Abdullah Gül le 14 sept 2006 © LCILa grave crise institutionnelle était partie de là et pourtant... Le parti issu de la mouvance islamiste au pouvoir en Turquie et grand vainqueur des élections législatives a décidé lundi de maintenir la candidature d'Abdullah Gül, le ministre des Affaires étrangères, aux élections présidentielles. Annoncée dès lundi par les télévisions, la nouvelle a été confirmée par l'intéressé lui-même mardi matin, qui a affirmé qu'il défendrait la laïcité.
Le premier tour du scrutin présidentiel à l'Assemblée nationale est prévu le 20 août. Après deux premiers tours de scrutin à la majorité qualifiée de 367 voix, l'AKP qui détient 341 (sur 550) serait ainsi en position d'élire son candidat dès le troisième tour, le 28 août, à la majorité absolue de 276 voix.
La candidature de Gül boycottée la première fois
La candidature à la présidentielle de cet ex-islamiste, dont la femme porte le voile, est à l'origine de la grave crise institutionnelle du printemps entre le Parti de la justice et du développement (AKP) et le camp pro-laïc. La présidentielle avait été boycottée par l'opposition parlementaire, ce qui avait entraîné l'annulation du scrutin faute de quorum.
L'opposition social-démocrate notamment avait boycotté l'élection pour empêcher l'accession à la présidence de M. Gül ainsi qu'une mainmise sur les institutions de l'AKP, qu'elle accuse de vouloir islamiser la société. Des millions de Turcs étaient descendus dans la rue pour affirmer leur attachement à la laïcité. L'AKP rejette ces accusations et affirme être devenu un parti conservateur et démocrate. La crise avait culminé avec la publication par l'armée d'un communiqué menaçant d'une intervention militaire en cas de non respect de la laïcité par le gouvernement. L'annulation du scrutin présidentiel a contraint le Premier ministre Erdogan à convoquer des élections législatives anticipées, le 22 juillet dernier, que l'AKP a largement remportées.
Lundi, le chef du principal parti d'opposition au Parlement, Deniz Baykal, leader du parti républicain du peuple (CHP, centre-gauche), s'en est de nouveau pris à M. Gül, l'accusant de représenter l"'idéologie de cercles bien précis qui n'ont pas digéré les valeurs républicaines", c'est-à-dire les milieux islamistes. L'armée turque, qui a renversé quatre gouvernements en 50 ans, a redit le 30 juillet qu'il voulait que le prochain président qui doit être élu pour un septennat unique soit loyal aux valeurs républicaines et à la laïcité, de la voix de son chef d'état-major, le général Yasar Büyükanit.
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