Nargis a fait des milliers de sinistrés © DRInvoquant son "indépendance", la Birmanie a réaffirmé jeudi qu'elle était en mesure de gérer l'opération massive de secours nécessaire pour les survivants du cyclone Nargis, alors que la zone sinistrée reste très difficile d'accès pour les travailleurs humanitaires étrangers. Les estimations du nombre des morts et disparus oscillent entre 66.000 et 128.000, même si la télévision d'Etat chiffre à 43.300 le nombre de morts. Sur le terrain, les secouristes peinent à s'occuper des sinistrés privés de tout par la catastrophe. Des vivres, des médicaments et des abris temporaires ont été distribués sans qu'on sache à quel point les besoins sont satisfaits.
Les Nations unies ont revu à la hausse, à 2,5 millions, leur estimation du nombre de personnes ayant un besoin urgent d'aide, et convoqué une conférence de donateurs à haut niveau pour faire face à la crise. L'ambassadeur du Royaume-Uni à l'Onu, John Sawers, a fait savoir que cette réunion serait en fait une "grande réunion internationale", en conformité avec les appels du Premier ministre Gordon Brown à un sommet de l'Onu sur la coordination des efforts d'aide à la Birmanie.
La télévision d'Etat ne parle que du référendum
Les pressions s'accentuent pour que la junte ouvre les frontières aux travailleurs humanitaires : le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon a proposé de nommer un coordinateur conjoint pour l'Onu et l'Association des pays du Sud-Est asiatique (Asean) pour superviser la distribution de l'aide, et il a dit qu'il dépêcherait bientôt en Birmanie le sous-secrétaire général de l'Onu chargé des Affaires humanitaires, John Holmes.
Louis Michel, commissaire européen à l'Aide humanitaire, est déjà à Rangoun pour des discussions avec la junte ; il a fait savoir que les restrictions imposées par les généraux à l'accès au pays de travailleurs humanitaires et d'équipements venus de l'étranger augmentaient le risque de famine et de maladies dans le pays. Il a toutefois rejeté l'idée évoquée par certains pays européens selon laquelle ils devraient apporter une aide à la Birmanie sans attendre la permission des autorités. Mais du côté de l'Asean, on veut aller plus vite : selon son secrétaire général, il existe désormais un consensus pour que l'organisation prenne la tête d'une "coalition de la compassion" afin de venir en aide aux victimes du cyclone "parce que rien d'autre n'a marché".
L'aide continue donc à affluer vers la Birmanie sans pour autant parvenir jusqu'aux sinistrés. Alors qu'à Rangoun, principale ville de Birmanie, des experts étrangers de l'aide humanitaire non autorisés à aller dans les zones touchées en sont réduits à regarder à la télévision, impuissants, des images des sinistrés, et que l'organisation Human Rights Watch s'indigne des détournements de cargaisons par la junte, le Mistral, un bâtiment de la marine nationale française chargé d'aide humanitaire, a appareillé dans la nuit de mercredi à jeudi du port indien de à Chennaï. Il transporte 1000 tonnes de fret humanitaire, qui peut permettre de nourrir et de fournir en eau potable 100.000 personnes pendant 15 jours et de procurer des abris à 60.000 personnes. La chaîne de télévision MRTV, contrôlée par les généraux au pouvoir, fait pour sa part ses gros titres sur le résultat du référendum : la nouvelle Constitution, affirme-t-elle, a été approuvée par 92,4% des électeurs, avec un taux de participation de 99%... dans les régions où le scrutin a pu se dérouler.
D'après agence
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