Les USA s'excusent auprès de cobayes infectés par des MST

le 02 octobre 2010 à 08h49 , mis à jour le 02 octobre 2010 à 08h58

Entre 1946 et 1948, des chercheurs américains ont volontairement inoculé des maladies sexuellement transmissibles à des prostituées, malades mentaux ou soldats guatémaltèques, à leur insu.

L'affaire est qualifiée de "crime contre l'humanité" au Guatemala. Plus de 60 ans après, Washington a présenté vendredi des excuses à  des centaines de Guatémaltèques infectés par des maladies sexuellement transmissibles dans le cadre d'une étude menée par le gouvernement américain. L'étude, menée de 1946 à 1948 au Guatemala, était "clairement contraire à  l'éthique" et "répréhensible", ont déclaré la secrétaire d'Etat Hillary Clinton et la ministre de la Santé Kathleen Sebelius. Environ 1.500 personnes ont participé à cette expérimentation qui avait pour objectif de déterminer si la pénicilline, dont on commençait tout juste à se  servir, pouvait être utilisée pour prévenir des maladies sexuellement transmissibles (MST).

Les chercheurs avaient choisi comme cobayes des personnes vulnérables, y compris des malades mentaux, et ne les ont informées ni de l'objet de leur recherche, ni de ce qui allait leur arriver. Ils les ont encouragés à transmettre des maladies sexuelles et n'ont pas traité ceux d'entre eux qui ont  contracté la syphilis. Au moins l'un des patients est mort pendant que l'étude était menée, sans qu'il soit établi si l'expérience est elle-même à l'origine de son décès. "Le gouvernement se réserve le droit de porter plainte", a réagi le président  guatémaltèque Alvaro Colom, qui a été informé jeudi par Mme Clinton. Le président américain Barack Obama lui a exprimé au cours d'une  conversation téléphonique "ses plus profonds regrets" et a présenté "des excuses  à tous ceux qui ont été touchés", a rapporté le porte-parole de la Maison Blanche Robert Gibbs dans un communiqué.
 
Les prostituées, puis les soldats
 
Obama a aussi "réaffirmé l'engagement inébranlable des Etats-Unis pour  que toutes les études médicales menées sur l'homme aujourd'hui remplissent les  critères éthiques et juridiques exigeants des Etats-Unis et internationaux", a  ajouté M. Gibbs. "Nous regrettons profondément que cela ait eu lieu et présentons nos excuses aux personnes qui ont été affectées par des pratiques de recherche aussi répugnantes", ont aussi dit Mmes Clinton et Sebelius, annonçant le lancement  d'une vaste enquête. L'étude était financée par une bourse des Instituts américains de la santé  (NIH) accordée au Bureau sanitaire panaméricain, devenu ensuite l'Organisation  panaméricaine pour la santé.
 
Dans un premier temps, les chercheurs ont inoculé la syphilis ou la blennorragie à des prostituées, les laissant ensuite avoir des rapports sexuels avec des soldats ou des détenus. Dans une deuxième phase, "voyant que peu d'hommes étaient infectés, l'approche de la recherche a changé et a consisté à inoculer (ces maladies) directement à des soldats, des prisonniers et des malades mentaux", selon des documents décrivant l'étude. Francis Collins, directeur des Instituts nationaux de la santé (NIH), a  qualifié l'étude de "profondément inquiétante", parlant "d'un exemple révoltant  d'un chapitre noire de l'histoire de la médecine". Il a souligné que le directeur de la Santé américain de l'époque, Thomas Parran, avait été vraisemblablement mis au courant de l'expérimentation. L'étude, qui n'a jamais été publiée, a été rendue publique cette année après  qu'une professeur du Wellesley College, Susan Reverby, soit tombée par hasard  sur des documents d'archives mentionnant l'expérimentation menée par le docteur  controversé américain John Cutler.

le 02 octobre 2010 à 08:49
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

4 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • 421123, le 05/10/2010 à 07h01

    Ces actes et leurs auteurs doivent être jugés.

  • lucien31, le 03/10/2010 à 23h39

    En France des expériences pas très propres voire similaires on eu lieu, arrêtons de faire les beaux. Qui c'est qui est allé massacrer les indiens d'Amérique durant la colonisation ? Et l'esclavagisme, Anglais, Français, Espagnol, Hollandais, on n'a aucun compte à leur rendre.

  • nvidia31, le 02/10/2010 à 16h11

    C'est odieux, il n'y pas de mot pour qualifier cela, mais cher resy77, je pense que les ricains comme vous le dites ne sont pas les seuls à tester. Les premiers militaires français sans protection et bien exposés lors des premiers essais nucléaires dans le Sahara, tous atteints de cancer idem pourles médicaments de la 1° guerre du Golf, c'est quoi à votre avis?

  • resyl77, le 02/10/2010 à 09h40

    Ah ils sont moins moralisateurs les ricains du coup......

Lire tous les commentaires

      logAudience