"La norme, c'est que le président perde les mid-terms"

Par , le 03 novembre 2010 à 11h36 , mis à jour le 03 novembre 2010 à 12h20

Dossier : Élections USA

Décryptage - André Kaspi, historien, spécialiste des Etats-Unis, explique sur TF1 News que la défaite de Barack Obama, aussi lourde soit-elle, n'est pas une surprise au regard de l'histoire politique américaine.

Barack Obama, le 2 novembre 2010Barack Obama, le 2 novembre 2010 © abacapress.com

André Kaspi est historien, spécialiste de l'histoire des Etats-Unis. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le pays.

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TF1 News : La Chambre des représentants aux républicains, le Sénat aux démocrates. Malgré son évidente défaite, Barack Obama a-t-il limité la casse ?
André Kaspi : La défaite aurait en effet être pu être plus cinglante avec l'installation d'une majorité républicaine au Sénat. Dans ce cas, on aurait pu parler de catastrophe pour Barack Obama. Mais garder de peu la majorité au Sénat en perdant la Chambre ne peut pas cependant être qualifié de victoire.

Néanmoins, il faut rappeler que dans la plupart des cas de l'histoire politique américaine, les élections de mi-mandat se soldent par une défaite du président en exercice. En dehors de quelques exceptions, comme John Fitzgerald Kennedy en 1962 après la crise des missiles à Cuba et George W. Bush en 2002 après le 11-Septembre, c'est même la norme. Evidemment, cette défaite peut être plus ou moins lourde.

TF1 News : Quelle est maintenant la marge de manœuvre de Barack Obama dans cette "cohabitation" à l'américaine ?
A.K. : Là aussi, il faut se rapporter à l'histoire des Etats-Unis : la cohabitation entre le président et le Congrès est habituelle. Barack Obama devra donc trouver des formules pour aboutir à des compromis avec les républicains. Cela nécessitera des efforts. Mais ses possibilités de gouverner existent. Si cela ne fonctionne pas, chacun devra assumer ses responsabilités. En 2012, pour la présidentielle, on verra ainsi si Obama n'a rien pu faire en raison d'une obstruction systématique du Congrès ou si les deux ont pu travailler ensemble. Il faut noter qu'en 2008, Obama voulait se coordonner avec les républicains. Cela n'a pas marché. Aujourd'hui, il va devoir faire preuve de plus d'habilité.

exergue "Un retour aux fondamentaux de l'Amérique"

TF1 News : A quelles réformes peut-on s'attendre d'ici 2012 ?
A.K. : Obama se vante d'avoir déjà réalisé 70% de son programme. Il reste encore à régler les dossiers de l'immigration clandestine, très importante aux Etats-Unis, de la justice fiscale, notamment les baisses d'impôts, et de la défense de l'environnement. L'essentiel reste bien sûr la lutte contre le chômage et la relance de l'économie. C'est sur ce sujet qu'il sera jugé en 2012. Le président va donc continuer son programme, en tenant compte bien sûr de la nouvelle situation. Il ne peut pas en effet être sourd aux résultats des urnes. Mais il ne doit néanmoins pas arrêter ses réformes. Ce serait une faute politique.

TF1 News : Plus globalement, comment expliquer ce virage à droite et cette radicalisation de la société américaine ?
A.K. : Elle transcrit l'inquiétude des Américains : le taux de chômage -10%, avec même des pointes à 14%- est très élevé pour le pays. Cela fait peur car c'est inhabituel et que cela succède à une période de prospérité où ce taux n'était qu'à 5%. Vient s'ajouter la crise immobilière. Outre leur emploi, les Américains qui en sont victimes ont aussi perdu leur maison. Ils se demandent quand ils vont sortir de cette crise économique et des difficultés qui lui sont liées. Leur réaction est un retour aux fondamentaux de l'Amérique : moins d'impôts, moins d'intervention de l'Etat fédéral, plus d'individualisme et de chacun pour soi. Mais cette réaction d'inquiétude ne fait pas pour autant un programme politique.

exergue "Le Tea Party, un mouvement populaire comme il y en a déjà eu par le passé"



TF1 News : L'entrée du Tea Party au Sénat est la concrétisation de cette inquiétude. Quel rôle peut-il avoir dans les mois qui viennent ?
A.K. : C'est en effet un mouvement spontané qui découle de cette inquiétude et qui l'explique. Néanmoins, son influence chez les républicains crée un malaise à l'intérieur même du parti car certains sympathisants du Tea Party sont excessifs. De même, il ne faut pas oublier que 40% des électeurs américains sont des indépendants. Le Tea Party peut en séduire, mais la plupart sont inquiets et peu enchantés par ses idées. Une chose est sûre : il ne remplacera pas le parti républicain. C'est avant tout un mouvement populaire comme il y en a déjà eu par le passé. D'ici 2012 et la présidentielle, de l'eau coulera sous les ponts.

La question

Barack Obama pourra-t-il poursuivre ses réformes ?

Oui
Non

 

Par Fabrice Aubert le 03 novembre 2010 à 11:36
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7 Commentaires

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  • zen1491, le 04/11/2010 à 10h49

    Il me semble de Clinton a vécu la même situation, cela ne l'a pas empêché d'être réélu.

  • canouh, le 03/11/2010 à 23h58

    Je lui souhaite de réussir ................................. pour tout le monde !!!!

  • 29raymond, le 03/11/2010 à 20h11

    Je viens d'écouter sur LCI des commentaires de journalistes (à priori de tendance socialiste) qui trouvent toutes les excuses au Président Obama du fait de la crise économique mondiale ; pourquoi n'ont-ils pas la même indulgence pour notre Président Sarkozy et son gouvernement ? Quelle mauvaise foi !!! d'autant qu'en France, des mesures intelligentes nous ont préservé du pire pour l'instant.

  • toflomagne, le 03/11/2010 à 16h53

    Oui mais comme pour la France vous oubliez de parler des extremes qui ont voté pour Obama. Mais concernant les "extremes" je prefère les voir se défouler avec un bulletin de vote à la main plutot que de subir leurs colis piégés,ma voiture brulée ou pire. Bref je crois en la Démocratie aux USA comme en France. Que les gauchistes US osent affronter les urnes.

  • captainboeing, le 03/11/2010 à 16h38

    J'espère bien !

  • coccinelle69, le 03/11/2010 à 16h30

    Comment avoir des sondages forts avec la crise que le monde entier traverse? De toutes façons il faut savoir que tous les gouvernants en poste actuellement connaissent ce genre de situation. Evidemment, les listes d'oppositions protitent de cette situation pour critiquer et accuser... c'est tellement facile!

  • fileas920, le 03/11/2010 à 15h10

    Ce qu'il faut retenir dans ces elections c'est la creation du nouveau parti d'extreme droite et des votes qu'ils a recu. Attention en France en 2012 on pourrai bien revivre un 1er tour 2002 bis et le seconde tour serait beaucoup plus tendu qu'en 2002.

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