Des rescapés du cyclone Nargis © DRMerci mais non merci. C'est en substance le message adressé par la Birmanie au reste du monde qui se mobilise pour apporter son aide au pays exsangue après le passage du cyclone. Onze jours après Nargis, le bilan officiel est passé à plus de 34.000 morts et près de 28.000 disparus. Des diplomates parlent de plus de 100.000 tués.
Action contre la Faim (ACF) a annoncé mardi qu'un avion, affrété par le ministère des Affaires étrangères, chargé de 40 tonnes de matériel humanitaire et médical partirait dans la nuit à destination de Rangoun, après un premier avion cargo de Médecins sans frontières (MSF) qui a atterri lundi. Mardi, la Birmanie a remercié les Etats-Unis pour leur premier avion d'aide arrivé la veille à Rangoun mais a réaffirmé son opposition à laisser des travailleurs humanitaires étrangers entrer en trop grand nombre. Les besoins de centaines de milliers de survivants de l'une des pires catastrophes naturelles de l'histoire récente "ont été satisfaits, dans une certaine mesure", a déclaré un haut responsable militaire cité dans le journal gouvernemental New Light of Myanmar.
Autre barrage à l'aide : le temps. Les pluies diluviennes qui s'abattent sur le delta de l'Irrawaddy entravent la distribution des secours aux rescapés. Des dizaines de milliers de personnes sont toujours dans l'attente d'une aide humanitaire, réfugiés dans des monastères, des écoles, et dans tout autre bâtiment que le cyclone n'a pas emporté. En proie à la famine, au manque d'eau potable et à des conditions sanitaires déplorables, les sinistrés doivent par ailleurs faire face au danger du choléra. Les enfants sont les premières victimes du cyclone : ils représentent près de la moitié des tués et de jeunes survivants traumatisés et orphelins sont déjà la cible de trafiquants d'êtres humains, ont souligné mardi des organisations humanitaires.
"L'immense frustration" de l'ONU
Les Etats-Unis et l'ONU ont pressé lundi le régime birman d'agir vite dans les zones sinistrées pour éviter davantage de morts, et de faciliter une aide internationale dont la junte militaire veut contrôler la distribution. "Le monde devrait être en colère et condamner" la junte, a déclaré le président Bush. "Il est impossible de dire combien de personnes ont perdu la vie en raison de la lenteur de la réaction" du régime, a-t-il ajouté. L'ONU a plaidé pour un "pont aérien". Les Américains devaient envoyer mardi deux avions supplémentaires. Washington a promis 13 millions de dollars de plus pour aider la population birmane.
La secrétaire d'Etat française aux Droits de l'Homme, Rama Yade, a plaidé mardi à Bruxelles devant ses collègues européens pour la "responsabilité de protéger" les victimes du cyclone Nargis et donc pour imposer l'aide internationale à la Birmanie. Les ministres du Développement de l'UE ont appelé à leur tour les autorités birmanes à autoriser une aide humanitaire "libre de toute entrave". Le commissaire européen au Développement Louis Michel a néanmoins obtenu mardi un visa pour entrer dans le pays. Son objectif : convaincre les autorités de laisser entrer l'aide humanitaire.
Une cinquantaine d'humanitaires étrangers travaillant pour des agences des Nations unies et des ONG attendent toujours l'autorisation d'entrer en Birmanie, ont précisé des responsables onusiens. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a exprimé "sa préoccupation et son immense frustration" devant cette lenteur "inacceptable".
(D'après agence)
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