© AFP / A. PagniLa présidente argentine Cristina Kirchner, élue dimanche dès le premier tour pour un nouveau mandat de quatre ans, dans un véritable raz-de-marée électoral, s'est déclarée "impressionnée" par son résultat et "reconnaissante". Et de lancer : "Si j'avais parlé de ces chiffres-là il y a à peine deux ans, on nous aurait traité de fous !". Elle a obtenu 53,08 % des voix contre 17,11 % des voix à son principal rival, le socialiste Hermes Binner, et 12,48 % au radical Ricardo Alonsin, selon les résultats officiels, alors que 41,60 % des urnes étaient déjà dépouillées. Son rival malheureux a reconnu sa défaite en félicitant "Mme la présidente". Toutefois, il a fait valoir que sa formation était désormais la deuxième du pays, en soulignant qu'un socialiste venait de dépasser un radical, du jamais vu en Argentine. Cristina Kirchner a, elle, appelé ses militants à se montrer généreux. "Dans la victoire, il faut toujours se montrer plus grand encore", a-t-elle dit, alors que certains huaient les noms de ses rivaux. Il est vrai qu'aucun dirigeant argentin n'a atteint un tel score depuis Juan Domingo Peron, vainqueur en 1973 avec 62% des suffrages.
Qui sont les femmes au pouvoir dans le monde ?
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Publié le 08/08/2011
A 58 ans, la présidente sortante a réussi un retour impressionnant après avoir vu sa cote de popularité dégringoler au début de son premier mandat. Elle sort renforcée de ce scrutin pour poursuivre sa politique économique interventionniste, qui plaît à une majorité de la population mais mécontente les investisseurs. Elle a notamment conquis ses concitoyens avec une politique généreuse de redistribution sociale, notamment pour les retraités et en matière de prestations familiales. S'exprimant brièvement devant les journalistes au moment de son vote dans la province de Santa Cruz, elle a défendu sa politique économique en période de crise mondiale : "Quand on voit ce qui se passe dans le monde, on peut être fier de l'Argentine."
La recette du "Kirchnérisme"
Un spectaculaire revirement alors que, quelques mois après avoir pris les rênes de la troisième économie d'Amérique latine en décembre 2007, Cristina Kirchner avait dû affronter la colère des agriculteurs, dans un bras de fer concernant la hausse des taxes sur les exportations de soja qui avait fait dégringoler sa popularité à 20%. Beaucoup pensaient alors que les jours du "Kirchnérisme", dernier avatar du péronisme, étaient comptés. D'autant qu'une sévère défaite lors des élections de mi-mandat lui avait fait perdre le contrôle du congrès. A la mort de son époux, en octobre 2010, des rumeurs disaient même Cristina Kirchner sur le point de quitter la vie politique. Nestor Kirchner, son prédécesseur à la Casa Rosa, la résidence de la présidence argentine, était son principal conseiller politique et, pour beaucoup, le vrai leader du pays. Mais c'était mal connaître le solide tempérament de cette avocate originaire de Patagonie, la province la plus méridionale du pays. La popularité de la "viuda" (la veuve) a rebondi après les funérailles nationales de son mari, qui ont bouleversé le pays.
Cristina Kirchner, qui porte toujours le deuil, impressionne par sa stature et son courage. Il faut également rechercher les raisons de son soutien populaire élevé du côté de l'économie - la croissance atteindra 8% cette année, le chômage est à son plus bas niveau depuis vingt ans, la confiance des ménages à un plus haut historique - et des divisions de l'opposition. Cristina Kirchner applique une politique interventionniste - contrôle des prix, quotas agricoles, financement de la dette par une partie des réserves de la banque centrale - qui lui vaut l'animosité de Wall Street. Mais cette présence de l'Etat dans la vie économique rassure une partie des Argentins, encore traumatisés par la "banqueroute" du pays dans les années 2001-2002, après des années de libéralisme forcené comme lors de la présidence de Carlos Menem. Les principales critiques de ses détracteurs visent sa façon de gouverner et la forte inflation, qui atteindrait plus de 25% selon certains économistes. Une chute des cours du soja, "l'or vert" de l'Argentine, ou un ralentissement de la croissance du Brésil pourraient également mettre en péril les fondements du "kirchnérisme".
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