Ce président dont les Pakistanais ne veulent pas

le 05 septembre 2008 à 12h16 , mis à jour le 06 septembre 2008 à 18h18

Le collège électoral pakistanais a élu samedi à la tête du pays Asif Ali Zardari, veuf de l'ancien Premier ministre Benazir Bhutto et personnalité controversée.

Asif Ali Zardari, veuf de l'ex-leader de l'opposition Benazir Bhutto (19 février 2008)Asif Ali Zardari, veuf de l'ex-leader de l'opposition Benazir Bhutto (19 février 2008) © www.abacapress.com

Les parlementaires ont élu samedi matin à la présidence du Pakistan le controversé et impopulaire Asif Ali Zardari, veuf de l'ex-leader de l'opposition Benazir Bhutto, dans un pays confronté au chaos politique, économique et à la menace terroriste islamiste. Une victoire sans surprise : les deux autres candidats en lice, le magistrat Saeed-uz-Zaman Siddiqui et Mushahid Hussain, n'ont recueilli que les quelques voix de leurs camps. Zardari succède ainsi à Pervez Musharraf, l'ex-général putschiste qui s'était emparé du pouvoir il y a neuf ans, poussé à la démission le 18 août par une coalition fragile de l'ex-opposition qui a remporté les législatives de février.

Très soucieux de préserver la stabilité de cette puissance nucléaire dont la coopération reste essentielle dans la lutte contre Al-Qaïda et les talibans, les Etats-Unis attendent de lui qu'il reprenne à son compte les engagements de Pervez Musharraf en la matière. Nawaz Sharif, ancien Premier ministre et principal rival de Zardari sur la scène politique pakistanaise, n'a pas les faveurs de Washington, qui redoute de le voir courtiser les islamistes. "Je vais oeuvrer à la défaite du soulèvement taliban intérieur et à garantir que le territoire pakistanais ne soit pas utilisé pour lancer des offensives terroristes contre nos voisins ou contre les forces de l'Otan en Afghanistan", a promis Zardari dans les colonnes du Washington Post de jeudi. La tentative d'assassinat du Premier ministre Yousaf Raza Gilani, mercredi, a donné un nouvel aperçu des risques auxquels le Pakistan est confronté.

Une image déplorable

Mais sur la scène intérieure, dire que le nouveau président est contesté relève de la litote. Présenté par ses détracteurs comme un escroc sans parole, Zardari suscite beaucoup de mépris au sein de l'opinion pakistanaise. Dans la rue, il est extrêmement rare de trouver une personne qui accorde même le bénéfice du doute à cet homme de 53 ans, encore largement désigné par son sobriquet de "M. 10%". La justice a pourtant abandonné une partie des poursuites contre Asif Ali Zardari qui venait de passer onze années en prison pour corruption et assassinat quand son épouse était au pouvoir (1988-1990 et 1993-1996). Il a été amnistié pour le reste des accusations il y a un an par le président Musharraf qui négociait avec Benazir Bhutto un accord de partage du pouvoir.

Aujourd'hui, certains vont jusqu'à mettre en doute sa solidité mentale, mise à mal par son long séjour derrière les barreaux. Jugeant ces allégations fabriquées de toutes pièces à des fins électorales, ses partisans accusent les grands groupes de presse de les relayer au profit des opposants au futur président du Pakistan. "Zardari est devenu une question sérieuse", écrivait la semaine dernière Shaheen Sehbai, rédacteur en chef du groupe Jang, dans les colonnes du quotidien The News. Les atermoiements de Zardari au sujet de la réintégration des juges de la Cour suprême limogés par Musharraf n'ont pas contribué à redorer son image. Pour beaucoup, le veuf de Benazir Bhutto craint que les juges en question ne relancent les poursuites pour corruption intentées à son encontre.

Pour ce nouveau président déjà mal aimé, les défis à relever ne manquent pas. Outre la guérilla islamiste qui fait rage dans le Nord-Ouest, le gouvernement est aux prises avec une inflation de 25% et la chute libre de la roupie. Les réserves de devises ne couvrent que trois mois d'importations et la bourse a perdu 41% depuis avril. Les économistes prédisent la banqueroute dans deux mois si Islamabad ne redresse pas ses comptes publics. Et fort peu de Pakistanais jugent que Zardari permettra au pays de sortir de l'ornière.

Attentat suicide à un poste de contrôle

Au moins trente personnes ont été  tuées samedi, et 70 blessées, dans un attentat-suicide dans le nord-ouest du Pakistan. Le kamikaze a précipité sa voiture piégée sur un poste de contrôle dans une région où les  islamistes armés proches d'Al-Qaïda sont très actifs, a indiqué la police. L'explosion a été si violente que le poste a été entièrement détruit et que des bâtiments se sont effondrés aux alentours, en plein coeur d'un marché fréquenté à Zanglaï, dans la banlieue de Peshawar, la grande ville du  nord-ouest.

D'après agences

le 05 septembre 2008 à 12:16
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