Soldats thaïlandais dans les rues de Bangkok lors du putsch © DRL'armée thaïlandaise a annoncé mardi avoir renversé le Premier ministre Thaksin Shinawatra et avoir pris le pouvoir, à titre "temporaire", en accusant le gouvernement d'avoir provoqué une "division sans précédent" dans le pays. La loi martiale a été imposée, la Constitution de 1997 suspendue, ainsi que le Parlement, le gouvernement et la Cour constitutionnelle, a annoncé un général à la télévision nationale. Des chars et des soldats fortement armés étaient visibles dans les rues de la capitale, et selon un haut responsable de l'armée, les insurgés se sont emparés des six stations de télévision du royaume, ainsi que des stations de radio. Selon des sources militaires, des généraux fidèles au Premier ministre se seraient regroupés à l'extérieur de Bangkok.
Mardi, tard dans la soirée, le général Sonthi, chef de l'armée de terre, et à ce titre patron des militaires en Thaïlande, a été reçu par le roi Bhumibol Adulyadej - autorité morale très reconnue dans le pays, autant pour son action en faveur des défavorisés que pour la sagesse dont il a su faire preuve au cours des coups d'Etat qu'a déjà connus la Thaïlande. Pour sa part, le Premier ministre thaïlandais, depuis New York où il assistait à l'assemblée générale annuelle de l'ONU, a fait savoir qu'il se considérait toujours comme le chef du gouvernement. Il a même tenté de montrer qu'il maîtrisait la situation en annonçant qu'il avait limogé le général Sonthi et décrété l'état d'urgence - mesures aussitôt déclarées sans effet à Bangkok par un "Conseil pour la réforme politique" mis sur pied par les putschistes.
Protestations internationales
Les Etats-Unis ont appelé les Thaïlandais à "résoudre pacifiquement leurs divergences (..) conformément aux principes de la démocratie et de la légalité", l'UE a appelé la Thaïlande à revenir à l'"ordre démocratique", et divers pays ont fait part de leurs inquiétudes.
Thaksin Shinawatra, riche homme d'affaires, dirigeait la Thaïlande d'une main de fer depuis 2001. Depuis quelques semaines, une nouvelle campagne pour l'évincer avait été lancée par ses adversaires et en août, le Premier ministre avait accusé des officiers de l'armée d'avoir voulu attenter à sa vie. Dans le Sud, la poigne de fer utilisée contre le séparatisme musulman suscite la défiance.
Fin janvier, un événement avait catalysé l'opposition : sa famille avait vendu à une holding singapourienne l'ensemble de ses parts dans l'empire Shin Corp, empochant 1,9 milliard de dollars. La presse s'était insurgée contre l'exemption fiscale sur le bénéfice de la vente, alors que des milliers de manifestants réclamaient sa démission. Pour sortir de la crise, Thaksin Shinawatra avait anticipé de trois ans les législatives et avait remporté les élections du 2 avril. Mais le scrutin, boycotté par l'opposition, avait été invalidé en mai par la Cour constitutionnelle après une intervention exceptionnelle du roi Bhumibol Adulyadej qui avait qualifié le processus de "non démocratique".
Photo d'ouverture : Soldats thaïlandais dans les rues de Bangkok lors du putsch - DR
La France appelle ses ressortissants à "rester chez eux" |
La France appelle ses quelque 6 000 ressortissants résidant à Bangkok à "rester chez eux", a déclaré mardi le ministère des Affaires étrangères, qui dit suivre avec "attention" l'évolution de la situation. 5 000 touristes français se trouvent par ailleurs actuellement dans le cadre de voyages à forfait en Thaïlande, a indiqué mardi le président de l'Association des tour-opérateurs français (Ceto), René-Marc Chikli. "La situation est calme", a-t-il assuré en citant des correspondants sur place. "Les voyagistes ont pris contact avec les hôtels pour s'assurer que les touristes se trouvent en sécurité." |
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