Un vote sans résultat, en attendant la Cour suprême

le 06 octobre 2007 à 11h35 , mis à jour le 06 octobre 2007 à 13h24

Si Pervez Musharraf est donné largement vainqueur de l'élection présidentielle, le résultat du scrutin est suspendu à une décision de justice.

ParsPix/Abacapress.com : Pervez Musharraf, le 2 février 2007 à TéhéranImage d'archives © ParsPix/Abacapress.com

Le Parlement et les assemblées provinciales votaient ce samedi pour élire le prochain président du Pakistan, un scrutin que le sortant Pervez Musharraf était assuré mathématiquement de gagner... mais dont l'issue définitive reste suspendue à une décision de justice ultérieure. Si des responsables gouvernementaux et la télévision d'Etat ont d'ores et déjà évoqué une large victoire du chef de l'Etat, les résultats complets ne peuvent pas être officiellement  proclamés. Cette situation ubuesque est le résultat d'un arrêt inattendu vendredi de la Cour suprême, appelée par l'opposition à se prononcer à la fois sur l'éligibilité du général Musharraf, qui a pris le pouvoir il y a huit ans après un coup d'Etat sans effusion de sang, et sur la validité même du scrutin.

Le président Musharraf a promis d'abandonner son poste de chef d'état-major des armées, mais une fois élu seulement, considérant que la Constitution ne lui imposait pas de le faire avant la présidentielle, comme l'affirmait l'opposition. La Cour a autorisé la tenue de l'élection mais ordonné que ses résultats ne soient pas diffusés avant qu'elle ne statue sur ces recours de l'opposition, soit pas avant 11 jours au mieux : la haute juridiction ne commencera à les examiner que le 17 octobre. Ainsi, même vainqueur dans les urnes, le général-président pourrait être juridiquement disqualifié dans deux semaines.

"Musharraf, va-t-en !"

Mais si l'opposition avait peu à espérer du verdict des urnes, elle a manifesté. Le scrutin a été boycotté par près de 200 élus de l'opposition qui ont démissionné collectivement cette semaine. Et ce samedi, quelque 300 avocats ont affronté la police à Peshawar, criant "Musharraf, va-t-en !", jetant des pierres et tentant d'incendier un véhicule de police. Depuis mars, l'ordre des avocats est à l'avant-garde de manifestations anti-Musharraf sans précédent.

Pourtant, l'enjeu principal pour le Pakistan n'est pas tant la présidentielle, que les législatives prévues début 2008, au suffrage universel direct. Le camp Musharraf n'est en effet pas assuré d'emporter la majorité nécessaire pour gouverner. C'est dans cette optique que le chef de l'Etat a signé vendredi un décret amnistiant l'ancien Premier ministre Benazir Bhutto des accusations de corruption qui l'avaient poussée à l'exil en 1999, ouvrant la voie à un partage du pouvoir, grâce à une alliance avec le Parti du Peuple Pakistanais (PPP) de Mme Bhutto aux législatives. L'un des deux autres candidats à la présidentielle, Makhdoom Amin Fahim, vice-président du PPP, avait d'ailleurs annoncé que ses élus s'abstiendraient ce samedi.

Les résultats de la présidentielle et des législatives seront observés à la loupe par les Occidentaux, en particulier les Etats-Unis, qui ont fait du général Musharraf leur allié-clé dans leur "guerre contre le terrorisme". Le Pakistan, en proie à une vague d'attentats sans précédent qui ont fait plus de 300 morts en deux mois et demi, vit depuis 15 jours sous la menace du jihad, la "guerre sainte", décrétée par Oussama ben Laden contre Musharraf et son armée. Les forces de sécurité avaient été placées ce samedi sur le pied de guerre, leurs responsables redoutant une "action spectaculaire" d'Al-Qaïda à l'occasion du scrutin.

D'après agence

le 06 octobre 2007 à 11:35
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