L'attentat a eu lieu près du convoi transportant l'ex-Premier ministre © DRUn homme au visage joufflu, mal rasé, au regard éteint. Tel est le portrait du kamikaze présumé, diffusé par la police pakistanaise samedi et repris par plusieurs journaux en ourdou. Selon une source proche des services de sécurité, le suspect aurait entre 20 et 25 ans et pourrait venir de Karachi, la ville où a eu lieu le terrible attentat visant le cortège de l'ancien Premier ministre Benazir Bhutto, tuant 139 personnes vendredi, et en blessant 325 autres. La dirigeante du Parti du peuple pakistanais, rentrée dans son pays pour mener la campagne des législatives prévues en janvier, est sortie indemne de cet attentat.
Samedi, la police pakistanaise interrogeait trois personnes à propos d'une voiture d'où la grenade aurait été jetée par des assaillants près du convoi de Benazir Bhutto, juste avant qu'un kamikaze se fasse exploser dans la foule. Les enquêteurs ont également interrogé sept combattants islamistes déjà emprisonnés à Karachi, pour recueillir d'éventuelles informations sur l'attentat suicide le plus meurtrier de l'histoire du Pakistan. La police enquête notamment sur une liste de suspects fournie au président Pervez Musharraf par l'ex-Premier ministre Benazir Bhutto elle-même.
30 kilos d'explosifs
Jeudi peu avant minuit, quelques heures après le retour d'exil au Pakistan de Benazir Bhutto, une grenade a été lancée au milieu de la foule compacte au passage de son cortège pour provoquer un mouvement de panique qui a certainement permis au kamikaze d'approcher plus facilement le camion blindé de l'ex-Premier ministre et déclencher sa bombe d'environ 30 kg d'explosifs et bourrée, selon la police, de billes d'acier et de clous.
Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer si l'attentat est lié aux régions tribales jouxtant l'Afghanistan, dont les activistes proches d'Al Qaïda multiplient les coups de main depuis l'assaut sanglant de la Mosquée rouge d'Islamabad. L'attentat n'a toujours pas été revendiqué.
Un deuil de trois jours
Le Premier ministre Shaukat Aziz a assuré que le calendrier électoral ne serait pas affecté. Le ministre de l'Intérieur, Aftab Ahmed Khan Sherpao, a pourtant indiqué que les mesures de sécurité pourraient entraîner certaines restrictions pendant la campagne. "Nous observons un deuil de trois jours après cette tragédie. Ce deuil s'achèvera dimanche et elle décidera alors de la suite des événements", a déclaré Sherry Rehman, porte-parole du PPP, le parti de Benazir Bhutto.
Samedi, un autre attentat à la voiture piégée a fait quatre morts, au Baloutchistan, province de sud-ouest du pays. Washington demande qu'une alliance soit formée entre Bhutto et le président pakistanais Musharraf afin préserver l'orientation pro-occidentale du pays et sa coopération à la lutte contre Al Qaïda et aux efforts de l'Otan pour stabiliser l'Afghanistan.
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