En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies à des fins statistiques et de personnalisation. En savoir plus
×
ARCHIVES
DOSSIER : Élections USA 2012

Elections USA 2012 : "Cette année, Obama a choisi une stratégie partisane"

Fabrice Aubert par
le 07 septembre 2012 à 12h16 , mis à jour le 07 septembre 2012 à 15h21.
Temps de lecture
5min
Barack Obama lors de son discours d'investiture comme candidat du parti démocrate, Charlotte, 6/9/12
A lire aussi
AmériquesDECRYPTAGE - Pour François Durpaire, historien des Etats-Unis, le président américain sortant a clairement choisi d'axer sa campagne sur deux visions de l'Amérique. Et donc sur un choix clair pour les électeurs entre lui et Mitt Romney, son adversaire du parti républicain.

François Durpaire, historien, est spécialiste des Etats-Unis. Enseignant à l'Université de Cergy-Pontoise, il vient de publier Les Etats-Unis pour les nuls (Editions générales First). Il décrypte pour TF1 News l'intervention de Barack Obama à la convention du parti démocrate en vue de l'élection américaine du 6 novembre prochain.
 

TF1 News : Dans son discours, Barack Obama a prôné la "patience". Quatre ans après, les Américains sont-ils prêts à lui accorder cette patience ?
François Durpaire :
L'utilisation du mot "patience" montre la difficulté de l'exercice pour Barack Obama. Il y a quatre ans, il était candidat à la présidence. Cette année, c'est un candidat qui essaye de faire oublier qu'il est président. Cela change tout. Dans les années 80, Mario Cuomo, le gouverneur de l'Etat de New York, disait  : "on fait campagne en poésie avant de gouverner en prose". Cette année, vu la situation, Obama doit faire en campagne en prose car il est candidat et président. Il est donc dans le réalisme.

Mais entre les "Yes, we can" ("Oui, nous pouvons") et "Hope we can believe it" ("L'espoir, nous pouvons y croire") de 2008 et la "patience" de 2012, on imagine facilement ce qui est le plus convaincant. Jeudi soir, Obama a notamment lancé : "notre chemin est dur. Mais nous sommes malgré tout arrivés à un plus bel endroit qu''il y a quatre ans". Le problème, c'est que l'Américain moyen touché par le chômage ne voit pas ce "bel endroit".


 
TF1 News : Cette demande de "patience" ne sonne-t-elle pas comme une esquisse d'aveu d'échec ?
F.D. :
Non. Au contraire, il a anticipé le fait que son bilan n'était pas celui qu'il aurait souhaité. Mais il a choisi de le défendre -il est le seul sortant à agir ainsi dans les pays occidentaux depuis le début de la crise. Il a ainsi listé les promesses réalisées (retrait d'Irak, mort d'Oussama ben Laden, emplois sauvés grâce à son plan de relance de l'économie...) sur le mode "I promised, we did" ("J'ai promis, nous avons fait").
 

"Obama en position de force sur la politique étrangère"


TF1 News : Barack Obama a aussi insisté une nouvelle fois sur le mot "espoir", tout en demandant "Four more years" ("Quatre ans de plus").
F.D. :
Sur ce point, son objectif est de montrer qu'il y a une continuité, que l'espoir est en "test", en cours de changement et de transformation.  Alors, certes, "Four more years" est un peu facile. Mais cela marche car le double mandat est tout simplement le rythme de la politique américaine. Trois des quatre derniers présidents ont ainsi été réélus.
 


TF1 News : Pour la première fois depuis le début de la campagne, Barack Obama a aussi vivement attaqué Mitt Romney sur la politique étrangère.
F.D. :
Il a compris qu'il s'agissait d'un thème où il était en position de force. Depuis 2009, sa capacité de leadership sur la scène internationale et sur la sécurité nationale a été reconnue.  Et une fois n'est pas coutume, le "déficit de crédibilité" se fait aux dépens de son adversaire sur ces questions.  Mitt Romney se retrouve un peu dans la position du candidat du parti républicain en 1940 face à Franklin Roosevelt. Comme lui, Wendel Willkie était avant tout un homme d'affaires sans expérience en matière de diplomatie.
 

"L'élection se jouera sur les 5% d'indécis"


TF1 News : En revanche, le locataire de la Maison-Blanche n'a pas vraiment insisté sur les valeurs morales.
F.D. :
On lui a en effet  reproché d'être trop négatif sur le sujet. Alors, certes, il n'a pas mis pas l'accent sur le mariage gay ou l'avortement, les deux grands  sujets de société qui divisent le pays. Mais il est néanmoins resté dans la stratégie du "divider" ("diviseur"). "Vous vous retrouverez face au choix le plus clair depuis une génération", a-t-il dit. Sous-entendu : les électeurs ont le choix entre deux Amériques : l'Amérique solidaire défendue par les démocrates face à l'Amérique individualiste défendue par les républicains.

C'est une stratégie totalement inverse par rapport à 2008. A l'époque, il s'était positionné comme un "uniter" ("unificateur") après les deux mandats de George W. Bush. Cette année, avec les deux visions du futur et les deux conceptions de l'Amérique présentées dans ce discours,  il a clairement choisi une stratégie partisane afin de rassembler son camp.
 


TF1 News : Plus globalement, cette convention démocrate lui a-t-elle permis de combler son petit retard sur Romney, qui avait très bien réussi sa propre convention la semaine dernière ?
F.D. :
C'est très difficile à dire. Après ces conventions, la stratégie des deux candidats est claire : ils s'adressent tous les deux aux indécis. Or ceux-ci ne représentent que 5% de l'électorat. Et ils font leur choix non pas lors des conventions mais lors des débats. Le reste des Américains (95%), qui se répartit à parts égales entre démocrates et républicains, a déjà choisi. Il ne changera plus d'avis.

Commenter cet article

  • 421123 : Pour parler bien: il parle bien!

    Le 08/09/2012 à 19h11
  • ajrod : Quand on s'arrête et pense pragmatiquement, on se rend compte de la vacuité de la proposition du Président Obama. La présidence n'est qu'un boulot, un homme qu'on embauche pour realiser une fonction, dans cette function faire jusque l'impossible pour améliorer positivement l'économie. Ce qui on savouré un an ou deux de chômage-comme moi-ne savent pas où trouver plus de patience, et en outre...pourquoi? Dans son mandat, il a gaspiller les deux premiers années en poussant son agenda social, mais pas les emplois, il parle du partage, mais pour partage il serait mieux de se concentrer d'abord à créer la richesse qu'on veut partager.

    Le 08/09/2012 à 04h44
      Nous suivre :
      Un incendie dans le métro de Londres

      Un incendie dans le métro de Londres

      logAudience