif ni en négatif. Leur libération n'a été rendue publique que pour l'extérieur.

Commenter cet article

      Nous suivre :
      Ce pompier a monté 700 marches en 5 minutes et 15 secondes

      Ce pompier a monté 700 marches en 5 minutes et 15 secondes

      logAudience