Pour Paris Match, Eric de Lavarène a rencontré un groupe de taliban qui ont tendu un piège fatal aux hommes du 8e RPIMa © DR![]() |
| Le point L'interview de la photographe |
"Ils nous ont dit qu'ils avaient été prévenus de la patrouille des Français. Qu'ils avaient eu le temps de se positionner et de les attendre." A l'occasion d'un reportage pour Paris Match (son interview dans l'hebdomadaire en cliquant ici), le journaliste Eric de Lavarène et la photographe Véronique de Viguerie ont rencontré un des groupes de taliban, qui ont revendiqué l'embuscade meurtrière à des soldats français le 18 août dernier, près de Kaboul. Le premier s'est entretenu avec un responsable se faisant appeler "le commandant Farouki", la seconde a eu accès aux jeunes combattants islamistes. La rencontre a eu lieu dans la province de Lagham. 28 taliban étaient présents, "le visage dissimulé par des foulards". Mercredi sur France Info, Eric de Lavarène a raconté cette interview qui sera publiée jeudi dans l'hebdomadaire (son interview sur le site de France info en cliquant ici).
Sur les circonstances de l'attaque du 18 août, le chef militaire taliban corrobore largement les informations données par l'état-major français. Les Français avaient "franchi une limite en venant près d'ici", dit-il, "la vallée d'Uzbin nous appartient". "Quelques jours avant, des villageois (...) avaient prévenu (les Français) : n'allez pas au-delà de cette zone, c'est dangereux. Ils ne les ont pas écoutés", poursuit le "commandant Farouki", confirmant une information donnée le 24 août par le général français Michel Stollsteiner, commandant de la force de l'Otan dans la région de Kaboul.
La montre de l'un des soldats tués
Affirmant avoir agi en "légitime défense", toujours selon les propos rapportés par Paris-Match, le "commandant Farouki" soutient que "l'embuscade n'était pas préparée" mais qu'ils avaient été "prévenus un peu avant l'attaque de la présence de soldats étrangers", sans préciser de quelle manière. "Ils savaient que la patrouille arrivait dans la vallée d' Uzbeen là où ils les ont attaqués, ils l'ont su suffisamment à l'avance pour se positionner (...) ils ont réussi à faire en sorte que cette patrouille se retrouve sous un feu intense pendant plusieurs heures et que si la nuit n'était pas tombée, ils les auraient tous tués", raconte Eric de Lavarène sur France info.
Le journaliste dit aussi avoir été surpris de voir ces taliban avec des équipements de l'armée française : casques, gilets pare-balles, talkie-walkie, treillis et même le fusil Famas de l'armée française (Fusil d'assaut de la Manufacture d'armes de Saint-Étienne, NDLR). Les photos de Véronique de Viguerie en attestent. "Ils nous ont remis une montre appartenant visiblement à l'un des soldats morts", raconte encore Eric de Lavarène sur France Info. Cette montre a depuis été restituée au ministère de la Défense.
"Nous n'avons pas voulu tuer vos maris ou vos enfants"
En revanche, ces taliban lui ont expliqué ne pas avoir fait de prisonnier, ni commis d'actes de tortures. Dans son édition de mercredi, Le Canard enchaîné maintient que quatre soldats ont été capturés et exécutés par les taliban (Lire notre encadré).
Par ailleurs, toujours selon les propos recueillis par le journaliste, les fondamentalistes ont répété leurs menaces à l'encontre des forces françaises participant à la force de coalition Isaf. "Ils nous ont dit que les Français devaient rapidement quitter le territoire afghan désormais de même que les autres pays membre de l'Otan présents en Afghanistan, raconte sur France Info Eric de Lavarène. Ils allaient s'en prendre directement aux bases, aux ONG et à tous les étrangers présents en Afghanistan et qu'ils étaient même capable de frapper les intérêts français à l'étranger". Et le commandant taliban interrogé par le reporter d'expliquer : "Ces hommes sont morts à cause de Bush et de votre président. Nous n'avons pas voulu tuer vos maris ou vos enfants. Nous n'en voulons pas aux Français. S'ils partent, alors tout ira bien".
"Ces menaces n'entament aucunement ma détermination, ni celle de mes hommes", a assuré à RTL le colonel Jacques Aragonès, à la tête des 700 soldats français déployés en renfort en Kapisa (est), affirmant n'avoir "rien à répondre" à des taliban passés maîtres, selon lui, en "opérations de propagande". D'ailleurs, selon l'envoyé spécial de TF1 sur place, les militaires français semblent très combatifs malgré la récente embuscade et les hommes du 8e RPIMa doivent bientôt retourner en mission sur le terrain. Ces photos sont "abjectes", a pour sa part réagi le père de l'un des dix soldats tués. "Cela fait beaucoup de mal de voir ces assassins (...) de les voir parader avec les vêtements des enfants qu'ils ont tués", a-t-il dit.
Un rapport très critique sur l'embuscade |
Dans son édition de mercredi, Le Canard Enchaîné publie en outre des extraits d'un rapport confirmant, selon lui, les critiques sur la conduite de l'opération et les moyens mis à la disposition du détachement, dont dix hommes ont été tués. A l'appui de la thèse sur la capture de soldats, démentie par les autorités militaires, Le Canard enchaîné publie un extrait précisant que des corps de militaires français ont été retrouvés alignés, comme les victimes d'un peloton. Interrogé par l'hebdomadaire, un officier en poste au ministère de la Défense avance notamment que "les rebelles adorent la mise en scène" et "ont peut-être voulu faire des photos." Autre hypothèse, les cadavres auraient peut-être été mis de côté pour être emportés, avant que les occidentaux revenus en force sur les lieux des combats ne les en empêchent. L'hebdomadaire réaffirme que tous les soldats ne sont pas morts dans les premières minutes, comme l'ont affirmé le ministre de la Défense, Hervé Morin, et le "patron" des armées, le général Jean-Louis Georgelin, au lendemain de l'embuscade. |
Retour MYTF1

Chargement en cours...





