Dès l'annonce de sa parution cet été, "No Easy Day" a fait polémique aux Etats-Unis. Ecrit par l'un des membres du commando qui a mené l'assaut contre la résidence d'Oussama ben Laden au Pakistan, l'ouvrage promettait de livrer les détails de l'opération. Mercredi, à quelques jours de l'arrivée du livre sur les rayonnages des libraires (la parution, initialement prévue pour le 11 septembre, a été avancée au 4), le Huffington Post a publié aux Etats-Unis des extraits de l'ouvrage et la controverse a pris de l'ampleur. Car ces bonnes feuilles fournies en avant-première aux lecteurs ont donné une version de la mort de ben Laden assez différente de celle avancée par les autorités...
Une première version officielle avait tout d'abord affirmé qu'Oussama ben Laden avait tenté de résister et été abattu dans sa chambre. Les autorités américaines avaient ensuite reconnu qu'il était désarmé. Dans son livre, Mark Owen (le pseudonyme choisi par le Navy Seal à l'origine de cet ouvrage) donne un compte-rendu quelque peu différent. Il raconte avoir monté les escaliers de la maison vers la chambre de ben Laden à la suite d'un autre membre du commando quand, "à moins de cinq marches du palier", il a "entendu des coups de feu tirés avec un silencieux. Pop, pop". C'était son collègue qui avait ouvert le feu. "Je ne pouvais pas dire d'où je me trouvais si les tirs avaient touché leur cible ou pas". Un homme qui venait de passer sa tête par l'encadrement de la porte avait alors "disparu dans la chambre sombre", poursuit-il. Une fois dans la pièce, Owen écrit avoir vu "du sang et de la matière cérébrale s'épancher sur le côté de son crâne". Le corps de ben Laden tressautait encore. Owen et un autre Seal ont alors "pointé leur visée laser sur sa poitrine et tiré plusieurs coups" jusqu'à ce que le corps ne bouge plus.
"C'est un livre sur le 11-Septembre et cela doit le rester"
Le Pentagone et la CIA ont d'ores et déjà obtenu une copie du manuscrit et le passent en revue. Face à ce récit contredisant la version officielle, un responsable de la Défense a réaffirmé mercredi que la mort d'Oussama ben Laden n'avait rien d'une exécution. "Ben Laden était désarmé, c'est vrai. Mais l'équipe sortait juste d'un échange de tirs (...). Ensuite, il y a cette personne qui passe sa tête en travers de la porte", a-t-il décrit. Après sa mort, un fusil d'assaut Kalachnikov et un pistolet russe non chargés ont été retrouvés dans la chambre.
Elément qui pourrait s'avérer embarrassant pour les Etats-Unis qui assurent avoir traité la dépouille d'Oussama ben Laden avec respect, Mark Owen raconte en outre qu'un membre du commando était assis sur la poitrine du chef d'Al-Qaïda étendu sur le plancher de l'hélicoptère lors du vol de retour. L'un des deux Blackhawks modifiés ayant été accidenté lors de l'opération, les soldats ont dû se tasser dans l'appareil restant et il n'était pas question d'abandonner le corps de ben Laden qu'il fallait encore formellement identifier. Sans confirmer la réalité de cet épisode, un ancien membre de ces troupes d'élite a expliqué qu'il arrivait à des membres des forces spéciales de s'asseoir sur le corps de leurs collègues tués en raison du manque d'espace. Pour lui, il ne s'agit en aucun cas d'atteindre à la dignité de la dépouille mais de contraintes logistiques.
Mais face à la polémique suscitée par son ouvrage, Mark Owen se défend de toute arrière-pensée politique. Il s'en est expliqué dans un entretien à la chaîne CBS. "Mon inquiétude depuis le début est que l'on est en période de campagne électorale", a souligné le Nay Seal. L'ouvrage a pourtant toutes les chances d'être exploité alors que Barack Obama, en campagne pour sa réélection, est accusé par des ex-agents de la CIA et des forces spéciales d'avoir fait fuiter des informations sur le raid contre le chef d'Al-Qaïda dans le but d'embellir son bilan, sans se soucier de la sécurité des espions et soldats américains. Déjà formulées par le candidat républicain à la Maison Blanche, Mitt Romney, ces attaques ont été reprises à la mi-août par un groupe d'anciens espions et soldats (Special Operations Opsec Education Fund) dans une vidéo. Mais Mark Owen dit refuser d'entrer dans cette controverse : "Si des fous d'une frange ou de l'autre des partis veulent en faire quelque chose de politique, honte à eux. C'est un livre sur le 11-Septembre et cela doit le rester. (...) Cela n'a rien à voir avec la politique".









