L'état d'urgence a été instauré au Pakistan le 3 novembre 2007 © TF1/LCI |
| L'analyse de notre correspondant sur place |
La position de Washington par rapport au Pakistan, présenté depuis longtemps comme un allié majeur dans la lutte contre le terrorisme, a été résumée de façon frappante par le New York Times : les Etats-Unis se retrouvent liés à un régime qui perd de plus en plus son vernis démocratique, dans un pays en proie à l'instabilité, et qui possède l'arme nucléaire. Les Etats-Unis ne pouvaient faire moins que hausser le ton, en menaçant notamment de réexaminer leurs relations avec le Pakistan. Le président George W. Bush a ainsi fermement appelé lundi soir le général Musharraf à mettre fin à l'état d'urgence et à "rétablir la démocratie aussi vite que possible". Il n'a cependant pas souhaité dire ce qu'il ferait dans le cas contraire, et notamment s'il mettrait fin à l'aide américaine.
Pervez Musharraf fait ainsi face, depuis quatre jours, à une volée de critiques de la part de la communauté internationale. Critiques que le régime a rejetées mardi en invoquant la souveraineté nationale face à la menace terroriste islamiste. Mais, par ailleurs, le général Musharraf a adouci son discours en promettant que les élections législatives, dont on annonçait déjà le report sine die, auraient lieu à une date "aussi proche que possible" de l'échéance prévue. Signe du malaise au sommet de l'Etat, mardi, le ministre adjoint de l'Information, Tariq Azeem, a assuré "qu'aucune décision n'a été prise encore sur le calendrier des élections".
Les avocats en tête de la contestation
Pendant que se joue se bras de fer entre Islamabad et la communauté internationale, la répression se poursuit au Pakistan, : après avoir fait arrêter ou placer en résidence surveillée 1500 personnes en trois jours, le pouvoir a poursuivi mardi avec l'arrestation de plus de 100 personnes, notamment une cinquantaine d'avocats qui se rassemblaient à Lahore. Le juge Iftikhar Muhammad Chaudhry, devenu une icône de l'opposition depuis mars et une première tentative du général Musharraf de l'évincer de la tête de la plus haute juridiction du pays, a appelé les avocats, à la pointe de la contestation, à manifester, dans un discours par téléphone retransmis par hauts-parleurs lors d'un rassemblement - un appel également relayé par une chaîne de télévision privée, qui n'émettait que par satellite.
Etrangement, les réseaux de téléphones mobiles ont cessé de fonctionner au beau milieu de son discours. Tout comme les programmes des chaînes privées avaient été brusquement interrompus quelques minutes avant la proclamation de l'état d'urgence samedi soir. Bloquées dans leurs diffusions et entravées dans leur liberté d'informer sous l'état d'urgence, les télévisions privées, souvent critiques à l'égard du pouvoir, se servent de plus en plus de leurs sites internet pour toucher leur public. Pendant que les institutions contestant le raidissement du pouvoir (au premier rang desquelles la Cour suprême, qui devait se prononcer ces jours-ci sur la validité de la réélection triomphale de Musharraf le 6 octobre dernier, au suffrage indirect des assemblées nationales et provinciales qui lui étaient tout acquises) encouragent le refus de l'état d'urgence dans la rue.
D'après agence
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