"Une catastrophe naturelle n'est pas un génocide"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 16 mai 2008 à 15h55 , mis à jour le 16 mai 2008 à 16h53

Interview - Olivier Corten, professeur de droit international, explique à LCI.fr pourquoi il n'y a juridiquement aucun moyen de pénétrer en Birmanie sans l'aval du régime.

[Expiré] [Expiré] Birmanie © AFP

Olivier Corten est professeur de droit international à l'Université libre de Bruxelles, en Belgique. Il est notamment l'auteur du Droit contre la guerre, éditions Pedone.
 
 
LCI.fr : Qu'est-ce le concept de "responsabilité de protéger" ?
Olivier Corten : Il a en fait remplacé la notion de "droit d'ingérence" dont il avait été question en 2000 après la guerre au Kosovo. Mais la grande majorité des Etats membres de l'Onu ne voulaient pas instaurer ce "droit d'ingérence".  Il fallait donc trouver une formule plus neutre. En 2005, l'Assemblée générale a ainsi adopté une résolution prévoyant la "responsabilité de protéger". Tous les pays appartenant à l'Onu -dont la Birmanie- y sont liés.

 
LCI.fr : Que dit cette résolution ?
O.C. : Tout d'abord, elle réaffirme que c'est en priorité à chaque Etat de protéger ses populations sur son territoire. Si ce n'est pas le cas, alors elle donne la possibilité à l'Onu d'intervenir dans quatre cas, en employant la force si besoin : génocide, nettoyage ethnique, crimes contre l'Humanité et crimes de guerre.  C'est alors au Conseil de sécurité de décider ou non d'une telle intervention. Sa décision doit être prise à la majorité qualifiée (9 voix sur 15) et sans veto de l'un des cinq membres permanents. Dans ce cas, l'Etat concerné n'a rien à dire, puisqu'il a voté la résolution de 2005 qui enclenche le processus d'intervention. 

 
                                                           "Kouchner entretient la confusion"

 
LCI.fr : Mais le concept ne s'applique pas en cas de catastrophes naturelles, comme le cyclone Nargis en Birmanie.
O.C. : Tout à fait. 
 
LCI.fr : Pourtant, Bernard Kouchner propose d'étendre la "responsabilité de protéger" aux catastrophes naturelles afin d'entrer en Birmanie.
O.C. : A titre personnel, je trouve assez curieux d'invoquer une telle intervention dans la situation et le cadre juridique actuels. Il ne permet en effet ni de forcer la main des Etats, ni d'y envoyer l'armée. Et il faudrait encore obtenir de toute façon l'aval préalable du Conseil de sécurité. Or il est fort probable que le rapport de force politique aboutirait à un vote négatif. En fait, le concept d'ingérence reste flou. Les déclarations de Bernard Kouchner pourront peut-être faire bouger les choses, mais pour l'instant, elles entretiennent surtout la confusion.
 
 
                                                                    "Porte ouverte aux dérives"

LCI.fr : Pour justifier une intervention en Birmanie, certains font aussi remarquer que refuser l'aide internationale comme le fait la junte  actuellement équivaut à un génocide.
O.C. : D'un point de vue juridique, cela ressemble plus à du bricolage qu'autre chose. Même en cas de génocide, le Conseil de sécurité doit en effet avaliser une intervention militaire. Mais c'est surtout dangereux d'un strict point de vue philosophique. En assimilant une catastrophe naturelle à un génocide, on banalise de fait le génocide, qui est une volonté de tuer et d'exterminer une ethnie ou une race. Or ce n'est pas du tout le cas avec le refus d'une aide internationale après une catastrophe.

Cette extension ouvrirait la porte aux dérives. Certains pourraient très bien considérer que le FMI est coupable de génocide en affirmant car sa politique est néfaste pour les pays en voie de développement et lui attribuer la responsabilité d'éventuelles famines.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 16 mai 2008 à 15:55
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10 Commentaires

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  • Odix, le 16/05/2008 à 23h43

    Il faudrait peut-être que certains internautes revoient la définition du génocide ! Dans génocide il y a VOLONTE d'exterminer un peuple pour la seule raison qu'il est ce peuple. Donc ce qui se passe en Birmanie n'est pas un génocide. A croire que Kouchner devient contagieux, lui qui voit des génocides partout là où il n'y en pas...

  • Christian, le 16/05/2008 à 23h05

    Comment appelle t'on le fait de ne pas vouloir que les secours entrent dans un pays detruit par un ouragan et que les epidemies guettent ainsi quela famine ?

  • Jannot, le 16/05/2008 à 22h11

    On s'est couché devant les USA pour la guerre en Irak et maintenant on récidive devant la Birmanie? Décidemment, l'ONU ne sert à rien, ce qu'ils nous faut c'est une bonne paire de c.......!

  • Fred, le 16/05/2008 à 21h33

    Très fort le prof de droit. Il fait partie de ceux qui ne lèvent pas le nez de leur bouquin et qui donnent des leçons. Dans le droit il y a aussi la jurisprudence. Quand volontairement un pays ne porte pas secours à sa population, c 'est qu'il y a un but affiché de se débarasser d'une partie de cette population. C'est exactement comme pour le cas de non assistance à personne en danger.

  • Poe, le 16/05/2008 à 21h14

    Monsieur ici on ne parle pas de génocide mais d'une démagogie d'un gouvernent dictatorial. Mais il est vrai de face à des milliers de morts il faut bien se justifier pour ne pas intervenir. S'il s'agissait d'armes de destruction massive s ou de libérer un pays parce qu'il est une terre d'asile pour al quadai les choses seraient plus simple. La il s'agit de sauver de pauvres paysans qui cultivent leurs terres ( deux millions au passage). Mobiliser des forces quand il n'y a rien à grater pas de pétrole , pas de diamants dans le sous-sol cela devient plus dure. On ne cesse de nous rabacher que sur la planete nous sommes , est ce qu'à votre sens deux millions de gens en moins nous aidera pour le futur. Ou si je vous suit un plus grand nombre il faudra laisser mourir en trouvant un artifice juridique qui nous dédouanerait de devoir intervenir.

  • Béa, le 16/05/2008 à 20h05

    ça sert a quoi l'ONU ? des planqués grassement payés ?

  • Marc, le 16/05/2008 à 18h21

    Vous me faite bien marrer. ca n'a rien d'un egenocide, alors si demain l'ONU decide d'intervenir de son plein grés, les états ne servent plus a rien. Et si nous avons une intervention pour une catastrophe naturelle telqu'un cyclone ou un tsunami, alors epux devenir une derive dangereuse entre pays

  • Michel, le 16/05/2008 à 18h05

    Un génocide, c'est avant ou après, mais pendant une catastrophe naturelle.

  • LAUGIER Jacques, le 16/05/2008 à 17h14

    "Une catastrophe naturelle n'est pas un génocide"... Vite dit en ce qui concerne la Birmanie; les juristes joueraient-ils sur les mots ? Qu'est-ce donc si un régime interdit de porter secours à toute une population dans laquelle risquent de se produire des dizaines ou centaines de milliers de morts qui seraient sauvés autrement ? Je ne sais pas pourquoi je pose cette question puisque je sais très bien que je n'aurai pas de réponse de la part de ces juristes trop sûrs d'eux.

  • Assadourian, le 16/05/2008 à 17h14

    OUI c'est un génocide quand les instances au pouvoir refusent toutes aides humanitaires pour sauver des vies hamaines!

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