L'ancien président Indonésie Suharto © PHOTO / ADEK BERRYIl était "le deuxième président de l'Indonésie". L'ancien dictateur indonésien Haji Muhammad Suharto est décédé dimanche à Jakarta à l'âge de 86 ans. Pendant 32 ans, il a gouverné en maître incontesté une fragile mosaïque de 17.500 îles avant d'être chassé du pouvoir en 1998. Accusé de corruption, il avait été inculpé par la justice deux ans plus tard pour le détournement de quelque 570 millions de dollars de fonds publics. Mais l'ex-dictateur avait échappé définitivement à la justice après l'abandon en 2006, pour raisons médicales, des poursuites engagées contre lui. Né le 8 juin 1921 dans une famille paysanne de Kemusu, village des environs de Jogjakarta (centre de l'île principale de Java), Haji Mohamed Suharto est musulman comme près de 90% de ses compatriotes.
Après sa formation militaire, il devient sergent dans l'armée coloniale hollandaise en 1941 puis sert dans le Peta, l'armée de supplétifs formée par les Japonais qui occupent alors l'Indonésie. Il s'engage ensuite dans la jeune armée nationaliste qui, jusqu'à l'indépendance en décembre 1949, luttera contre les troupes hollandaises. Lieutenant-colonel en 1947, il gravit rapidement les échelons devenant général de brigade en 1960 puis général de division en 1962. Son ascension rapide est alors favorisée par les Etats-Unis et des groupes d'intellectuels déçus par la "démocratie dirigée" du président Soekarno, premier président de l'Indonésie indépendante.
Il donne l'ordre d'envahir le Timor oriental
Après l'écrasement du coup d'Etat du 30 septembre 1965, date à laquelle il est appelé par Soekarno pour rétablir l'ordre, il devient chef des armées et profite de ce poste clef pour évincer en quelques mois le président Soekarno, alors malade. Le 11 mars 1966, l'ancien général obtient les pleins pouvoirs avant de devenir, en mars 1967, président par intérim, puis de s'installer en 1968, à la tête de l'Etat en étant élu président de la République par le parlement, dont il désigne lui-même les membres. En 1975, il donne l'ordre d'envahir le Timor oriental qui sera le théâtre d'une terrible répression durant 25 ans, valant à l'ex-autocrate des accusations de génocide.
Après avoir été réélu sans surprise en mars 1998, pour un septième mandat de cinq ans, Suharto est contraint à la démission le 21 mai, lâché par l'armée, sur fond d'effondrement économique du pays et d'émeutes meurtrières. Dimanche, de nombreuses personnalités ont fait le déplacement pour rendre un dernier hommage à Suharto, décédé plus tôt à l'hôpital. Le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono a présenté ses condoléances à la famille de l'ex-dictateur. Avec le vice-président Jusuf Kalla, il s'est incliné devant la dépouille de Suharto, couverte d'un linceul blanc, dans une pièce de la demeure de l'ex-président dans un quartier résidentiel de Jakarta.
Des associations regrettent qu'il soit mort impuni |
Des défenseurs des droits de l'Homme et des ex-opposants politiques indonésiens ont regretté dimanche que l'ancien président Suharto soit décédé sans avoir comparu devant la justice, malgré les accusations de crimes et de corruption dont il faisait l'objet. "Sa mort est une tragédie pour toutes les victimes de ses crimes, ils n'obtiendront jamais justice", a déclaré Budiman Sudjatmiko, qui avait été incarcéré alors qu'il était étudiant sous le régime de Suharto. Pour Carmel Budiardjo, directrice de Tapol, une ONG de défense des prisonniers politiques indonésiens, le décès de Suharto s'assimile à "la mort d'un tyran". "Il y a des personnes qui vont ressentir ce que je ressens, c'est-à-dire qu'il est mort sans rendre de comptes à la justice. J'espère simplement que les rubriques nécrologiques insisteront sur ce qu'il a fait durant son régime", a-t-elle regretté. |
D'après agence
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