L'armée menace la foule "d'actions extrêmes"

le 27 septembre 2007 à 08h39 , mis à jour le 27 septembre 2007 à 12h58

Charges violentes, coups de feu et rafles dans les temples : l'armée birmane fait preuve d'une nervosité croissante face aux manfestations.

TF1/LCI : Manifestation à Rangoun (27 septembre 2007)Manifestation à Rangoun (27 septembre 2007) © TF1/LCI

Penchés sur leur récepteur radio, les habitants de Rangoun tentent d'obtenir des informations indépendantes sur les événements en cours dans la capitale birmane. Certains ne cachent pas leur colère après la répression menée par les forces de sécurité, coupables d'avoir blessé ou tué des moines bouddhistes, très respectés en Birmanie.

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Les informations, fragmentaires, révèlent que le face à face se poursuit. Après les rafles nocturnes dans une ville placée sous couvre-feu, et les premiers rassemblements jeudi matin malgré les tirs de sommation des soldats, des milliers de manifestants bravent de nouveau l'armée dans plusieurs quartiers de la ville. Le groupe le plus important, réunissant environ 10.000 protestataires aux alentours de la seule pagode Sule, où s'étaient terminées ces derniers jours les manifestations, a subi les charges des forces de sécurité. Des coups de feu ont été tirés, sans que l'on sache encore s'il s'agissait de tirs de sommation où s'ils visaient des manifestants. Un protestataire s'est effondré, selon les premiers témoignages, et on ignore s'il est mort ou blessé. Un Japonais a également été tué pendant les manifestations. Le rassemblement s'est dispersé alors que les forces de sécurité menaçaient les manifestants d'une "action extrême". Des tirs de sommation ont aussi été entendus dans la zone de Kyaikkasan où de petits groupes de protestataires étaient descendus dans la rue.

Des centaines de moines emmenés vers une destination inconnue

Ce face à face est toujours emmené par les moines. Peu d'entre eux étaient visibles à la manifestation de la pagode Sule, dominée par des jeunes ; mais une fois encore, le signal du rassemblement avait été donné par des bonzes. Psalmodiant des prières, deux d'entre eux s'étaient assis, jambes croisées, au milieu de la rue qui conduit à la pagode de Sule. Les moines bouddhistes avaient ensuite été rejoints par deux autres bonzes, puis des centaines de personnes... Les protestataires toujours plus nombreux ont bientôt chanté l'hymne national. Puis ils ont lancé des slogans liés au héros de l'indépendance, le général Aung San, père de l'opposante Aung San Suu Kyi, maintenue en isolement à sa résidence depuis 2003. "Que nous soyons épargnés des dangers, que nous soyons épargnés de la pauvreté, que nos coeurs et nos esprits soient en paix", ont-ils encore scandé face aux policiers anti-émeute qui barraient les axes menant à la pagode, peu avant la charge contre la foule.

L'armée multiplie les rafles sans parvenir à entamer le soutien de la population. Au moins une centaine de bonzes ont ainsi été arrêtés dans la nuit de mercredi à jeudi par les forces de sécurité qui ont lancé un raid contre un monastère de l'est de Rangoun. Des bonzes qui avaient réussi à prendre la fuite sont revenus à l'aube. Certains présentaient des blessures visibles, notamment des plaies au crâne. D'autres opérations du même type se sont poursuivies dans la journée mais les religieux ont reçu le soutien d'habitants qui ont tenté de s'interposer. Des échauffourées ont éclaté dans au moins trois endroits distincts de la capitale. De nombreux bonzes interpellés dans d'autres monastères ont été conduits en dehors de la ville, vers une destination inconnue, dans le but évident de les empêcher de participer à des défilés.

La communauté internationale observe, condamne, mais n'agit guère. Le Conseil de sécurité, convoqué d'urgence, a simplement demandé aux autorités birmanes de faire preuve de retenue. La Chine a appelé jeudi la junte et les manifestants à la "modération", tout en s'abstenant de toute condamnation. L'Australie a dénoncé une "effroyable" répression, tout en évoquant pour la première fois la possibilité de priver de visa des responsables birmans. Nicolas Sarkozy a demandé aux entreprises françaises de geler leurs investissements dans ce pays. Premier concerné, le groupe pétrolier Total a affirmé jeudi qu'il n'investissait plus en Birmanie depuis dix ans environ. Mais pas question pour l'heure d'un retrait. "Imaginez que Total sorte de Birmanie, qu'est ce que ça change?", s'est demandée la secrétaire d'Etat française aux Droits de l'Homme, Rama Yade, lors d'un entretien diffusé par la radio RTL. "Le fait que Total soit présent en Birmanie n'a jamais empêché l'Union européenne de proposer et de rendre effectives ses propres sanctions", a-t-elle souligné, tout en confirmant son intention de s'entretenir avec la direction de l'entreprise.

