© AFP - ANDREAS SOLARO Il était aux mains de "jeunes guerriers, sans culture ni expérience humaine ou sexuelle". Daniele Mastrogiacomo, le journaliste italien enlevé le 5 mars en Afghanistan par des talibans, a été libéré lundi, et raconte mercredi dans son journal, La Repubblica, ses quelques jours de captivité. Il évoque tout d'abord ses geôliers, des hommes qui sont avant tout "des guerriers, des gens habitués à manipuler des armes, à les vénérer. Ce sont presque toujours les seules compagnes avec lesquelles ils partagent quelque chose". Il raconte comment "nettoyer leur propre compagne de vie et de bataille était un rite qui pouvait les occuper au moins deux heures par jour".
Le journaliste de 52 ans, qui se rendait dans la province d'Helmand pour interviewer un chef taliban lors de son enlèvement, estime dans son récit que les talibans ont "seulement le goût et le plaisir de combattre pour leur cause". Ce sont des guerriers qui n'ont "pas de maison, pas de salaire et font tout gratuitement. Réussir à les battre est vraiment une tâche difficile", confie-t-il. Plusieurs fois, ils ont tenté de le convaincre de se convertir à l'islam : "Nous avons beaucoup parlé de religion. Ils me demandent comment nous nous comportons dans notre société, comment nous faisons l'amour. Ils écoutent, rient, puis redeviennent sérieux. Ils sont gentils, puis brusquement, explosent dans des crises de rage".
"Je me vois déjà égorgé"
Daniele Mastrogiacomo, qui est rentré mardi soir à Rome, évoque également avec émotion comment il a été contraint d'assister au meurtre de son chauffeur, lui aussi capturé par les talibans. "Quatre jeunes gens l'ont saisi et lui ont mis la tête dans le sable. Ils lui ont ensuite tranché la gorge jusqu'à séparer complètement la tête du corps. Il n'a même pas eu le temps de pousser un cri". Il ajoute : "ils ont nettoyé le couteau sur sa tunique, attaché sa tête coupée à son corps et ont emporté son cadavre pour le jeter à la rivière".
Le reporter pense y passer à son tour. "Je me vois déjà égorgé, le sang giclant de mes artères. Mais ils me remettent dans la jeep". Dans les jours qui suivent, il change plusieurs fois de cellule, tourne des vidéos dans lesquelles il lance ses appels au gouvernement, avant d'être finalement libéré. Son interprète, lui aussi enlevé le 5 mars, est toujours retenu en otage.
La présidence afghane a confirmé mardi avoir libéré des talibans en échange du reporter. En Italie, on s'interroge sur le prix qu'il a fallu payer pour obtenir cette libération. "Le gouvernement a trahi", lance le quotidien de droite Libero, tandis que La Stampa estime que le gouvernement doit désormais "montrer que l'Italie est encore capable de remplir son rôle en Afghanistan sans devenir le maillon faible de l'alliance internationale". 1900 soldats italiens sont toujours déployés sur place, dans le cadre de la mission de l'Otan.
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