Benazir Bhutto lors du meeting dans lequel elle a été tuée. © TF1/LCIL'assassinat de Benazir Bhutto intervient dans un contexte très tendu au Pakistan. Le pays, miné par les attentats commis par les islamistes, est en effet en pleine campagne électorale pour les législatives prévues le 8 janvier. C'est d'ailleurs lors d'un meeting que l'ancienne Premier ministre a été visée par l'attentat suicide qui lui a coûté la vie.
Dans l'optique de ce scrutin, Benazir Bhutto avait tout d'abord hésité à faire alliance avec Pervez Musharaff, le président pakistanais, dans le cadre d'un accord de partage du pouvoir qui lui avait permis de rentrer de six années d'exil en octobre dernier. Cet accord lui avait permis de bénéficier d'une amnistie, alors qu'elle avait été condamnée pour corruption du temps où elle dirigeait le pays (1988-1990 et 1993-1996).
"Menace islamiste"
Preuve de la haine inspirée par Benazir Bhutto dans une partie de la population, le jour de son retour, le 18 octobre, elle avait échappé de peu à un premier attentat qui avait fait plus de 140 morts parmi ses partisans, qui l'avait accueillie par centaines de milliers à Karachi, son fief du Sud du pays. Elle avait alors accusé des "hauts responsables" proches du pouvoir et des membres des services de renseignement d'être à l'origine de cette attaque, sans jamais le prouver.
Benazir Bhutto avait ensuite pris la tête de l'opposition, grâce à sa puissante formation, le Parti du Peuple Pakistanais (PPP). Depuis, elle faisait à la fois campagne contre Musharaff et surtout contre les fondamentalistes musulmans, en promettant à ses partisans d'"éliminer la menace islamiste" du pays. C'est précisément en invoquant notamment la menace terroriste islamiste que le chef de l'Etat avait instauré l'état d'urgence le 3 novembre. Face à la pression intense de la communauté internationale et de l'opposition, Pervez Musharraf avait finalement levé l'état d'urgence le 15 décembre et promis de tout faire pour assurer la sécurité de la campagne électorale et des opérations de vote.
Quid des élections ?
Malgré ces promesses sécuritaires, les attentats continuent à se multiplier. L'année 2007 est d'ailleurs celle du record absolu du nombre d'attentats au Pakistan. Avec celui de vendredi, plus de 780 personnes ont été tuées cette année à travers le pays, quasi-exclusivement par des kamikazes.
Dans ce contexte, reste maintenant à savoir si les législatives auront bien lieu le 8 janvier. En commettant cet attentat, leurs auteurs voulaient précipiter de fait le pays dans l'impasse politique. Pour protester contre l'attentat, Nawaz Sharif, l'autre leader de l'opposition avec Benazir Buttho, a déjà fait savoir que son parti boycotterait le scrutin. Il exhorte également le président Musharraf à démissionner sur le champ pour "sauver le Pakistan".
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