Un bureau de vote au Pakistan, le 18 février 2008 © LCILes yeux de la communauté internationale étaient tournés ce lundi matin vers le Pakistan, où se tenaient des élections législatives cruciales, à l'heure où le pays est touché par une vague d'attentats sans précédent. Samedi, la campagne électorale s'est achevée par un bain de sang : 47 personnes ont été tuées dans un attentat suicide dans des zones tribales, lors d'un rassemblement du parti de la défunte chef de l'opposition Benazir Bhutto. Et dimanche matin, à l'ouverture des bureaux de vote, cinq personnes ont été tuées, dont un candidat.
Les élections législatives et provinciales, auxquelles plus de 80 millions de Pakistanais devaient prendre part, sont d'autant plus importantes que cette République islamique de 160 millions d'habitants est depuis des mois sous haute surveillance de la communauté internationale. Les Etats-Unis, inquiets des violences, ont multiplié les pressions sur le président Pervez Musharraf, leur allié-clé dans leur "guerre contre le terrorisme". Washington juge en effet que les fondamentalistes menacent un Etat essentiel pour la stabilité de la région et qu'Al-Qaïda et les talibans ont reconstitué leurs forces dans les zones tribales du nord-ouest frontalières avec l'Afghanistan. A l'occasion des législatives initialement prévues le 8 janvier et sous pression américaine, Pervez Musharraf négociait donc un partage du pouvoir avec l'ex-Premier ministre Benazir Bhutto. Un scénario qui a été bouleversé par l'assassinat de cette dernière dans un attentat suicide le 27 décembre dernier.
Etat d'alerte maximale
Depuis dimanche, les forces de sécurité étaient placées en état d'alerte maximale. Les autorités ont imposé un couvre-feu et appelé des troupes en renforts à Parachinar, une ville des zones tribales frontalières avec l'Afghanistan infestées de combattants islamistes proches des talibans afghans et d'Al-Qaïda. Mais du fait de la peur que provoquent les attentats et du désintérêt manifeste des Pakistanais, le taux de participation a été relativement faible : autour de 40%. A Parachinar, "en raison du couvre-feu, les opérations de vote ne seront pas possibles. Il est probable que les élections dans la circonscription soient repoussées", a prévenu un fonctionnaire municipal.
De son côté, le veuf de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari, qui dirige le PPP, a dénoncé par avance des "élections truquées". Il a de nouveau prévenu dans le Sunday Times de Londres qu'il "n'aura pas d'autre choix" que d'appeler à manifester en cas de fraudes. Asif Ali Zardari a également parlé samedi avec l'opposant Nawaz Sharif d'un hypothétique partage du pouvoir en cas de victoire de l'opposition. Car si elle s'emparait des deux-tiers du Parlement, le président Pervez Musharraf pourrait être éventuellement destitué. Il n'a toutefois pas exclu un "gouvernement de consensus national" avec le président pakistanais.
(D'après agence)
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