D'après agence

le 27 septembre 2007 à 08:39
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13 Commentaires

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  • Jp, le 28/09/2007 à 10h37

    Comment faire pour appeller les soldats à une defection de l'armée ? Est-il possible pour les birmans de l'extérieur à appeller leur frère à déserter l'armée et rejoindre leurs frères et les moines ?

  • Magiera, le 27/09/2007 à 18h09

    Quand on sait que la Birmanie regorge de richesses, on peut se demander à qui ou a quels pays profitent ces crimes.

  • Denis le febvre, le 27/09/2007 à 14h25

    Bonjour, Malheureusement pour la population Birmane, la vie sous la junte est comparable à l'occupation japonaise pendant la 2e guerre mondiale.

  • Henri, le 27/09/2007 à 13h47

    Vu qu'un étranger est mort (un japonais) peut être que les choses vont bouger plus vite.. (espérons car les manifestants ne tiendront pas longtemps à ce rythme)

  • Sebastien, le 27/09/2007 à 13h35

    A Philippe : la Birmanie est pleine de pétrole dans son sous-sol, possède des gisements de pierres précieuses et semi-précieuses à ne plus savoir quoi en faire, 90% des réserves mondiales de teck, et d'autres richesses. La Birmanie était en guerre civile avant l'arrivée de l'armée. Intervenir la détruirait car cela réanimerait la guerre entre la vingtaine d'état que compose l'Union du Myanmar, nom officiel de la Birmanie. Mettez les pieds dans ce pays, vous verrez que les images de pauvreté extrême qu'on vous montre sont sélectionnées. La Birmanie n'est ni le Bengladesh ni le Cambodge, c'est un pays où près de 90% de la population est alphabétisé, où la famine n'existe pas, où les adultes qui ne machouillent pas le bétel ont les dents plus blanches qu'un européen. Ce qui tue la Birmane, c'est son régime qui s'est mis à dos l'occident et qui a déclenché un embargo total américain et presque total européen. D'où de gros problèmes de production électrique frenant le développement, l'extraction pétrolière (d'où le doublement du prix décrété par l'armée), les échanges internationaux. Pour conclure, mefiez vous autant des extremistes bouddhistes que ceux des autres religions.

  • Michael, le 27/09/2007 à 13h22

    Birmanie, Darfour, Zimbabwe, Chine, Iran, Corée du nord... Ca sert à quoi l'ONU et l'UE? Ca fait des années qu'on a imposé des sanctions; Ca fait des années que l'ONU 'observe' et ça fait des années que des milliers sont tuées par des dictateurs. C'est le temps pour la communauté internationale d'avoir le courage de donner la priorité à la liberté et la vie des autres au lieu de penser à l'argent

  • ZeMygale, le 27/09/2007 à 13h18

    L'Occident ne bouge pas, l'ASEAN non plus...comme d'hab, on s'en fout tant qu'il n'y a rien à récupérer...1 vie, 1000 vies ou des milliers de vies en jeu ne comptent pas pour nos dirigeants. A noter que sans aide, les USA seraient encore sous le joug anglais, beaucoup de pays européens sous le joug allemand et les pays de l'est sous le joug de Moscou. Ô fé, qu'à fait l'occident contre la Chine lors de l'indexation violente du Tibet ? L'histoire se répète sans cesse...

  • Marion, le 27/09/2007 à 13h17

    Plutôt laisser faire que se mettre la Chine à dos! Et quelle courage pour l'armée birmane que de charger des moines et un peuple pacifistes!!!

  • Hervé, le 27/09/2007 à 11h30

    Les pays européens devraient faire pression sur la Chine et menacer d'un boycott des jeux olympiques de Péking !!!

  • Denis, le 27/09/2007 à 10h44

    Comme d'habitude les communauté internationale n'a pas les c.... d'agir, des beaux discours encore et toujours mais jamais d'action.

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