Cette mort d'un imam qui gêne Obama aux entournures

le 01 octobre 2011 à 09h01 , mis à jour le 02 octobre 2011 à 07h31

L'élimination de l'imam extrémiste américano-yéménite Anwar al-Aulaqi soulève un débat aux Etats-Unis sur le droit que peut ou non s'arroger l'Etat fédéral d'assassiner des ressortissants américains au nom de la lutte contre le terrorisme.

Anwar al-AulaqiAnwar al-Aulaqi © TF1/LCI

L'annonce de la mort d'Anwar al-Aulaqi, imam radical américano-yéménite lié à Al-Qaïda et ennemi public de Washington au même titre qu'Oussama ben Laden, a été officialisée vendredi par un sec communiqué du ministère de la Défense yéménite : "Le dirigeant terroriste d'Al-Qaïda Anwar al-Aulaqi a été tué avec des membres de cette organisation qui se trouvaient avec lui". Dans quelles circonstances ? Selon CNN et le Washington Post, il aurait été tué par une frappe d'un drone de la CIA. Ce que n'ont pas démenti les officiels américains. Barack Obama lui-même a commenté cette mort en jugeant qu'elle portait "un coup très dur à la branche la plus active d'Al-Qaïda", et en assurant que les Etats-Unis restaient déterminés à détruire les réseaux terroristes.

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Reste que cette mort dont se félicite ouvertement le gouvernement américain pose un problème criant aux Etats-Unis. Car Anwar al-Aulaqi avait la nationalité américaine. Et une telle "élimination ciblée" est en totale contradiction avec les principes en vigueur aux Etats-Unis. Si les adversaires républicains de Barack Obama ont salué l'élimination de l'imam cinq mois après celle d'Oussama ben Laden, le candidat à l'investiture républicaine à la Maison Blanche Ron Paul a fait entendre une voix discordante. Anwar al-Aulaqi "est né ici, c'est un citoyen américain. Il n'a jamais été jugé ni poursuivi pour crime. Personne ne sait s'il a jamais tué quiconque", a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision ABC. Il serait "triste" selon lui que les Américains "acceptent" sans broncher ce "précédent" : "que le président assassine des gens simplement parce qu'il les pense néfastes".

"Un meurtre illégal"

Le cas de l'imam, né en 1961 sur le sol américain, avait agité la sphère juridique dès avril 2010, lorsqu'un haut responsable de l'administration avait révélé qu'il était devenu une cible légitime de la CIA. Des organisations de défense des droits de l'homme avaient alors saisi la justice, faisant valoir qu'il était contraire à la constitution d'ordonner la mort d'un citoyen américain sans procédure judiciaire en bonne et due forme. En décembre dernier, le juge John Bates avait rejeté la plainte, expliquant qu'il ne pouvait légalement empêcher l'Etat fédéral de s'en prendre à Aulaqi, mais il avait souligné que l'affaire soulevait de graves questions constitutionnelles. Le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a de nouveau été interrogé à ce sujet vendredi lors de son point de presse quotidien : "Pouvez-vous expliquer selon quelle autorité juridique le gouvernement américain a-t-il le droit de tuer un ressortissant américain à l'étranger ?", lui a demandé un journaliste. "Je ne vais sûrement pas répondre à une telle question qui serait liée d'une façon ou d'une autre aux événements d'aujourd'hui", a répondu le porte-parole, en se retranchant derrière son refus de "parler des circonstances de la mort d'Aulaqi".

Selon le Washington Post, qui cite un haut responsable des services secrets non identifié, l'élimination de l'imam a été approuvée par un document secret du département américain de la Justice, sans lequel la CIA n'aurait pas pu tuer un citoyen américain. "En général, il serait tout à fait légal pour les Etats-Unis de prendre pour cible des dirigeants haut placés de forces ennemies, quelle que soit leur nationalité, qui conspirent pour tuer des Américains", justifie un responsable gouvernemental qui tient à rester anonyme. Cette légalité découle selon lui de "l'autorité donnée par le Congrès à l'usage de la force dans le conflit armé avec Al-Qaïda, les talibans et leurs associés, ainsi que des lois internationales reconnaissant notre droit à l'autodéfense".

Mais sur le site Salon.com, un avocat, Glenn Greenwald, souligne qu'aucun effort n'a été fait pour poursuivre Aulaqi en justice. "Son élimination a été purement et simplement décrétée par le président, qui a fait à la fois office de juge, de jury et de bourreau", dénonce-t-il. Pardiss Kebriaei, avocate auprès de l'association Center for Constitutional Rights, fait valoir qu'il serait illégal qu'Aulaqi ait été tué par les Etats-Unis ou avec leur participation. "Si cela s'est fait en l'absence d'une menace imminente ou d'un danger de mort, c'est un meurtre illégal au regard de la constitution américaine et du droit international", déclare l'avocate, en réclamant "une enquête immédiate" et indépendante.

le 01 octobre 2011 à 09:01
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1 Commentaires

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  • Le style US..., le 02/10/2011 à 07h26

    Nos "bienfaiteurs" américains imposent désormais ouvertement leur style : L'assassinat, sans autre forme de procès. Elles sont belles les valeurs de l'oncle Sam...

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