© TF1/LCIFace à la polémique sur les photos de talibans exhibant l'équipement de soldats français tués publiées par Paris-Match, et aux nouveaux témoignages sur la violence des combats qui ont opposé les insurgés afghans aux soldats français lors de l'embuscade du 18 août, Hervé Morin a lancé vendredi un appel direct aux journalistes. "J'en appelle à l'unité du pays dans la lutte contre le terrorisme que nous menons avec 38 autres pays, 25 pays de l'Union européenne. J'en appelle à l'unité du pays dans la lutte pour les droits de l'homme", a-t-il dit. "Les talibans c'est un régime moyenâgeux, qui niait tout droit aux femmes, qui coupait les phalanges des petites filles qui avaient le malheur de se mettre du vernis à ongles (...) J'en appelle aussi à l'unité du pays pour nos soldats et notre armée. Je le dis à celles et ceux qui colportent des rumeurs qui à chaque fois sont infondées". La veille, il s'était déjà interrogé : "est-ce qu'on doit faire la promotion d'hommes qui ont compris qu'on était dans l'ère de la communication ?".
Pas plus jeudi que vendredi cependant, il n'a démenti que quatre des dix soldats tués soient morts égorgés au couteau, comme l'écrit vendredi Le Monde, expliquant qu'il fournirait les détails aux familles qui le demanderaient. Vendredi soir sur France 2, il a toutefois indiqué qu'il n'y avait eu ni prisonniers ni mutilés parmi les soldats français lors de l'embuscade. Un peu plus tôt, l'état-major avait de son côté confirmé qu'un des soldats avait été tué à l'arme blanche. La mère d'un soldat blessé dans l'attaque a raconté pour sa part dans le Parisien de vendredi, qui ne dévoile pas son identité, que son fils lui a aussi fait état de combats au corps à corps. Il lui avait téléphoné pour raconter l'attaque juste après les faits, avant que le commandement n'ait "briefé" les protagonistes de l'affaire. "Les talibans ont égorgé certains de ses copains. D'autres ont été lapidés, ils ne méritaient pas de mourir comme des chiens", a-t-elle témoigné.
Philippe de Villiers parle de "haute trahison"
Mais le malaise provoqué par ces reportages dans la classe politique va bien au-delà de l'UMP ou du gouvernement. Dès jeudi, le socialiste Pierre Moscovici jugeait "très gênante" l'idée de "mettre en scène les talibans, de donner de la crédibilité à leurs menaces", tandis que Daniel Cohn-Bendit (Verts) dénonçait le "côté abject du voyeurisme" du magazine. Vendredi, le président du Mouvement pour la France, Philippe de Villiers, n'a pas hésité à parler de "haute trahison" à propos de ce reportage. Et au sein même de l'armée, le général Jean-Louis Georgelin a estimé sur Public Sénat que les talibans avaient "marqué des points dans le domaine de la communication".
Pourtant, le rédacteur en chef de Paris-Match, Laurent Valdiguié, justifie ce choix éditorial et le juge "légitime" : "Quel pays serait-on si on s'était censuré sur les propos tenus par l'adversaire ? Je doute que les talibans sur leurs sites donnent la parole au patron de l'armée française ou à Nicolas Sarkozy", souligne-t-il. Rappelant que le magazine a consacré depuis le début de l'année "5 ou 6 reportages sur l'armée française, le 8ème RPIMA quand il est arrivé là-bas, le point de vue de la France, de l'Europe", il assure que Paris-Match n'est pas un "journal équivoque", ajoutant : "On donne un visage à des gens qui nous affrontent là-bas, qui menacent nos troupes, qui sont habillés en haillons ou en baskets pour certains et qui, avec leurs haillons et leur baskets, défient la coalition des plus grands pays du monde".
Il a le soutien de l'organisateur du festival de photojournalisme Visa pour l'image, Jean-François Leroy, pour qui "les photos de Véronique de Viguerie sont de vraies photos d'information". Ces clichés, projetés sur grand écran, "montrent que les talibans sont organisés", et par ailleurs, "aucune de ces photos ni le texte qui les accompagne ne font une quelconque propagande pour les talibans".
D'après agence
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