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| Pourquoi cette situation ? |
Cela s'appelle un coup de force. Samedi, le général pakistanais Pervez Musharraf a imposé l'état d'urgence alors que la Cour suprême devait se prononcer sur la légalité de sa réélection début octobre et que le pays fait face à une grave insurrection islamiste. L'ordre présidentiel instaurant l'état d'urgence affirme qu'une partie du pouvoir judiciaire "interfère" avec l'exécutif. Le gouvernement a d'ailleurs nommé un nouveau président pour la Cour suprême. Le juge Iftikhar Mohammed Chaudhry, épine au flanc du président Musharraf dont il n'a cessé de contrarier les desseins, a été remplacé par Hameed Dogar.
Des restrictions aux médias ont été imposées : toute publication diffamant le président, son gouvernement ou les forces armées est désormais proscrite. La police a même investi dans la nuit de samedi à dimanche les locaux d'une chaîne de télévision privée à Islamabad et a tenté de confisquer du matériel de diffusion, a indiqué l'un des producteurs de la chaîne.
Justification quelques heures plus tard du président dans un discours à la nation : l'instauration de l'état d'urgence est nécessaire, selon lui, au maintien de l'unité nationale face à de "graves conflits internes", le terrorisme étant "à son apogée" dans le pays, son gouvernement étant "paralysé" par la Cour suprême et la priorité étant de parachever la transition vers la démocratie, a-t-il dit, réclamant la compréhension de la communauté internationale. Celle-ci a rapidement réagi à cet état d'urgence, jugeant "décevant" une telle mesure, à l'instar de Washington qui a fait du général Musharraf leur allié clé dans leur guerre contre le terrorisme.
Benazir Bhutto rentre en urgence
La plus haute juridiction de l'Etat devait rendre dans les prochains jours sa décision sur la validité de la réélection du président Musharraf à la présidentielle du 6 octobre. Immédiatement, la police et l'armée ont encerclé le siège de la plus haute juridiction du pays à Islamabad. La constitution a par ailleurs été suspendue, mais le Parlement et les assemblées provinciales continueront de fonctionner. Toutes les communications téléphoniques mobiles et terrestres ont été coupées et les retransmissions de certaines télévisions privées ont été interrompues. Le général Musharraf devrait s'adresser à la nation samedi soir.
L'ex-Premier ministre Benazir Bhutto, qui négociait avec Musharraf pour un partage du pouvoir et qui était rentrée d'exil le 18 octobre, avant de repartir jeudi, est finalement revenue samedi à Karachi. Elle a dit vouloir rencontrer les dirigeants politiques pour discuter des moyens de rétablir la constitution pakistanaise, selon Sky News. Un autre Premier ministre en exil, Nawaz Sharif, a réclamé la démission de son ennemi Musharraf. L'opposant Imran Khan a pour sa part dénoncé un acte de "haute trahison punissable", selon lui de "la peine de mort".
139 morts le 18 octobre
Des rumeurs faisaient état depuis plusieurs jours d'une possible proclamation de mesures d'exception en cas d'invalidation de la candidature du général Musharraf à l'élection présidentielle. Son mandat s'achève officiellement le 15 novembre. L'était d'urgence se justifie aussi, selon l'ordre présidentiel, par "une augmentation notable des actions d'extrémistes et des incidents liés à des attentats terroristes".
L'armée pakistanaise se bat depuis des années contre des combattants islamistes proches des talibans et d'Al-Qaïda dans les zones tribales frontalières avec l'Afghanistan et affronte des extrémistes dans une région jadis touristique du nord-ouest du pays. Surtout, depuis juillet, le Pakistan a été ensanglanté par une vingtaine d'attentats suicide, ayant tué 420 personnes, perpétrés par des islamistes ou attribués à cette mouvance radicale. La pire attaque suicide de l'histoire du pays a frappé Karachi le 18 octobre, tuant 139 personnes, le jour du retour d'exil de Bhutto. L'instauration de l'état d'urgence compromet les législatives de janvier 2008. Ce scrutin était considéré comme une étape importante pour le retour de la démocratie au Pakistan, puissance nucléaire de 160 millions de musulmans dirigée par M. Musharraf depuis son coup d'Etat en 1999.
L'état d'urgence met également à mal les pourparlers engagés pour le partage du pouvoir. Washington et Londres soutenaient ce processus qui devait voir le général Musharraf devenir un président civil après avoir renoncé à son mandat de chef des armées et Mme Bhutto diriger le gouvernement.
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