Enfin libres, les mineurs chiliens racontent leur odyssée

le 14 octobre 2010 à 07h17 , mis à jour le 14 octobre 2010 à 22h58

Dernier à rejoindre la surface dans la nuit de mercredi à jeudi, Luis Urzua, devenu le chef des 33 mineurs chiliens piégés sous terre, a raconté comment ils avaient pu tenir et s'étaient organisés jusqu'à la fin de leur aventure hors du commun.

Mineur chilien accueilli par le président Pinera à sa sortie de la mine de San José (13/10/2010)Mineur chilien accueilli par le président Pinera à sa sortie de la mine de San José (13/10/2010) © TF1/LCI

Jamais des mineurs n'avaient survécu aussi longtemps après un accident et leur sauvetage a captivé le monde entier. Etonnamment, les trente-trois Chiliens qui ont passé plus de deux mois sous terre, piégés dans une mine en partie effondrée, sont plutôt en bonne santé. Ils doivent porter des lunettes de soleil pour protéger leur rétine de la lumière, après ce long séjour dans les ténèbres, et deux d'entre eux devront subir une intervention chirurgicale dentaire sous anesthésie générale pour "des foyers d'infection assez sévères", selon les mots du ministre de la Santé chilien ; mais ces deux mineurs constituent les seuls cas de complication médicale, avec un cas de pneumonie déjà traité depuis quelques jours. Le dernier à remonter des entrailles de la mine, jeudi vers 3 heures du matin, heure française, avait pour nom Luis Urzua. Comme tous ses compagnons, il a été placé dans une étroite nacelle hissée dans un conduit spécialement percé pour l'occasion. Et comme eux, il a reçu un accueil de héros lorsqu'il est apparu à la surface au-dessus de la mine d'or et de cuivre de San José. La foule rassemblée dans le désert d'Atacama dans le nord du Chili a explosé de joie. Des chants et des cris ont retenti, des drapeaux chiliens ont été agités.

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Plus d'infos

Luis Urzua, 54 ans, était le chef d'équipe lorsque la mine s'est effondrée le 5 août, bloquant ces 33 mineurs à 625 mètres de profondeur. Il a pris les choses en main, organisé la vie du groupe et prévenu qu'il ne quitterait pas la mine tant que tous ses hommes ne seraient pas remontés sains et saufs à la surface. C'est lui qui a rationné la nourriture jusqu'à ce qu'une sonde souterraine retrouve les mineurs en vie, au bout de 17 jours. C'est lui qui le premier parla aux autorités en surface. "Nous espérons que tout le Chili va faire l'effort nécessaire pour qu'on puisse nous sortir de cet enfer", avait-il lancé à son premier contact radio-téléphonique avec le président Sebastian Pinera, demandant au pays de ne pas "les abandonner". Lui-même s'est évertué à maintenir la foi des 33, même s'il a avoué des moments de doute. "De temps en temps j'ai pu flancher un peu, mais j'avais assez de forces pour parler aux mineurs, leur expliquer ce qui se passait", a-t-il raconté au président Pinera après sa sortie mercredi soir.

"On a su raison garder"

Le moment crucial de leur odyssée a bien sûr été l'apparition de la première sonde. "Il était 6 heures du matin quand elle est arrivée, et on avait tous un protocole établi pour le jour du premier contact", a raconté Urzua quelques minutes après sa sortie de la mine. Mais au moment où la sonde souterraine les a enfin atteints à près de 700 m sous terre après 17 jours d'efforts, "tout a été oublié, ils voulaient tous embrasser la tête foreuse", a déclaré le mineur, relatant l'ivresse de ses compagnons. La sonde ramena en surface un message griffonné sur un bout de papier, un message miraculeux passé à la postérité : "Nous allons bien, les 33 dans le refuge". Mais Urzua assure que quantité d'autres papiers avaient été accrochés à la sonde par les mineurs qui se savaient désormais localisés : "Envoyez à manger", "J'ai faim" ... "Il y avait pas mal de bouts de papier. Mais Dieu a voulu que seuls arrivent ceux qui devaient arriver".

