Le trafiquant de "Lord of War" condamné, la Russie proteste

le 03 novembre 2011 à 10h17 , mis à jour le 03 novembre 2011 à 10h24

Le Russe Viktor Bout, l'homme qui avait inspiré le personnage principal du film "Lord of War", a été reconnu coupable à New York de trafic d'arme. La Russie émet des doutes sur le caractère "équitable" de son procès et dit vouloir " le ramener dans sa patrie".

Viktor Bout après son arrestation en Thaïlande, en 2008Viktor Bout après son arrestation en Thaïlande, en 2008 © TF1/LCI

Viktor Bout, ancien pilote de l'armée rouge, est considéré par les Etats-Unis comme un des plus grands marchands d'armes du monde. Arrêté en Thaïlande en 2008, puis extradé dans des conditions que la Russie dénonce, il vient d'être reconnu coupable par un jury fédéral de tous les chefs d'accusation qui pesaient sur lui - et notamment d'avoir voulu vendre un arsenal de fusils et missiles digne d'une armée et destiné à tuer des Américains. Il est passible d'une peine comprise entre 25 ans de prison et la perpétuité, qui sera connue le 8 février. Viktor Bout, qui avait plaidé non coupable, va faire appel, a annoncé son avocat.

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La Russie, elle, proteste haut et fort. Son ministre des Affaires étrangères a indiqué jeudi douter du caractère "équitable" de la condamnation de son ressortissant. Dans un communiqué, le ministère russe a dénoncé "les conditions anormalement dures" de détention de l'accusé, "visant à le forcer à passer un accord avec la justice". Il a également réaffirmé que le condamné avait été "illégalement extradé de Thaïlande sous la pression politique sans précédent des autorités américaines", et assuré que "notre but est de parvenir à le ramener dans sa patrie". De même, la femme de Viktor Bout, Alla, a estimé que son mari avait été victime d'une machination politique. "Je ne pense qu'il s'agissait de justice. J'appellerais plutôt ça du nationalisme américain", a-t-elle dénoncé.

Une opération digne d'un roman d'espionnage

Le verdict est tombé moins d'un mois après l'ouverture du procès de l'ancien pilote. Et il a donné lieu à un véritable communiqué de victoire du ministre de la Justice américain. "Aujourd'hui, l'un des marchands d'armes les plus prolifiques du monde est reconnu responsable pour son passé sordide", s'est félicité Eric Holder. Il n'est pas le seul à se réjouir : Oistein Thorsen, de l'ONG Oxfam international, a jugé pour sa part que "le jour où le trafiquant d'armes le plus connu du monde est mis hors d'état de nuire est à marquer d'une pierre blanche".

Du côté de la justice américaine, cette culpabilité ne fait aucun doute : "Comme l'ont montré les preuves pendant les débats, Viktor Bout était prêt à vendre un arsenal d'armes tel qu'il ferait envie à certains petits pays", a ainsi déclaré le procureur de Manhattan, Preet Bharara, dans un communiqué diffusé après l'annonce de la condamnation. Des preuves nombreuses et méticuleusement amassées au cours d'une opération digne d'un roman d'espionnage : l'accusé avait tout simplement été piégé par des agents secrets américains se faisant passer pour des guérilleros des FARC colombiennes. Et ces pseudo-guérilleros disaient vouloir acheter des armes pour abattre des hélicoptères américains aidant l'armée colombienne dans son combat contre les FARC. Selon ses avocats, toutefois, Viktor Bout n'a jamais eu l'intention de vendre ces armes et souhaitait en fait vendre deux avions cargo à ses interlocuteurs.

Au-delà des poursuites engagées par la justice américaine, Viktor Bout, qui a inspiré le personnage joué par Nicolas Cage dans le film Lord of War ("Le seigneur de guerre") sorti en 2005, est soupçonné d'avoir utilisé une flotte d'avions cargo constituée après la fin de la guerre froide pour transporter des armes en Afrique, en Amérique du Sud et au Moyen-Orient. Ayant utilisé au moins sept pseudonymes dans sa carrière et parlant plus de six langues, il est considéré par certains comme un ancien membre du renseignement militaire soviétique.

le 03 novembre 2011 à 10:17
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