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DOSSIER : Élections USA 2012

"Romney a choisi la stratégie inverse de Sarkozy en France"

Fabrice Aubert par
le 31 août 2012 à 14h03 , mis à jour le 31 août 2012 à 21h47.
Temps de lecture
5min
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AmériquesDECRYPTAGE - Pour François Durpaire, historien des Etats-Unis, le candidat du parti républicain à l'élection américaine, qui a clairement axé jeudi soir son discours d'investiture sur l'économie, a choisi de faire campagne au centre plutôt qu'à droite.

François Durpaire, historien, est spécialiste des Etats-Unis. Enseignant à l'Université de Cergy-Pontoise, il vient de publier Les Etats-Unis pour les nuls (Editions générales First). Il décrypte pour TF1 News l'intervention de Mitt Romney à la convention du parti républicain en vue de l'élection américaine du 6 novembre prochain.

 



TF1 News : Pendant son discours d'investiture, Mitt Romney a essentiellement parlé d'économie. Pourquoi ?
François Durpaire : Depuis plusieurs mois, Mitt Romney était obligé de mener un jeu d'équilibriste sur les valeurs morales (avortement, mariage gay...). Même si ce sont des valeurs défendues par la base du parti républicain, il sait très bien qu'il ne gagnera pas l'élection sur le sujet, voire qu'il peut la perdre. Barack Obama l'a d'ailleurs très bien compris et essaye de l'amener sur ce terrain le plus souvent possible.

Jeudi soir, Mitt Romney a contourné ce problème et a fait le choix très clair de s'adresser non pas à sa base, mais aux indépendants (ndlr : nom donné aux centristes aux Etats-Unis), chez qui il possède déjà une avance sur Barack Obama. D'où son discours très axé sur l'économie et les remèdes qu'il envisage pour sortir de la crise. En osant une comparaison avec la France, on peut dire qu'il avait le même dilemme que Nicolas Sarkozy au printemps : faire campagne sur sa droite, et donc flirter avec le Tea Party, ou au centre, et donc parler d'économie. A Tampa, il a clairement choisi le centre.

 



TF1 News : Les valeurs morales semblent en fait le domaine réservé de Paul Ryan, son colistier pour la vice-présidence.
F.D.
: Tout à fait. C'est l'avantage du "ticket" américain par rapport à la France. Il permet de se partager les rôles sur des axes différents. Ici, Mitt Romney vise donc le centre tandis que Paul Ryan tente de séduire la droite. Généralement, on ne vote pas pour un colistier. Mais, cette stratégie à deux têtes, qui met fin aux contradictions au sein du parti républicain, peut aller très loin. Mitt Romney a en effet trouvé son rythme de croisière.

 

"Cette convention est un sans-faute pour Romney"

 

TF1 News :  Mitt Romney, qui possède un déficit d'image par rapport à Barack Obama, a aussi beaucoup parlé de lui-même jeudi soir.
F.D.  : Le second objectif de son discours était en effet de "fendre l'armure". Il a donc parlé de ses parents, de son parcours, tout en articulant sa biographie et son développement personnel aux valeurs familiales et à la philosophie républicaine du "moins d'Etat". Ce changement d'image, lancé par Ann Romney, sa femme, mardi, est plutôt en bonne voie.

 


TF1 News : Mitt Romney s'est aussi adressé aux femmes.
F.D. :
Là, aussi, l'objectif était de combler le "gender gap", son déficit d'image, chez les femmes. Il a ainsi notamment rendu hommage aux femmes qui ont pris la parole cette semaine pendant la convention, comme Condoleezza Rice.

 


TF1 News : Plus globalement, quel bilan peut-on tirer de cette convention républicaine ?
F.D. : C'est vraiment un sans-faute pour Mitt Romney. Tout d'abord, elle a montré l'unité du parti, qui n'est pas seulement de façade. Ensuite, elle a en partie permis à Mitt Romney de combler son déficit d'image.  Le candidat a trouvé l'élan qui peut lui permettre d'aller au bout, avec un angle d'attaque clair : "we can do better" ("Nous pouvons faire mieux"), qui fait bien sûr écho au "Yes, we can" ("Oui, nous pouvons" ) de Barack Obama il y a quatre ans.

 

"Obama doit attaquer sur les valeurs morales"


TF1 News : Que peut-on désormais attendre de la convention du parti démocrate la semaine prochaine ?
F.D. : Comme en sport, Barack Obama part avec un avantage énorme, à l'instar d'une équipe qui connaît déjà le résultat de son adversaire avant de jouer elle-même. Il va donc pouvoir se positionner par rapport à la convention républicaine et à Mitt Romney.  Mais les rôles sont désormais inversés : face à la stratégie républicaine claire, celle des démocrates est aujourd'hui confuse.

Barack Obama, en manque d'argent par rapport à son adversaire, doit donc lancer la contre-offensive. Tout d'abord, face aux critiques, il  va défendre son bilan. Mais il n'a pas l'intention d'utiliser l'excuse de la crise, contrairement à tous les autres sortants -il pourrait en revanche utiliser celle de la cohabitation en vigueur depuis 2010, avec l'obstruction systématique des républicains au Congrès. Ensuite, il va insister sur le point faible de son adversaire  en le provoquant sur les valeurs morales. Il possède un angle d'attaque sur ce sujet car il estime que la majorité des Américains sont loin de partager la vision républicaine sur l'avortement ou le mariage gay.  

En résumé, Barack Obama doit mener une stratégie inverse par rapport à 2008. A l'époque, il était apparu comme un "uniter" ("unificateur") de l'Amérique. Cette année, il doit se positionner comme un "divider" ("diviseur") en insistant sur la "guerre civile culturelle" en cours sur les valeurs et en la présentant comme un enjeu pour l'identité du pays.  Certes, être le "divider" ne correspond pas à sa personnalité. Mais il n'a pas le choix. Au jour d'aujourd'hui, au lendemain de sa convention, Mitt Romney est en effet devenu le favori. La situation a évidemment le temps de changer plusieurs fois d'ici le 6 novembre.

Commenter cet article

  • lecitoyen67 : Obama doit rester !

    Le 31/08/2012 à 16h28
  • james01133 : Le problème de Romney c'est que son métier n'était pas de créer des emplois dans le secteur prive. Il a fait fortune en démantelant des entreprises et créant des emplois « overseas ». La presse et les victimes du processus en parlent sur les medias. Romney n'est pas proche des électeurs, il est décale et semble inaccessible. Ryan veut privatiser « Medicare et Medicaid » ce qui est l'équivalent de privatiser la sécu en France (c'est pourquoi la convention est en Floride ou sont installes les retraites), de plus ils sont contre l'avortement et très clairement se sont positionnes en disant même être contre un avortement après un viol. La technique des Républicains contre Obama c'est de déformer la réalité, c'est facile quand on sait que la majorité des électeurs regardent les deux conventions a la télé, mais ne sont pas au courant de ce qui ce passe dans leur pays et encore moins a l'étranger, en général ils sont tout juste au courant de ce qui se passe dans leur « county » (ville+faubourgs). Les Démocrates réagissent déjà sur la convention républicaine, et, commencent à mettre au clair ce que Romney et Ryan on volontairement déformées. A savoir Romney ce n'est pas mieux que W. Bush, au niveau international aucune expérience, il ne fait que des bourdes, récents exemples en Pologne et Israël, Romney président, guerre et instabilité au moyen orient seront pires.

    Le 31/08/2012 à 16h09
  • tousamis : Oui mais les Etats unis, ce ne sont pas la France Mr Romney !!

    Le 31/08/2012 à 14h47
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