Après l'éboulement survenu le 5 août, la poussière ambiante était telle au fond de la mine que les hommes ont mis trois heures à pouvoir évaluer la situation autour d'eux. Ils ont tenté plusieurs options pour trouver une issue. "Et pas mal de gens ont peut-être fait des choses qui n'étaient pas les meilleures", a-t-il déclaré sans élaborer. "Mais heureusement on a su raison garder, et grâce à Dieu personne n'a été victime d'accident". Leur grande préoccupation, a-t-il assuré, était pour le sort de "3 ou 4 camarades qui étaient en train de sortir de la mine. On se demandait sans cesse s'ils avaient pu sortir" avant l'éboulement. Ceux-là sont sortis.

Un chef taiseux mais respecté

Topographe de formation, Urzua a aussi été prompt sous la mine à dessiner et planifier l'occupation de leur espace au fond, un long tronçon d'1,5 km de galerie de la mine en colimaçon. Orphelin de père jeune, Urzua a dû contribuer à élever six frères et soeurs, développant un sens des responsabilités. Ce père de deux grandes filles est décrit comme quelqu'un de poli, contrôlé, sans un mot plus haut que l'autre. Et d'une manière générale, sans beaucoup de mots. "Luis est une personne taiseuse, de peu de mots. C'est pour cela que ce qu'il a dit (à Pinera) m'a tant ému, tant plu. C'était un moment trop important pour lui", a souligné Belgica Ramirez, belle-soeur du mineur Mario Gomez, intime d'Urzua dont ils hébergèrent un frère pendant les secours. Taiseux peut-être, mais respecté, "Don Lucho", son surnom à la mine.

Après le retour de ce chef de quart devenu logiquement le chef des 33 mineurs piégés sous terre, et qui a assumé jusqu'au bout le devoir d'un "capitaine" rescapé d'une odyssée hors du commun, les familles des mineurs ont célébré la fin de leur calvaire, en grimpant une dernière fois sur la colline, devenue le symbole de leur longue attente. C'est sur cette butte rocailleuse surplombant la mine qu'elles avaient planté 33 drapeaux, en hommage aux 32 Chiliens et au Bolivien, une semaine après l'éboulement qui les avait pris au piège à plus de 600 m de profondeur le 5 août. Depuis, la colline était devenue leur lieu de rassemblement à chaque étape marquante de cette épopée souterraine sans précédent : le premier mois de séparation, le deuxième, puis la fin du forage du puits d'évacuation samedi. Au dernier jour du sauvetage, Cristian Tapia Ramos, maire d'une commune de la région, Vallenar, et dirigeant syndical dans le secteur minier, a lu un court message. "Nous sommes arrivés le 5 août quand ils étaient à l'intérieur. Nous avons promis de pas partir d'ici avant que ne sorte le dernier camarade et nous avons tenu parole", a-t-il déclaré sous les applaudissements de quelques dizaines de parents des mineurs.

le 14 octobre 2010 à 07:17
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8 Commentaires

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  • azertyooo33, le 14/10/2010 à 17h29

    Merci plutôt aux gens qui se sont mobilisés pour sortir de cet enfer ces pauvres bougres.Dieu, on ne l'a pas vu sur les lieux !

  • azertyooo33, le 14/10/2010 à 17h28

    Le Seigneur est plutôt là-haut et pas sous terre !!

  • elfanmarg, le 14/10/2010 à 16h34

    Ah bon!!!!!

  • cccrrriii, le 14/10/2010 à 14h09

    Bravo à celles et ceux qui ont tout mis en oeuvre pour les sortir de là.

  • nadinendonke, le 14/10/2010 à 13h31

    Merci Seigneur pour tes merveilles!

  • vellaamandine, le 14/10/2010 à 10h58

    SUPERBE BON RETOUR SUR TERRE A LA LUMIERE

  • dominique-caen, le 14/10/2010 à 10h01

    Quelle magnifique leçon de vie, la dignité et la solidarité de ses hommes sont extraordinaires. Tous ces hommes sont en vie, bravo à tous ces sauveteurs. Je suis très émue.

  • ming91, le 14/10/2010 à 08h32

    Merci mon Dieu .

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