Benazir Bhutto près de sa résidence d'Islamabad vendredi © TF1Selon le gouvernement, c'était une mesure temporaire pour "l'empêcher de s'exposer à de très graves menaces d'attentat suicide". Benazir Bhutto a finalement été autorisée à sortir de chez elle vendredi soir, à Islamabad. Après avoir été assignée à résidence toute la journée. Après avoir des heures durant tenté de se rendre malgré tout à un rassemblement de son parti, interdit par l'état d'urgence. Après de nombreux heurts entre manifestants et forces de l'ordre.
Toute la journée, ses tentatives de sortie se sont soldées par des échecs. Ainsi, en début d'après-midi, les centaines de policiers qui cernaient sa maison l'ont laissée sortir en voiture. "Je suis votre soeur, je ne suis pas armée, je me bats pour la démocratie", a-t-elle dit à un officier qui l'a finalement laissée passer. Mais elle a été de stoppée à un second barrage. "Des femmes de mon parti ont enlevé les barbelés à mains nues", a-t-elle expliqué.
"Je dois vous sauver"
Depuis l'instauration de l'état d'urgence samedi, les autorités ont coupé à de nombreuses reprises tous les réseaux de téléphonie mobile quand des opposants et des hauts magistrats frondeurs tentaient de s'adresser aux médias ou à des réunions de partisans. L'ex-Premier ministre a ensuite été stoppée une troisième fois, cette fois par des véhicules blindés. "Je ne veux pas que le Pakistan devienne l'Irak, je dois vous sauver", a-t-elle crié dans un mégaphone à ses partisans, aux policiers et aux innombrables journalistes, avant de rentrer chez elle.
Le gouvernement a annoncé la levée de l'assignation à résidence dans la soirée. Rawalpindi, la grande ville de la banlieue d'Islamabad, où devait avoir lieu le rassemblement du Parti du Peuple Pakistanais (PPP), avait été coupée du monde par quelque 6.000 policiers. Les forces de l'ordre ont invoqué dès jeudi l'interdiction de tout rassemblement par l'état d'urgence, mais surtout des "menaces très précises" d'attaques terroristes. L'attentat suicide le plus meurtrier de l'histoire du Pakistan a visé Benazir Bhutto le 18 octobre, faisant 139 morts. Vendredi, à Peshawar, un kamikaze a fait exploser sa bombe dans la maison du ministre des Affaires politiques, Amir Muqam, un proche de M. Musharraf, tuant quatre personnes, dont deux gardes de sécurité, et en blessant cinq autres, selon la police. Le ministre n'a pas été touché.
La veille, le président Pervez Musharraf, sous la pression de la rue et de Washington, avait annoncé que les législatives, initialement prévues pour la mi-janvier, auraient lieu avant le 15 février. Mais Mme Bhutto a dénoncé une "annonce vague", réclamé une date précise et maintenu le rassemblement de son parti. Mme Bhutto est rentrée au Pakistan le 18 octobre après 8 ans d'exil volontaire, après que le chef de l'Etat l'eut amnistiée d'accusations de corruption pour détournements de fonds quand elle était Premier ministre (1988-1990 et 1993-1996).
Le général Musharraf, qui a pris le pouvoir il y a huit ans par un coup d'Etat sans effusion de sang, a imposé samedi dernier l'état d'urgence en invoquant la recrudescence sans précédent des attentats islamistes et l'ingérence de la justice. L'opposition ainsi que les capitales occidentales unanimes considèrent qu'il a trouvé là un prétexte pour s'agripper à un pouvoir vacillant à l'approche des législatives. Les manifestations pacifiques sont violemment réprimées depuis samedi dernier et plus de 3.000 personnes ont été arrêtées ou assignées à résidence, selon la police, dont un millier de militants du PPP.
(D'après AFP)
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