Manifestation à Rangoun (27 septembre 2007) © TF1/LCIPenchés sur leur récepteur radio, les habitants de Rangoun tentent d'obtenir des informations indépendantes sur les événements en cours dans la capitale birmane. Certains ne cachent pas leur colère après la répression menée par les forces de sécurité, coupables d'avoir blessé ou tué des moines bouddhistes, très respectés en Birmanie.
Les images contre la dictature
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Publié le 28/09/2007
Les informations, fragmentaires, révèlent que le face à face se poursuit. Après les rafles nocturnes dans une ville placée sous couvre-feu, et les premiers rassemblements jeudi matin malgré les tirs de sommation des soldats, des milliers de manifestants bravent de nouveau l'armée dans plusieurs quartiers de la ville. Le groupe le plus important, réunissant environ 10.000 protestataires aux alentours de la seule pagode Sule, où s'étaient terminées ces derniers jours les manifestations, a subi les charges des forces de sécurité. Des coups de feu ont été tirés, sans que l'on sache encore s'il s'agissait de tirs de sommation où s'ils visaient des manifestants. Un protestataire s'est effondré, selon les premiers témoignages, et on ignore s'il est mort ou blessé. Un Japonais a également été tué pendant les manifestations. Le rassemblement s'est dispersé alors que les forces de sécurité menaçaient les manifestants d'une "action extrême". Des tirs de sommation ont aussi été entendus dans la zone de Kyaikkasan où de petits groupes de protestataires étaient descendus dans la rue.
Des centaines de moines emmenés vers une destination inconnue
Ce face à face est toujours emmené par les moines. Peu d'entre eux étaient visibles à la manifestation de la pagode Sule, dominée par des jeunes ; mais une fois encore, le signal du rassemblement avait été donné par des bonzes. Psalmodiant des prières, deux d'entre eux s'étaient assis, jambes croisées, au milieu de la rue qui conduit à la pagode de Sule. Les moines bouddhistes avaient ensuite été rejoints par deux autres bonzes, puis des centaines de personnes... Les protestataires toujours plus nombreux ont bientôt chanté l'hymne national. Puis ils ont lancé des slogans liés au héros de l'indépendance, le général Aung San, père de l'opposante Aung San Suu Kyi, maintenue en isolement à sa résidence depuis 2003. "Que nous soyons épargnés des dangers, que nous soyons épargnés de la pauvreté, que nos coeurs et nos esprits soient en paix", ont-ils encore scandé face aux policiers anti-émeute qui barraient les axes menant à la pagode, peu avant la charge contre la foule.
L'armée multiplie les rafles sans parvenir à entamer le soutien de la population. Au moins une centaine de bonzes ont ainsi été arrêtés dans la nuit de mercredi à jeudi par les forces de sécurité qui ont lancé un raid contre un monastère de l'est de Rangoun. Des bonzes qui avaient réussi à prendre la fuite sont revenus à l'aube. Certains présentaient des blessures visibles, notamment des plaies au crâne. D'autres opérations du même type se sont poursuivies dans la journée mais les religieux ont reçu le soutien d'habitants qui ont tenté de s'interposer. Des échauffourées ont éclaté dans au moins trois endroits distincts de la capitale. De nombreux bonzes interpellés dans d'autres monastères ont été conduits en dehors de la ville, vers une destination inconnue, dans le but évident de les empêcher de participer à des défilés.
La communauté internationale observe, condamne, mais n'agit guère. Le Conseil de sécurité, convoqué d'urgence, a simplement demandé aux autorités birmanes de faire preuve de retenue. La Chine a appelé jeudi la junte et les manifestants à la "modération", tout en s'abstenant de toute condamnation. L'Australie a dénoncé une "effroyable" répression, tout en évoquant pour la première fois la possibilité de priver de visa des responsables birmans. Nicolas Sarkozy a demandé aux entreprises françaises de geler leurs investissements dans ce pays. Premier concerné, le groupe pétrolier Total a affirmé jeudi qu'il n'investissait plus en Birmanie depuis dix ans environ. Mais pas question pour l'heure d'un retrait. "Imaginez que Total sorte de Birmanie, qu'est ce que ça change?", s'est demandée la secrétaire d'Etat française aux Droits de l'Homme, Rama Yade, lors d'un entretien diffusé par la radio RTL. "Le fait que Total soit présent en Birmanie n'a jamais empêché l'Union européenne de proposer et de rendre effectives ses propres sanctions", a-t-elle souligné, tout en confirmant son intention de s'entretenir avec la direction de l'entreprise.
D'après agence
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