Les expériences, qui ont eu lieu entre 1946 et 1948, étaient financées à l'époque par les Instituts nationaux américains de la santé. Elles visaient à déterminer si la pénicilline, dont on commençait à se servir, pouvait prévenir diverses maladies sexuellement transmissibles. Dans le cadre de ces recherches, des scientifiques américains ont sciemment inoculé, à leur insu, à la syphilis et la blennorragie à de nombreux cobayes humains. Plusieurs milliers de personnes auraient été directement ou indirectement concernées au Guatemala. Aujourd'hui, une commission américaine se penche sur ce drame et reconnaît les responsabilités des scientifiques américains.
La commission, qui a étudié plus de 125.000 documents liés à ces expériences et qui doit rendre ses conclusions finales en septembre, a été mise en place sur ordre de Barack Obama lui-même en novembre de l'année dernière. Un mois auparavant, les Etats-Unis, via la secrétaire d'Etat Hillary Clinton et la ministre de la Santé publique, Kathleen Sebelius, avaient présenté leurs excuses à des centaines de Guatémaltèques infectés délibérément et à leur insu par la syphilis et la blennorragie. Début octobre 2010, la présidence du Guatemala avait annoncé que le président Alvaro Colom allait diriger une commission spéciale d'enquête sur ces expériences, qu'il avait qualifiées de "crimes contre l'Humanité".
En Alabama aussi...
Lundi, lors d'une réunion destinée à présenter les conclusions préliminaires de la commission américaine, un de ses membres, Stephen Hauser, a estimé que ces fameuses expérimentations ont tué au moins 83 personnes au Guatemala. Si la commission n'a pas encore déterminé le niveau de lien, "direct ou indirect", entre les expériences et les décès survenus, elle admet néanmoins que 1300 personnes ont été victimes de cette campagne d'inoculation de maladies sexuellement transmissibles, parmi lesquelles seules "700 ont bénéficié d'un quelconque traitement".
Les chercheurs avaient choisi comme cobayes des personnes vulnérables, y compris des malades mentaux, et ne les ont informées ni de l'objet de leur recherche, ni de ce qui allait leur arriver. Pire : ils les ont encouragées à transmettre des maladies sexuelles et n'ont pas traité celles qui ont contracté la syphilis. Au total, 5500 personnes auraient été concernées par ces expériences. Selon la présidente de la commission, Amy Gutmann, il s'agit là d'une "injustice historique" faite aux populations concernées. Elle a assuré que l'enquête en cours cherchait "à honorer les victimes et à nous assurer que cela ne se reproduira plus".
Le principal chercheur américain impliqué dans ces expériences au Guatemala, le Dr John Cutler, décédé en 2003, a aussi joué un rôle important dans une autre recherche aux Etats-Unis menée durant 40 ans, de 1932 à 1972, sur 400 Noirs à Tuskegee dans l'Alabama. Des travailleurs saisonniers avaient été recrutés par les autorités médicales dans le cadre d'une recherche au cours de laquelle tout traitement contre la syphilis leur avait été refusé afin d'étudier l'évolution de la maladie. Les chercheurs leur avaient menti en leur disant les traiter pour d'autres problèmes de santé.
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