Le gouvernement menacé par la pression de la rue

le 29 août 2008 à 15h50 , mis à jour le 29 août 2008 à 16h05

Lancées par une coalition hétéroclite de nationalistes, royalistes et militants sociaux, des manifestations massives réclament le départ du Premier ministre Samak Sundaravej.

[Expiré] [Expiré] Manifestation contre le Premier ministre thaïlandais à Bangkok (28 août 2008) © AFP / P. Kittiwongsakul

Depuis un peu moins d'une semaine, les manifestations antigouvernementales se propagent en Thaïlande. Mobilisant chaque jour des foules impressionnantes de protestataires, elles se sont intensifiées vendredi à Bangkok, où des émeutiers ont lancé un assaut sur le quartier général de la police avant d'être refoulés. Si cet assaut, qui mobilisait environ 2000 personnes, semble avoir été repoussé à coups de gaz lacrymogènes, le siège du Government House qui abrite les bureaux du Premier ministre Samak Sundaravej est en revanche toujours occupé par les manifestants. Ils ont contraint un millier de policiers à quitter l'enceinte du complexe.

Fait nouveau depuis le début de la crise, les transports sont désormais largement touchés, et notamment les aéroports. Alors que quinze millions de touristes visitent chaque année la Thaïlande, l'extension des troubles a entraîné vendredi la fermeture temporaire de trois aéroports, dont celui de l'île touristique de Phuket, et perturbé les services ferroviaires, accentuant la pression exercée sur le gouvernement de Samak Sundaravej, en place depuis sept mois. Par ailleurs, la dirigeante du syndicat de la compagnie aérienne Thai Airways a lancé un appel à la grève à ses 15.000 membres en signe de solidarité avec les manifestants de Bangkok. Jeudi déjà, des syndicalistes des chemins de fer publics avaient annoncé qu'ils se joignaient au mouvement de protestation et, vendredi, le trafic ferroviaire était perturbé à 25%, pas moins de 248 conducteurs et mécaniciens s'étant déclarés malades.

"Je ne démissionnerai pas"

La crise, qui a éclaté mardi lorsque les manifestants ont pris d'assaut le siège du gouvernement et une chaîne de télévision publique, constitue un sérieux défi pour Samak Sundaravej. Les manifestants, qui réclament sa démission, appartiennent à l'Alliance du peuple pour la démocratie (PAD), coalition hétéroclite de nationalistes, de royalistes et de militants sociaux. La PAD, qui a organisé de nombreuses manifestations anti-gouvernementales depuis le mois de mai, accuse le chef du gouvernement d'être un "homme lige" de l'ancien homme fort de la Thaïlande, l'homme d'affaires Thaksin Shinawatra, renversé par un coup d'Etat en 2006 et réfugié au Royaume-Uni. La PAD avait alors contribué, par ses manifestations, à cette chute, conclue par un coup d'Etat.

Le Premier ministre, refusant d'envenimer les tensions, a réaffirmé vendredi qu'il n'avait aucunement l'intention d'autoriser le recours à la force. Pas question pour autant de céder : "Je ne démissionnerai pas", a-t-il assuré. L'état d'urgence permettrait au gouvernement de déployer des soldats pour disperser les manifestants ; mais le chef de l'armée a estimé que la situation ne le justifiait pas. Et il a fait valoir qu'un nouveau coup de force, moins de deux ans après le putsch contre Thaksin Shinawatra, ne réglerait pas le problème des divisions profondes affectant le pays.

D'après agences

le 29 août 2008 à 15:50
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