Le journaliste japonais Kenji Nagai, quelques secondes avant qu'il ne soit abattu par un soldat birman (28 septembre 2007) © TF1/LCI| Les images de la mort du journaliste Kenji Nagai |
| Portrait de Kenji Nagai par Georges Baumgartner |
L'opposition birmane craint de plus en plus une réédition de la sanglante répression de 1988, qui avait fait près de 3000 morts. La junte a réagi avec une violence croissante aux manifestations, lancée à la mi-août en protestation contre la vie chère et qui ont pris depuis septembre une coloration nettement plus politique. Dans ce pays cadenassé, le pouvoir militaire reste coupé de la population et se méfie de ses possibles soulèvements - au point d'avoir décidé le transfert, il y a un peu moins de deux ans et dans le quasi-secret, de la totalité de la capitale administrative à presque 400 km de Rangoun. Là, près de la ville de Pyinmana, a été édifiée en pleine jungle Naypyidaw, "cité royale" destinée à accueillir toutes les structures présidant aux destinées du pays. A l'abri d'une possible "attaque de l'étranger" redoutée par le régime, mais aussi loin de la plus grande ville du pays, jugée trop remuante...
En cas de nouvelle répression, le pouvoir préfère avoir les mains libres. Signes inquiétants et possible prélude d'une reprise en main musclée, les liaisons internet ont été coupées (c'est notamment par ce biais que l'opposition réussissait jusqu'à présent à faire parvenir des images et des informations à l'étranger), et les pressions, déjà monnaie courante dans ce pays, se multiplient à l'égard des journalistes et des groupes de presse. Autant de manoeuvres d'intimidation qui n'ont pas empêché les images de la mort d'un journaliste japonais, Kenji Nagai, de faire le tour du monde, aggravant un peu plus l'isolement du régime.
Le Japon promet une enquête
Spécialiste des zones de conflit, Kenji Nagai était un habitué des reportages en Birmanie. Agé d'une cinquantaine d'années, il travaillait pour l'agence d'informations vidéo APF. Par ses reportages, il dénonçait régulièrement la dictature et avait largement contribué à faire connaître les violations des droits de l'homme en Birmanie. Les images, diffusées au Japon par Fuji TV, de Kenji Nagai jeté à terre et froidement abattu par un soldat birman, ont soulevé l'indignation. Le gouvernement japonais a promis une enquête sur cette mort, et annoncé son intention de dépêcher sur place son ministre des Affaires étrangères adjoint. Mais les opposants à la dictature réfugiés au Japon ont appelé Tokyo à aller plus loin en supprimant ses aides à la Birmanie.
Or, le Japon est l'un des principaux pourvoyeurs d'aides à la Birmanie, quand les autres Etats industrialisés appliquent les sanctions. Coupé de sa propre population, le régime birman compte aussi peu de soutiens sur le plan international. Sur le plan politique, la Chine, qui lui apportait jusqu'alors un soutien inconditionnel, a marqué récemment son irritation. Sur le plan économique, le régime est soumis aux sanctions d'organisations telles que la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international. En-dehors du tourisme, des ressources tirées du trafic de drogue ou de l'oléoduc de Total, il est largement dépendant de l'aide du voisin chinois, de celle du Japon qui ne s'est que récemment retiré des grands projets comme les constructions d'infrastructures - et dans une moindre mesure de la Thaïlande et d'autres pays de l'ASEAN.
Officiellement, pas question pour Tokyo de suspendre ses aides pour l'instant. "Beaucoup de programmes japonais ont une nature humanitaire. Le Japon doit se concerter avec les autres pays plutôt qu'adopter hâtivement des sanctions", a plaidé vendredi le Premier ministre Yasuo Fukuda. Mais la mort de Kenji Nagai fait peser une pression nouvelle sur le gouvernement japonais, et les images de son exécution qui tournent sur internet et sur les télévisions japonaises pourraient changer la donne. La répression à Rangoun ne pourra pas se faire dans l'indifférence internationale. Le black-out sur les informations décrété par le régime birman a peut-être déjà échoué.
La junte a compté vendredi à Rangoun... 120 manifestants |
Les journalistes indépendants ont beau avoir vu des milliers de manifestants ce vendredi à Rangoun, les médias officiels du régime militaire ont eux annoncé en avoir compté... 120. "Quatre groupes comptant une trentaine de manifestants ont protesté aujourd'hui dans quatre endroits de Rangoun", a indiqué la télévision nationale, contrôlée par la junte. "Les forces de sécurité ont été utilisées uniquement là où il a été nécessaire de rétablir l'ordre", a ajouté la chaîne durant son journal du soir. Malgré deux jours de répression de la part des autorités, des milliers de personnes sont encore descendues vendredi dans les rues de Rangoun, selon des témoins. Comme mercredi et jeudi, elles ont été dispersées après des charges policières et des tirs de sommation. |
Un site de photos sur la situation en Birmanie
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